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Clan Mc Nicoll du Québec
Collaboration spéciale : Céline E. Colgan
 
 
LE MASSACRE DE  
GLEN COE  

Les trois sœurs se profilent à gauche et la dernière forme la paroi même de la passe.  Glen Coe, falaises d’ombre comme un gigantesque cul-de-sac.  On distingue des grottes, très haut dans la roche : là se cachèrent Deirdre et son amant Naoise qu’accompagnaient ses frères.  Poursuivis par la haine du roi Conchobar d’Irlande à qui la jeune fille était destinée, ils parcoururent l’Écosse sauvage, jusqu’à ce que la traîtrise du Conchobar ramène les jeunes gens à la cour d’Ulster, pour y mourir.  Le surnaturel imprègne si fort ces parages que les hommes de Glen Coe naissaient tous poètes.  

Plus forte que les ombres de la mythologie, une horreur bien réelle a posé un voile noir sur Glen Coe. 

 

Vallée de Glen Coe  

C’est ici que se place un épisode particulièrement célèbre de l’histoire des Highlands, épisode que la tradition écossaise maintient vivant jusqu’à nos jours.   

La fidélité au roi Jacques était profondément enracinée dans beaucoup de clans ; l’hostilité aux Campbell, traditionnelle dans toute une partie du pays, rattachait la question des luttes de clans entre eux.  L’aspect religieux de ces rivalités ne doit pas être surestimé (les Campbell presbytériens, les Mac Donald catholiques) mais il ne peut pas non plus être passé sous silence. 

 

Jacques VII   

Aussi, quand prit fin le bref règne (1685-1688) de Jacques VII par la fuite du roi, les clans de la région furent-ils réticents à se rallier aux nouveaux souverains.  Après la convention qui offrit la couronne d’Écosse à  Guillaume d’Orange et à Marie, en mars 1689, le vicomte de Dundee rassembla les Highlanders.  Malgré la victoire de Killicrankie où ils perdirent leur chef, ils furent définitivement défaits un mois plus tard à Dunkeld.   

 
Bataille de Killicrankie le 27 juillet 1689
 
Craignant toujours une renaissance du jacobisme, le gouvernement voulut tenter d’autres tactiques ; apaiser les Highlands ou les dévaster.  Les mettre au désespoir ou mieux encore les détruire avant qu’ils aient la bonne idée de se procurer l’aide nécessaire.  Guillaume proposa le pardon à tous les clans qui lui prêteraient serment d’allégeance et fit alors une proclamation officielle qui ordonnait aux chefs des clans de faire serment d’allégeance avant le 1er janvier 1692, toute insoumission serait châtiée par le feu et l’épée.   

Les inspirateurs de la politique du gouvernement dans toute cette affaire étaient essentiellement le «  maître de Stair » John Dalrymple (1648-1707), qui résidait à ce moment à Londres auprès du roi, John Campbell, comte de Breadalbane (1635-1717- un cousin des Campbell d’Argyll) le comte d’Argyll lui-même Archibald Campbell.  La tendance était donc à la fermeté et à la dureté.  Comme d’habitude, le zèle des subordonnés amplifia les ordres donnés en haut lieu et la tragédie couronna le tout.

 

Clan Campbell de Breadalbane   

Le moment de l’année avait été mûrement réfléchi «  l’hiver, soulignait Stair, est la seule saison où nous sommes sûrs que les Highlanders ne peuvent s’échapper en emportant les femmes, les enfants et le  bétail dans les montagnes… c’est le bon moment pour les tailler en pièces dans la longue nuit noire ».   

Parmi les clans jacobites ou réputés tels, figurait le petit clan des Mac Ian, partie du grand clan Mac Donald qui occupait l’austère vallée de Glen Coe.  Ils avaient la réputation d’être particulièrement pillards et indisciplinés.   

Au tout dernier moment, Jacques II autorisa les chefs jacobites à faire allégeance à son gendre ( Mary II était la fille de Jacques II et épouse de Guillaume d’Orange). Stair en fut fort désolé.  Pourtant, à la date prévue, deux chefs manquèrent à l’appel MacDonell de Glengarry, relativement important, et le vieux chef de clan d’un sept turbulent mais jouant un rôle mineur chez les Mac Donald Mac Ian Mac Donald de Glen Coe.  Ce dernier, sans doute autant en raison de sa lenteur naturelle que du mauvais temps, arriva trois jours en retard à Inveraray, siège du substitut du juge royal.  L’officier public s’étant absenté, il dut attendre le 6 janvier pour accomplir son devoir.  Pour Guillaume, c’était l’occasion rêvée. Accordant un délai à Glengarry, il prit Mac Ian pour bouc émissaire. «  Si Mac Ian de Glen Coe et cette tribu peuvent être complètement coupés du reste, écrivit-il au général commandant les troupes des Highlands, ce sera un acte en faveur de la justice publique de  faire disparaître cette secte de bandits. 

 

Robert Campbell de GlenLyon   

Une compagnie du régiment d’infanterie du comte d’Argyll, commandée par le capitaine Robert Campbell de Glenlyon, parent par alliance de Mac Ian, fut donc expédiée à Glen Coe.  Fidèle aux lois de l’hospitalité Mac Ian Mac Donald et son clan les accueillirent aimablement et les hébergèrent durant plusieurs jours.  Durant son séjour, le capitaine Campbell passa du temps à boire et à jouer aux cartes avec Mac Ian et ses fils tandis que les soldats fraternisaient avec les membres du clan.

 

Mac Donald de Glen Coe   

Puis, le 12 février, Robert Campbell reçut de son supérieur, le major Duncanson, les instructions suivantes : «  Vous avez ordre de fondre sur les Mac Donald de Glen Coe et de passer au fil de l’épée tous ceux qui ont moins de soixante-dix ans.  Vous devez veiller particulièrement à ce que le vieux renard et ses fils ne vous échappent sous aucun prétexte.   

Mais Ian a tardé à prêter serment à Guillaume d’Orange, roi d’Angleterre (de seulement quelques jours à peine). Ce soir-là, Robert Campbell et deux de ses officiers dînèrent comme de coutume chez Mac Ian.  Pendant ce temps, quatre cents soldats allèrent bloquer l’accès de la vallée par le nord et par le sud.  

 

Glen Coe, la vallée des larmes  

Au petit matin du 13 février 1692, Campbell de Glenlyon et ses hommes exécutèrent les ordres. Des groupes de soldats allèrent de maison en maison, massacrant les Mac Donald endormis et brûlant leurs demeures.  Mac Ian fut abattu par un des ses invités de la veille. 

La neige se mettant à tomber, quelques habitants de la vallée, profitant du chaos parvinrent à s’échapper dans les collines enneigées de la rivière Coe.

 

Rivière Coe

 

Glen Coe l’ombre de la mort

Trente-neuf Mac Donald, des femmes, des enfants et le vieux chef, sont assassinés.  À peine une cinquantaine de malheureux purent s’enfuir dans les montagnes où la plupart périrent de faim et de froid.   Cette fois, Guillaume d’Orange et Stair avaient gagné ; la tuerie allait servir d’exemple aux jacobites et permettre au gouvernement de mieux tenir en main cette région insoumise. Mais deux des  fils de Mac Ian survécurent et révélèrent le forfait. La  propagande jacobite s’en empara aussitôt et toute l’Europe catholique voire même en Angleterre,  s’indigna de la barbarie et de la perfidie du gouvernement du roi Guillaume.  

Le principe sacré, pour les Highlanders, de l’hospitalité avait été violé et que les hommes de Glenlyon aient massacré de sang-froid leurs hôtes révulsait même ceux qui n’avaient aucune sympathie pour Glen Coe et les siens. Les journaux anglais, peu de temps après, le confirment ; les hommes à la solde du roi avaient l’ordre de saisir l’occasion de neutraliser les irréductibles Mac Donald.  

Plus que le massacre (les clans connaissaient assez bien ce langage-là), c’est la violation de l’hospitalité sacrée, surtout entre Écossais, qui souleva l’indignation de tous.  Glenlyon commit l’irréparable, l’impardonnable selon l’éthique gaélique ; il accepta l’hospitalité de Mac Ian, puis au petit matin du 13 février 1692 fit massacrer le clan, son chef en tête.   

Aujourd’hui encore, Glen Coe, la vallée des larmes (The Glen of the Weepings), semble ne rien avoir oublié ; à l’entrée de l’auberge Clachaig, rendez-vous immanquable des randonneurs et des montagnards, une plaque en cuivre annonce qu’on n’accueille ici ni les démarcheurs, ni les Campbell.
 
Les Celtes sont renommés, dans le monde entier, pour l’amitié et l’hospitalité dont ils font preuve envers leurs hôtes, une tradition qui a ses racines dans les temps anciens. L’écrivain grec Diodore de Sicile disait des Celtes, au 1er siècle av. J-C : «  Ils invitent aussi les étrangers à leurs banquets et c’est seulement après le repas qu’ils leur demandent qui ils sont, et ce dont ils ont besoin. »  Cette attitude a persisté tout au long des siècles.
 
Rune de l’hospitalité Écossaise
  
J’ai vu un étranger hier ;
J’ai mis de la nourriture là où l’on mange,  
De la boisson là où l’on boit, 
De la musique là où l’on écoute ; 
Et, au nom sacré de la Tri-Unité , 
Il m’a béni moi et ma maison,  
Mon bétail et ceux qui me sont chers. 
Et l’alouette a dit dans son chant, 
Souvent, souvent, souvent, 
Le Christ va sous l’habit d’un étranger ; 
Souvent, souvent, souvent, 
Le Christ va sous l’habit d’un étranger.
 
 
 
Pour en savoir plus relativement aux lectures ; 
voir onglet Livres de référence        
              
Céline E. Colgan
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