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Clan Mc Nicoll du Québec

Collaboration spéciale : Céline E. Colgan

 
Caledonia /Alba / Scotia
 
La vie au
quotidien
dans les
Highlands
 
Togaidh mise chlach,
Mar a thog Moire da Mac,
Air bhrigh, air bhuaidh, ‘s air neart ;
Gun robh a chlachsa a amdhorn,
Gus an ruig mi mo cheann uidhe.
 
Je lèverai la pierre
Comme Marie l’a soulevée pour son  fils,
Par solidarité, vertu et force ;
Que cette pierre soit dans ma maison
Jusqu’à ce que je sois au bout de mon voyage. 
 
 
Le mot Écosse (Scotia) est une importation irlandaise.  À l’origine, le pays s’appelait Calédonie (le pays de la forêt), ou Alba (le pays des collines blanches).
 
La région au nord et à l’ouest de la frontière des Highlands était, et est encore, à bien des égards, une terre sauvage, rude, sinistre, aux tempêtes violentes.  Ce n’est pas une  région riche, luxuriante, mais une région de montagnes nues, de collines désertes, de landes de bruyères, de forêts de conifères, de lacs, de cours d’eau et de marécages. Elle est probablement l’une des dernières contrées sauvages de l’Europe.  Le climat, sujet à des caprices, rehausse avec pureté l’ornement du ciel en nuances spectaculaires.  Espace grandiose d’une infinie beauté, terre de mystère et de solitude entourée de silence, là où la ronde des saisons se transforme en art de vivre auquel vient s’ajouter le légendaire accueil des habitants des Highlands. Cette attitude amicale et cette  hospitalité notoires ont pris racines il y a des siècles, c’est une partie du trésor légué par les Celtes.
 
Seuls des coins de terre arable, isolés et détachés, situés dans les vallées, les gorges et les îles perdues, favorisent l’établissement de groupes familiaux sous la conduite de leur chef ou ceann-cinnidh.  Dans un territoire aussi fragmenté, la population s’isole dans les vallées (Glen), ce qui favorise la constitution d’un système tribal où les grandes familles établissent leur domination patriarcale.
 
Les quatre cinquièmes de la population de l’Écosse au moins vivent à la campagne, dans des villages étirés le long des routes ou dans des masures isolées.  Là encore, tous les récits de voyageurs, que nous retrouvons, décrivent des  bauges (lieu très sale) ou taudis, où les animaux cohabitent avec les hommes, où la porte est souvent la seule ouverture, où la toiture de roseaux tressés laisse passer l’eau du ciel, où les murs même sont plus souvent de terre et de branchages que de pierres.  Il est certain que jusqu’au milieu du 18e siècle et au-delà, beaucoup de Highlanders vivront dans des conditions d’inconfort comparables à celles des plus misérables pays du tiers-monde d’aujourd’hui.
 
Aux XIe et XIIe siècles avec une suite de souverains écossais puissants et audacieux, le développement des alliances détermina la venue d’un nouvel ordre social ; «  le pouvoir militaire à la place de l’autorité tribale, la terre occupée sous contrat et non par tradition ancestrale, la charte au lieu de l’hérédité, le suzerain se substituant au chef de famille ».  Les deux autorités se rencontrèrent lors du couronnement d’Alexandre III (1249) où un barde Highlandais s’avança pour réciter en gaélique la généalogie des souverains « normanisés » en remontant jusqu’aux fondateurs légendaires de la dynastie.
 
Bannockburn
 
Étrangement, l’unité du pays est le résultat des guerres d’indépendance de 1296-1314 qui prirent fin par la victoire de Robert Bruce sur les Anglais à Bannockburn et ce sont les effets de ces guerres qui ont amené la tragique scission entre les Highlands et les Lowlands.
 
L’affaiblissement causé par la longue lutte contre le pouvoir anglais et la fragilité de l’autorité royale après la mort de Robert Bruce en 1329 ont abouti à une période trouble : le déroulement pour l’unification fut ralenti sinon inversé, la société se divisa en groupes sous  l’autorité des chefs locaux et il y eut une « soudaine renaissance »  du pouvoir gaélique.
 
«  Un chroniqueur des Lowlands qui fut le premier à faire la distinction entre les Écossais « sauvages » ou Highlanders et leurs voisins « civilisés » ou Lowlanders, disait des premiers qu’ils étaient barbares, grossiers, indisciplinés, voleurs et jouisseurs, mais d’un naturel chaleureux et docile, avec un physique agréable sous leur costume innommable, hostiles aux Anglais et à leur langue…d’une cruauté extrême mais loyaux et soumis envers leur roi et leurs pays et respectueux des lois à condition d’être bien gouvernés ».  Les habitants du sud de l’Écosse ne connaissaient pas mieux les Highlands, ils n’ont entendu que peu de choses, et ils imaginèrent le reste.  Ils sont étrangers à la langue et aux mœurs, aux ressources et aux besoins des populations dont ils auraient voulu  changer la vie. En fait, ce n’est pas tant leur statut social particulier mais plutôt leur tempérament querelleur qui alarmait les Lowlanders.
 
Carte des régions de l’Écosse
 
D’origine Picte, Scot ou Viking, les Highlanders ont la mémoire longue, deux siècles après la mort de Bruce, la vie dans les Highlands n’avait guère changé et elle n’allait pas beaucoup évoluer pendant des siècles.
 
 
    
Clan MacNab                                Clan MacKay
 
Le chef était le père de son peuple.  Il était, en théorie et parfois en fait, du même sang
que  ses hommes.  Plus que le roi, il avait pouvoir de vie et de mort sur eux, pouvoir dont
il usait pleinement et il parvenait toujours à s’assurer de leur loyauté.  En un sens, sa
terre était la leur, leur bétail était le sien, mais, surtout, ses querelles étaient leurs querelles.
 
Pour le Highlander, seuls comptaient la terre, cette terre désolée, le bétail qui vivotait
sur ce sol ingrat avant de le nourrir à son tour, et les hommes, des hommes d’armes 
pour défendre cette terre.
 
En 1707, ils conservaient toujours les mêmes particularités et les habitudes de vie qu’ils avaient apportées d’Irlande douze siècles auparavant.  Malgré l’acharnement des autorités, le gaélique se parlait toujours dans les Highlands, faisant barrage à l’anglicisation et perpétuant un lien vivant avec les valeurs anciennes.  L’attraction sournoise d’une économie monétaire débutait à peine.  La séparation restait profonde entre les Highlanders et les Lowlanders. Cette mésentente est l’une des plus anciennes et des plus fondamentales de l’histoire de l’Écosse.  Chaque nation entretient une querelle de ce genre, mais celle-ci est tout à fait caractéristique de la nature farouche et belliqueuse de ce peuple ! « Pour un Anglais du XVIIIe siècle comme pour la plupart des Lowlanders, les Highlands étaient une région reculée et déplaisante, peuplée de barbares qui parlaient une langue obscure, s’habillaient de peaux de bêtes ou de bouts de chiffons bariolés et qui assimilaient l’honneur au vol de bétail et au meurtre. »  Il émettait là une façon de considérer les choses largement répandue à cette époque.
 
Duncan Forbes De Culloden
 
« Ce qu’on appelle à juste titre les Highlands, écrit le Lord Président Duncan Forbes de Culloden au milieu du XVIIIe siècle, est une large bande de terres montagneuses au nord-ouest de la Tay où les natifs parlent la langue irlandaise (le gaélique) ». Les habitants désoeuvrés restent fidèles à leur ancien mode de vie, conservent leurs coutumes et maximes barbares, dépendent généralement de leurs chefs qui sont leurs suzerains et maîtres.  Habitués à l’usage des armes et aguerris par une vie dure, ils sont dangereux pour la paix publique et continueront de l’être tant qu’ils n’en auront pas été privés pendant suffisamment d’années pour en oublier l’usage…  Un clan des Highlands est composé d’un ensemble d’hommes qui portent tous le même nom, se croient liés les uns aux autres et descendants d’une même souche.  Dans chaque clan il y a plusieurs tribus subalternes qui dépendent de leurs chefs immédiats mais reconnaissent tous qu’ils doivent allégeance au chef suprême du clan, ou de la parentèle, et considèrent de leur devoir de le soutenir dans toutes ses aventures. »  Les clans restaient des unités militaires, prêtes à prendre les armes contre l’ennemi sur un simple mot de leur chef sans que soit posée une seule question.
 
Les plus petits clans ne rassemblaient que quelques centaines d’hommes; d’autres plusieurs milliers.  Pour les représentants de la loi, dans la mesure où il y en avait une, tenter de pénétrer sur le territoire d’un clan dans l’exercice de leurs fonctions était pure folie.
 
Pour avoir frayé avec les chefs des clans et connaissant assez bien les Highlands, le Lord Président Duncan Forbes de Culloden disait : «  appliquer la loi normalement dans les montagnes a été pendant longtemps irréalisable – le tenter était même considéré comme aventureux.  Il faut une certaine dose de courage et de pouvoir plus grande que les hommes n’en possèdent d’ordinaire pour arrêter un coupable ou un débiteur au milieu de son clan. ».  Le pays de montagne abrite généralement la race la plus ancienne parce que les conquérants n’y peuvent guère y pénétrer, exposés qu’ils sont aux coups de main et embuscades dans les gorges et défilés qui en commandent l’accès.  Chaque hauteur est une forteresse propice aux défenseurs.  Si les assaillants parviennent à forcer un passage ou à emporter un sommet, ils ont seulement gagné un peu de terrain, car l’adversaire a déjà fui et pris possession du plus proche repaire et ils en sont réduits à scruter les flancs de la montagne pour y découvrir la trace des fuyards, ou à éprouver la fermeté du sol du marécage avant de s’y aventurer.  Au surplus, les montagnards escaladent et dévalent les pentes avec une agilité toute particulière, qui n’est ni force, ni courage, mais le résultat d’une longue pratique.  Si la guerre n’est pas dangereuse, il n’est ni facile d’emporter des vivres, ni possible de s’en procurer. La richesse des montagnes, c’est le bétail et les femmes qui l’évacuent pendant que les hommes tiennent le passage.
 
Finalement, de tels pays ne valent pas le prix de leur conquête et c’est pourquoi ils ont peut-être été plus souvent envahis pour punir les raids et pillages des montagnards, ou pour prévenir leurs incursions dans les riches provinces, que par pur esprit de domination.  De même que les montagnes sont longues à conquérir, elles sont longues à civiliser. Selon l’ancienne loi des Highlands, quand un voleur était soustrait à la justice, n’importe quel homme de son clan pouvait être arrêté à sa place.  Cette sorte de justice sans règle pouvait provoquer des conflits sans fin et quand la flamme d’une vendetta venait à s’allumer parmi ces hommes, que rien ne venait distraire de leurs passions, cette flamme pouvait brûler pendant des générations, tantôt  couvant en sourdes haines tantôt éclatant en de brutales flambées de violence ». C’est pourquoi la Couronne , en des temps plus anciens, a dû remettre des postes de juges et d’autres juridictions aux mains de puissantes familles des Highlands qui pouvaient, grâce à leurs clans et à leurs partisans, faire respecter la loi à l’intérieur de plusieurs territoires et le faisaient couramment au prix de considérables effusions de sang!!!
 
Le foulage de la laine
 
  
Le lavage et le filage
 
Famille écossaise
 
Comme dans toute société tribale, la plus grande partie du travail était effectuée par les femmes et les aînés des enfants.  Les femmes ont appris à teindre, à carder, à filer et à tisser.  C’était également elles, qui traditionnellement, trayaient les vaches, barattaient le beurre, fabriquaient le fromage et travaillaient la terre. Selon la tradition médiévale, fortement enracinée dans les mentalités paysannes, chaque village, presque chaque foyer s’efforce de cultiver ce qui lui est nécessaire ; des céréales (avoine, orge, blé dur, le froment étant réservé aux terroirs fertiles du Sud) du lin pour le tissage, quelques légumes et fruits. L’une des causes de ce niveau de vie médiocre est le caractère traditionnel, voire archaïque, de l’agriculture,  les terres s’épuisent car l’assolement, fréquent dans d’autres pays, est peu pratiqué en Écosse.
 
Pendant ce temps, les hommes étaient donc libres de se battre, de chasser, de surveiller leurs terres de même que le bétail et, de temps en temps, de faire main basse sur celui de leurs voisins.  Pour la plupart des clans le « chantage » (black mailing –   chantage qu’exerçaient les voleurs de bétail  sur les éleveurs des Lowlands) l’argent que les Lowlanders devaient leur verser pour se protéger constituait une source de revenus non négligeable.
 
     
        Clan MacNeil                          Clan Ross                       Clan MacNaughton
 
Dans ces rudes contrées, où la pénurie est constante, rien n’était perdu de ce qui pouvait être converti en victuailles.  Les chèvres et les brebis sont traitées tout comme les vaches (pour la traite). Dans les contrées pauvres, l’espèce humaine est limitée dans sa croissance par les mêmes causes que les autres créatures.  Les dames sont aussi belles ici qu’ailleurs, mais il ne faut pas s’attendre à trouver l’éclat et la douceur chez les femmes de basse condition, dont les visages sont exposés aux affronts du climat et dont les traits sont tantôt contractés par les privations, tantôt durcis par les rafales.
 
La suprême beauté est rare dans les chaumières, pour que les traits du visage humain atteignent leur pleine perfection il semble nécessaire que l’esprit y contribue par la sérénité que procure l’aisance ou la conscience d’une supériorité, ce qui n’était pas le cas des Highlands.
 
     
Clan MacNicol            Arisaid ancien             Clan Sinclair
 Arisaid  est le nom donné à la robe traditionnelle  des femmes des Highlands composée
d’un plaid enroulé autour du corps et retenu par une broche sur le buste. Le vêtement
est décrit comme «  fait de longueur suffisante pour couvrir du cou aux chevilles, attaché
à la taille avec une ceinture et fixée sur le buste avec une grande broche.
 
Broche de l’arisaid
 
 Croix de feu (Fiery cross)
 
Les hommes d’un clan, toujours prêts à remplir leur fonction militaire, étaient traditionnellement convoqués au moyen de la croix de feu qui était l’emblème de l’appel aux armes (fiery cross), faite de deux morceaux de bois brûlé ou enflammé liés entre eux par un chiffon trempé dans le sang, était envoyée par le chef sur tout le territoire de son clan pour que ses hommes le rallient immédiatement, prêts au combat.  Des coureurs se relayaient pour la transporter d’une vallée à l’autre à une allure étonnante.  Le chef et ceux de son sang conduisaient le clan au combat contre l’ennemi commun.  Lorsque le chef envoyait la croix de feu (fiery cross), ses «clansmen  » avaient pour devoir de le suivre. Celui qui ne répondait pas à l’appel de la croix ardente était considéré comme un traître.
 
MacDonald du clan Ranald
 
En temps de guerre, le chef, en autant qu’il possède les qualités requises, conduisait ses hommes au combat et en temps de paix, il régnait sur eux avec l’autorité d’un suzerain, les droits de justice héréditaires tels que les pouvoirs de la fosse ou du gibet lui donnaient droit de vie ou de mort sur eux.  Pour un chef, condamner à mort un membre de son clan était une pratique normale.  En voici un exemple assez percutant;  lorsqu’on amena devant MacDonald de Clanranald une femme de son clan accusée de vol d’argent, il donna l’ordre d’attacher ses longs cheveux aux algues poussant sur les rochers de la grève et de l’abandonner à la marée montante.
 
Par contre, même s’il exerçait un pouvoir quasi absolu sur son clan, il avait des obligations et des engagements à l’égard des membres du clan.  Il devait voir au bien-être ainsi qu’à la sécurité de son peuple, au point de devoir aider  un veuf à se trouver une nouvelle épouse, s’il le souhaitait.
 
Les membres du clan
 
De même que l’esprit doit conduire la main, de même, dans toute société, l’homme qui sait doit diriger l’homme qui fait.
 
En tout temps, le chef usait à tous les égards des services des hommes de son sang  (en d’autres termes des gentilshommes de son clan) même s’ils ne lui étaient apparentés que de loin, et des principaux septs (branches) du clan.  Les gentilshommes jouaient le rôle d’officiers en cas de guerre, le reste du temps ils le passaient à titre de conseillers et d’administrateurs en aidant le chef à résoudre les chicanes internes du clan et les problèmes courants.
 
Au début, les terres étaient tenues conjointement par les membres du clan, puis par consentement général ou par l’effet d’un parchemin, elles devinrent la propriété personnelle du chef.  Ce dernier pouvait  les distribuer entre les membres de sa famille, les notables du clan et les personnes de son entourage (le barde, le joueur de cornemuse, etc.).  Le reste pouvait être loué à bail (tack) à un preneur (tackman).  Au même titre que les gentilshommes du clan, ces fermiers qui pouvaient eux aussi sous-louer les terres, ils possédaient également une certaine influence dans la vie du clan.  Il leur appartenait de réunir le clan en temps de guerre, au besoin en usant d’une certaine force de persuasion particulièrement en mettant le feu à la maison de ceux qui rechignaient.
 
 
 
Lien pour cette photo
 
Maison d’origine viking (île de Lewis Écosse)
Photo du cinéaste Luc Giard – Les Grands Explorateurs
 
      
    
Maison noire Écossaise                                                      Clachan
(Scottish black house)                                                                    
 
Un clachan (bourgade) était composé de bothies (maisons noires).  D’allure trapue, avec leurs murs bas, afin de résister au vent, faits de pierres mal dégrossies, les crofts étaient recouverts à l’origine d’un toit de chaume.  Au milieu de l’une des deux grandes pièces se trouvait le feu, alimenté par de la tourbe.  Il noircissait l’intérieur des maisons que l’on surnommait pour cette raison les  black house.  Le logis ne comptait qu’une seule pièce, parfois divisée par un clayonnage.
 
 
 
Intérieur d’une maison noire (black house)
Photographie de Luc Giard – Les Grands Explorateurs
 
Pendant des siècles, les combustibles des feux écossais et irlandais ont été l’herbe et la
tourbe, prises dans des tourbières qui tapissent une grande partie du pays.  Cela ne fait
pas un éclat spectaculaire comme le bois, mais la tourbe a une odeur douce, et, plus
important, le feu qui s’en alimente durera trois jours, ou plus, s’il est correctement
disposé.  Le feu ne devait jamais s’éteindre dans le foyer, même la nuit.  Cela permettait
de garder le chaume sec, et symbolisait aussi la force de la continuité familiale.
Dans certaines régions, le feu était rituellement éteint et renouvelé à des moments
particuliers.  La veille du premier mai, la fête de Beltaine, les maisonnées des Highlands
éteignaient leur feu domestique, tandis qu’un grand feu de joie central était allumé
rituellement sur la colline voisine, lors d’une cérémonie appelée «  allumer le feu du
besoin ».  Quand la nuit était finie, des membres de chaque famille prenaient un tison
dans le feu de joie pour rallumer le leur.  C’est seulement à une autre occasion que le
foyer pouvait être éteint.  À l’occasion du plus terrible malheur qui pouvait échoir à un
peuple pastoral – une épidémie ravageant le bétail – tous les feux du district étaient
éteints, car les feux représentaient la source de  vie, qui avait été d’une certaine façon
souillée.  Un feu nouveau, pur, devait être obtenu, au moyen de la prière et de la
cérémonie.  S’occuper du feu, matin et soir, était la tâche de la maîtresse de maison.  En
Écosse les femmes highlanders invoquaient la présence de Bride, qui était une déesse
celtique du feu, avant que l’Église n’en fasse une sainte celte.  Avant de se coucher, la
femme étendait les braises avec respect et soin, sur le foyer, et les divisait en trois
parties égales, laissant un petit tas au milieu.  Elle disposait de la tourbe entre les
parties, chacune étant en contact avec le petit tertre central.  La première tourbe était
déposée au nom du Dieu de la Vie , le deuxième au nom du Dieu de la Paix , et le troisième
au nom du Dieu de la Grâce.   Puis elle recouvrait le cercle de cendres, un acte appelé
« smooring  » ou « smothering » (étouffement), prenant garde à ne pas éteindre le feu,
au nom des Trois de Lumière.  Le tas de cendres, légèrement élevé au centre, était
appelé Tula nan Tri, le Foyer des Trois.  Quand l’étouffement était achevé, la femme
fermait les yeux, tendait la main, et entonnait doucement cette aimable invocation :
 
«  Je construirai le foyer
Comme Marie le ferait.
L’encerclement de Bride et de Marie
Gardant le foyer, gardant le sol,
Gardant toute la maisonnée… »
 
Le lendemain matin, la femme accomplissait la cérémonie «  d’élever » le feu en
enlevant les cendres et en ravivant la flamme tout en entonnant doucement une prière à
sainte Bride, la « flamme rayonnante » elle-même.  Cette cérémonie était accomplie
chaque jour sans faute, l’entraînant dans la danse divine du constant renouveau de
la flamme de vie.
 
 
L’intérieur d’un cottage
 
La  population des Highlands qui extirpait sa maigre pitance aux parois arides des montagnes menait une vie singulièrement misérable.   Sur environ 200,000 Highlanders moins que la moitié possédait un emploi rémunéré.
 
     
Clan MacRae                              Clan Grant                              Clan Gordon        
 
La chasse et la pêche
 
Le Highlander avait un régime simple et peu abondant; des flocons d’avoine sous une forme ou une autre, du pain quand il en restait, du poisson quand il en avait pêché, un cerf quand il en avait chassé sur les collines, un lapin quand il en avait pris un au collet, du mouton charbonneux trouvé mort dans les hauteurs, un bout de viande, habituellement salé, provenant de troupeaux  de bétail  jalousement gardés  sur les maigres pâturages de leurs montagnes ou encore du bétail qu’ils razziaient chez leurs voisins des Lowlands car ils fournissaient la principale, voire la seule, source de revenu.  La boisson se réduisait à une eau tourbeuse provenant du plus proche ruisseau et, à partir du XVIe  siècle, l’usquebaugh (whisky), l’eau-de-vie distillée par chacun avec sa propre orge maltée.  Seuls, survivaient dans ces terres, des hommes hardis, robustes, intrépides et indépendants, des hommes ayant vécu dans la pauvreté, dont les besoins étaient simples et élémentaires.
 
 
  
Clan Rose                  Clan Grant de
                                      Glenmoriston
 
  
Maison typique des Highlands des années 1700  et la simplicité des habitants
 
Leur mode de vie ne leur garantissait point la santé, et ne les exposait pas à certaines maladies.  Il était généralement admis qu’on vivait plus longtemps là ou le luxe était rare, mais le paysan dans sa chaumière ne vieillissait pas autrement, avec ses galettes d’avoine, que le citadin savourant son festin.  La pauvreté le préservait d’être écrasé par son propre poids, mais non point des autres outrages du temps.  L’espérance de vie ne dépendait ni du mode de vie, ni du climat.  Les montagnes n’offraient pas d’exemples de plus grands âges ou de meilleure santé que les basses terres.
 
Quand elle ne travaillait pas, ne mangeait ni ne dormait, la famille pouvait se rassembler autour d’un feu de tourbe pour raconter d’interminables histoires de fées et de sorcières ou des poèmes et des légendes transmis de génération en génération qui célébraient les exploits guerriers, stratagèmes, victoires et défaites de leurs aïeux.  L’âme du Gaël vit dans les traditions du passé, celles de sa famille et de son clan.  Ces traditions sont la matière des légendes et des poèmes des bardes, c’est l’héritage transmis par les Celtes. Il recèle des trésors inépuisables et des pratiques mystiques très riches en enseignements.  La culture de ce peuple s’ancrait profondément dans la magie et la créativité.  Les récits de voyage sont une tradition de la littérature celte, et s’appellent immrama ; le héros, au cours de voyages sur les mers, découvre des îles enchantées peuplées d’habitants surnaturels, et souvent gouvernées par des séductrices.  Ces contes, dont la fonction était de distraire et de faire rêver, ont aussi une portée spirituelle.  Ils estimaient que l’extérieur reflétait l’intérieur, aussi certains lieux étaient-ils investis d’une puissance charge émotionnelle.  La mer, par exemple, était le chaudron qui donnait la vie et la reprenait ; le rivage était la limite entre ce monde et l’au-delà ; les îles mythiques des poèmes épiques représentaient chacune un certain état de conscience.  Les collines et les montagnes permettaient d’approcher le monde des dieux célestes.  Et sous la terre existait un univers régi par les fées et les gnomes.  Ils relèvent à quel point l’imagination celte savait entremêler plusieurs significations dans un même récit afin de déguiser la vérité pour la dédramatiser et la faire plus facilement admettre.
 
Les vieilles traditions mettent du temps à mourir.  Dans les Highlands et dans les îles on continue de narrer les contes d’autrefois.  Dans le moindre hameau écrivait J. F. Campbell en 1860, «  il y a un homme connu pour être le sgialachdan (conteur), dont la maison est un refuge durant les longues soirées d’hiver.  Je suis allé voir ces hommes et je les ai écoutés, souvent émerveillé par la puissance extraordinaire de la mémoire dont font preuve ces vieux bonhommes dépourvus d’instruction »
 
Thig crioch air an saoghal, ach mairidh gaol is ceol.
Le monde passera mais l’amour et la musique
demeureront à jamais.
 
 
   
Harpe et cornemuse
 
 
Musiciens des Highlands 1780 
(au violon  Neil Gow)
 

Ils aimaient également chanter de vieilles mélodies et écouter la musique du clarsach (harpe écossaise) et de la cornemuse.  Pour un étranger observant la scène, leur existence pouvait sembler macabre et défavorisée.
 
Reel_Tulloch branle écossais qui se danse à quatre ou à huit
photographie du XIXe siècle

  
La danse avait une grande importance
 
Là où la forêt murmure, il y a de la musique ; ancienne et
perpétuelle.
 
Leur apparence n’était pas des plus agréables; par-dessus leurs chemises, les Highlanders portaient un long plaid de tissu bariolé (breacan en gaélique), couvrant l’épaule et porté en kilt autour de la taille avec aux pieds des chaussures de marche en cuir cru.  L’homme du clan affichait à son chapeau la plante traditionnelle représentant son clan,  plante qui possédait un sens sacré pour ceux qui la portaient (pour un Maclean c’était un brin de houx; un bout d’algue de la grève pour un MacNeil ou une brindille d’if pour un Fraser provenant, dans ce cas, de l’ancien if qui se trouve toujours à Stratherrick ou l’un des grands ifs qui entourent  Tomahurich, lieu de rassemblement du clan.  Le chef du clan portait trois plumes d’aigle à son chapeau, les chefs secondaires et les gentilshommes du clan en portaient une seulement.
 
Voici un court extrait d’une citation nous permettant de comprendre que l’originalité du costume des Highlands pouvait mettre en déroute bien des étrangers.
 
    
La robe des Highlands                    Clan Davidson
 
«  L’habit courant du Highlander choque l’œil, critique carrément le Capitaine Burt.  Une petite partie du plaid, moins large que la précédente, est arrangée en plis et ceinte autour de la taille pour former un court jupon qui descend à mi-cuisse, le reste étant ramené sur les épaules et fixé devant sous le menton, souvent avec une épingle, une aiguille ou un bout de bois épointé; de sorte qu’ils vous rappellent les pauvresses de Londres, quand elles relèvent leurs jupes sur la tête pour s’abriter de la pluie.  Ce vêtement s’appelle le « quelt » et il est dans sa plus grande partie si court que, par grand vent, quand on grimpe la montagne ou qu’on se penche, on en découvre toute l’indécence.  Ils marchent avec une sorte de majesté au milieu de la pauvreté. »
 
Sgian dubh
 
À la guerre un homme de clan portait sur le champ de bataille un glaive et une targe de cuir, un poignard et un sghiann-dhu (poignard que les Highlanders portaient sous l’aisselle autrefois et dans le haut de la chaussette droite aujourd’hui, à ne pas confondre avec le dirk) pour le combat rapproché et, parfois la hache du lochaber dont le crochet permettait de tirer un cavalier à bas de sa monture.  À l’arrivée des armes à feu vinrent se greffer un mousquet et un pistolet que le combattant déchargeait et jetait à terre avant de foncer sur l’ennemi.  La charge des Highlanders qui dévalaient la pente en poussant des rugissements sinistres, épouvantait l’ennemi, habitué à une forme de guerre plus ordonnée et plus classique, disons…
 
Le mode de vie des chefs de clan se différenciait amplement par rapport à d’autres chefs ou sous-chefs moins importants qui ne différaient guère des membres de leur clan.  Certains chefs ayant étudié dans les universités d’Écosse ou à l’étranger parlaient les langues étrangères et avaient une bonne connaissance des réactions de la population ainsi que des besoins de ces derniers mais, instruits ou non, ils avaient tous, y compris les sous-chefs au statut plus modeste, le même orgueil de leurs origines et la même conscience de leur prédominance sur la population des plaines et quels que soient leurs rangs et leurs titres, pratiquement tous étaient généalogistes. En fait, ils ont l’orgueil de leur famille, de leur clan, de leur pays….la fierté d’être tout simplement des Écossais.
 
Sachez également retenir que la vie quotidienne de vos ancêtres était ponctuée de désirs et de plaisirs, d’amour et de haine, de joies et de peines, de contraintes mais aussi de liberté et de vastes espaces où il faisait bon vivre.
 
Un partage d’or n’est que bref ;
mais un partage de chant dure longtemps.
 
Proverbe écossais
 
 
Pour en savoir plus relativement aux lectures ; 
voir onglet Livres de référence
      
 Céline E. Colgan
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