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Clan Mc Nicoll du Québec
Collaboration spéciale : Céline E. Colgan
 
 
QU’EST-CE QU’UN CLAN?
 
Le clan, sous sa forme primitive, était fondé sur la « Kindness », principe celtique profondément ancré alliant parenté et tradition, un principe plus fort qu’aucune loi écrite. Très anciennes, les racines de ce système remontent au passé celtique de l’Écosse.  L’esprit celte qui souffle sur les Highlands et les îles de l’Ouest depuis plus de vingt siècles ne s’est pas éteint.  Les Gaëls se sont transmis de génération en génération un art de vivre empreint d’une énergie spirituelle qui leur a sans doute donné la force de résister aux intrusions étrangères.  Leur pensée contraste avec les philosophies linéaires ou rationnelles, car le fantastique, le magique, l’irréel et l’irrationnel ont une place aussi importante que leurs contraires.  La relation qui existe entre les hommes est un des autres traits originaux de la société celte dont le clan est le ciment.
 
Le pays a été occupé par de nombreuses peuplades – Bretons, Romains, Angles et Vikings -, dont deux finirent par établir leur domination.  Le nord et l’est étaient sous la tutelle des Pictes, qui divisèrent leurs territoires en sept petits royaumes ; tandis qu’à l’ouest, le pouvoir était entre les mains des Scots.  Cette tribu d’origine irlandaise quitta l’Ulster au début du 6e siècle pour fonder le royaume de Dalriada, dans le comté d’Argyll.  C’est finalement Kenneth MacAlpin qui réalisa l’unification des royaumes Scots et Pictes en 843.
 
Ces peuplades étaient organisées selon une structure tribale.  Les unités de base, les tuatha (tribus), étaient regroupées au sein de la mortuath (grande tribu).  Elles étaient dirigées par des autorités connues respectivement sous le nom de toiseach  et mormaer, équivalant approximativement aux futures fonctions de thane (hommes d’armes, donc homme libre supérieur dans l’Angleterre anglo-saxonne)  et de comte.  Ceux-ci à leur tour, devaient allégeance aux Petits Rois et au Grand Roi.
 
La principale particularité de cette culture était que les terres, considérées comme le bien de la communauté, étaient administrées pour le compte de tous par le chef de la tribu.  Toutefois, lorsque l’Écosse fut soumise aux influences du sud, la structure gouvernementale de base se modifia.  C’est ainsi qu’apparut le système féodal, fondé sur la propriété des terres amorcé sous Malcolm III (1058-1093), cette évolution s’amplifia sous David 1er (1124-1153), lorsque de nombreux seigneurs normands s’établirent au nord de la frontière.  Sous la loi féodale, le roi, propriétaire de toutes les terres, les octroyait à ses sujets en contrepartie de leur fidélité.  Toutefois l’Écosse élabora un système particulier, autorisant la coexistence des deux lois, féodale et tribale.  La relation féodale était maintenue entre le souverain et les chefs de clans, mais à l’intérieur du clan, la structure ancienne continuait à vivre.
 
Toujours prêt pour le combat !
 
Dans les Highlands, où les structures féodales n’ont jamais réussi à s’implanter profondément, le vieux système gaélique des clans, fondé sur la solidarité familiale au sens large, subsista, les liens à l’intérieur d’un même groupe avaient une grande importance; mais en contrepartie, subsistèrent également, les rivalités, les querelles, les guerres héréditaires entres les clans, les razzias, les expéditions punitives. Le clan des Highlands était une principauté indépendante, un groupe d’individus qui ne devait fidélité qu’à son chef, tandis que le chef, tel le monarque d’un État indépendant, se devait d’adopter la ligne de conduite correspondant le mieux aux intérêts du clan.   Tout le monde devait loyauté au chef de famille ou de clan.  En contrepartie celui-ci devait assumer son rôle de leader et de protecteur et assurer la justice entre les membres de son clan.
 
La vie à l’intérieur du clan
 
Le mot gaélique clanna signifie enfants.  Le clan, ce fut d’abord une famille avec le père pour chef.  Son fils lui succédait ; de là vinrent les noms de familles commençant par « Mac », qui signifie « fils de ».Qui dit clan, dit parenté.  Cette structure sociale n’est pas particulière ni aux Highlands, ni même à l’Écosse, mais elle y a survécu plus longtemps que partout ailleurs et  elle y a laissé une tradition qui cimente à jamais l’unité du clan.
 
Les liens du sang ont rassemblé des groupes d’individus dont les ancêtres occupaient le même coin de terre.  Le terme « clan » ne s’appliquait qu’à la famille du chef et aux collatéraux qui pouvaient prouver leur filiation; puis le mot a pris de l’envergure jusqu’à s’étendre à tous ceux qui reconnaissaient et acceptaient l’autorité du chef et se plaçaient sous sa protection. Ces liens réels ou supposés consolidaient chaque communauté depuis le chef jusqu’au plus humbles de ses manants.
 
Le chef  de clan, considéré comme le père de ses sujets, était obligatoirement un homme reconnu pour son courage ainsi que pour son bon discernement, réglait leurs conflits, les protégeait des ennemis, prenait la tête des combats.  En retour, il exerçait sur eux une autorité absolue. Une fois sa descendance établie, la question de sa succession donnait rarement lieu à des différends. Après lui, le personnage le plus important était le tanist  (héritier), qui défendait les intérêts du clan pour la postérité. Le chef n’était pas choisi mais l’antique coutume celtique d’élire un successeur, parmi les «dauphins mâles», s’est maintenue dans certains clans.  Lorsque, par exemple, la succession d’un chef donnait lieu à controverse, celle-ci était réglée par les lois de tanistry.  En de rares occasions, un héritier direct pouvait être refusé en faveur d’un guerrier plus puissant ou d’un chef plus judicieux.
 
Bien que cela ne fût pas complètement interdit, il n’était pas chose courante qu’une femme fût l’ayant cause (personne à qui les droits d’une autre personne ont été transmis) des terres et lorsque le rôle de chef était rattaché à ce fief cela pouvait s’avérer tout à fait catastrophique car le mariage d’une héritière faisait en sorte que le nom de clan de cette dernière tombait en désuétude.
 
Les fils puînés et les petits-enfants du chef qui fondaient une famille recevaient une part du domaine ancestral suffisante pour leur entretien.  Ces branches collatérales se multiplièrent rapidement et les mariages à l’intérieur comme à l’extérieur de la communauté familiale tissèrent un réseau complexe d’alliances qui ne faisaient que conforter la solidité du clan.  C’était une société sans classe, mais le degré de parenté avec le chef n’était pas sans entrer en ligne de compte.
 
La structure interne du clan obéissait à un schéma réglementé.  Il se composait généralement de native men  et de broken men.  Les premiers entretenaient des liens de sang avec le chef ; les autres, qui ne lui étaient pas apparentés, bénéficiaient toutefois de la protection du clan.  Lorsque la communauté s’élargissait, elle était divisée en plusieurs branches ou septs  (familles, apparentées ou non, bénéficiant de la protection du clan et acceptant l’autorité du chef), dirigées par des membres importants du clan – souvent les jeunes fils du chef.  Ils exerçaient leur pouvoir sur leurs sujets, tout en reconnaissant l’autorité de leur propre «  père ».
 
La cohésion du clan était renforcée par certaines pratiques sociales, comme le fosterage. Coutume d’envoyer un enfant, même s’il n’était pas orphelin, chez un parent éloigné, chez un allié ou chez un vassal, afin qu’il l’élève et l’éduque comme son propre fils de manière à développer un sentiment de fidélité au clan aussi fort que les liens du sang.  Cette manière de procéder était courante au Moyen Âge, dans les pays celtiques et nordiques.  Cette tradition avait pour but d’offrir à l’enfant une seconde famille prête à le protéger si le besoin s’en faisait sentir.  Il advenait fréquemment que le fosterage  prenne un tour politique, l’enfant devenant une sorte d’otage ou un garant de non-agression.
 
 
Handfasting
 
Autre coutume répandue, le mariage à l’essai (handfasting).  Vieux rituel païen mais aux yeux des Écossais, il avait autant d’importance qu’un mariage à l’Église.  Le «  handfasting » était une promesse de mariage (fiançailles) ou encore une forme de mariage d’essai devant se tenir devant témoins permettant à un couple de vivre ensemble comme époux pendant un an et un jour puis à se séparer par consentement mutuel s’ils ne réussissaient pas à avoir d’enfants.  Ce procédé était souvent exécuté dans des secteurs ruraux quand un prêtre n'était pas disponible. Cette forme d’union contractée ou non devant l’Église est demeurée légale jusqu’en 1939.
 
En outre, les branches ou les membres du clan pouvaient contracter entre eux des engagements garantissant protection et assistance réciproques.  L’appartenance au clan imposait également des obligations financières vis-à-vis du chef, notamment les calps, équivalant à des droits de succession.
 
Les noms des clans modernes  n’existaient pas dans les Highlands avant le XVIIe siècle.  Quand furent instaurés les noms de famille, le lien avec la branche principale devait être établi.  Certains prirent le nom de leur chef ou une variante connue de celui-ci; d’autres un nom descriptif ou un nom de métier comme Dow (noir),  Roy (rouge), Miller (meunier), Smith (forgeron); enfin d’autres s’en sont tenus à un prénom en mettant « Mac » avant ou « son » (fils de) après le nom de leur père.  Ces noms de famille, connus comme «  noms à tiroirs  », figurent à bon droit sur la liste des descendants de certains clans.
 
On peut donc considérer le clan comme une unité variable consistant non pas seulement à unifier un groupe d’individus de même souche mais comme l’ensemble de ceux qui suivaient un même chef.  Dans les textes anciens, il est souvent question du chef avec ses « enfants, amis, serviteurs, auxiliaires et associés ». À l’origine, le clan s’est donc bien formé par un mélange de liens de parenté et de relations de bon voisinage.
 
Dans le système féodal qui sera imposé à l’Écosse, le roi était considéré comme propriétaire de toutes les terres du royaume et selon son bon vouloir il pouvait les diviser entre ses principaux et ses plus loyaux vassaux.  Chacun d’eux recevait une charte écrite lui accordant le droit légal de sa part de terre, en échange de certaines obligations envers son suzerain.  Le détenteur d’une charte pouvait, à son tour, fractionner son domaine envers ses favoris en échange d’un service similaire.  Alors qu’anciennement dans les clans, les liens du sang étaient renforcés par deux sortes de tenure (terre que concédait un seigneur tout en en conservant la propriété) particuliers à l’Écosse, le wadset et le feu, toutes deux héréditaires et donnant à leurs titulaires la sécurité nécessaire au maintien  d’une famille.  Les cadets qui étaient généralement wadsetters concédaient des feus ou tacks  (baux) à long terme à d’autres qui à leur tour accordaient des baux à court terme à des fermiers.  Ces derniers pouvaient être des parents ou des alliés, mais ne l’étaient pas tous nécessairement.
 
Carte des clans d’Écosse
 
Pour ceux qui aimeraient télécharger la carte des clans en format PDF grandeur 8,5 x 11 po. il vous suffit de cliquer sur ce lien:
 
Il y avait des avantages pour un chef de détenir un domaine par charte mais, en cas de rébellion contre le roi, il était déchu de sa position de vassal et les terres retournaient à la Couronne pour être concédées à quelqu’un d’autre.  En cas de conflit, un chef de clan et son seigneur pouvaient se trouver dans des camps opposés; il pouvait même arriver qu’un chef occupât deux parcelles de terre dans les domaines de deux suzerains qui se querellaient.  Il s’ensuivait des troubles, car le membre d’un clan suivait toujours son chef quel que soit le suzerain.  Ces divergences d’intérêt étaient souvent exploitées par ceux (y compris le gouvernement)  qui voulaient dresser un clan contre un autre.
 
Aucun titre de propriété n’avait la moindre importance s’il n’était pas soutenu par une force armée.  L’intérêt d’un chef était de rassembler le plus grand nombre possible d’hommes d’armes et, à l’occasion, certains chefs appâtaient des étrangers pour les faire entrer dans leur clan, en leur permettant de porter le nom du clan.
 
Pour se défendre contre les attaques, et sans doute aussi pour éblouir leurs voisins et les membres de leur propre clan, les chefs construisaient des châteaux forts aux positions stratégiques dans leur territoire, habituellement sur le site d’un ancien fort.  Chaque clan avait des lieux de rassemblement qui servaient pour les rendez-vous en temps de guerre et les réunions en temps de paix.
 
 
Highlanders
 
Quand l’héritage (oighreachd) de l’élite du clan ne coïncidait pas avec le territoire (dùthaich), cela entraînait des différents et des guerres et l’histoire des clans est pleine de ces luttes de pouvoir longues et féroces.
 
Quand les institutions féodales s’imposèrent, l’autorité patrilinéaire du chef fut détrônée par des pouvoirs délégués nommément par la Couronne. Dans certaines régions, il y avait des juges gaéliques mais dans les clans moins importants, c’était le chef lui-même ou un bailli  (agent du roi  qui était chargé de fonctions administratives et judiciaires) le représentant, qui rendait la justice.
 
Le chef trouvait dans les membres du clan le soutien et la force armée nécessaire à laquelle il pouvait faire appel à tout moment.  Nul autre que lui ne pouvait prétendre les commander sans être taxé d’usurpation de sorte qu’il en était héréditairement le colonel et que les chefs de ses branches cadettes étaient les officiers naturels des régiments de clan.
 
Les atrocités étaient sanctionnées par une «  Commission du feu et de l’épée » présidée par le roi.  Les chicanes de clans qui ont ruiné des communautés et des régions entières avaient, en général, pour origine des raisons aussi simples que l’insuffisance des ressources pour une population en croissance.
 
Clan MacLean
 
 Malgré ces problèmes, le système des clans fonctionnait bien et il perdura pendant plusieurs siècles jusqu’à son démantèlement par l’échec jacobite et le début des évictions (clearances).  Son succès tenait à un ardent sentiment de fierté et au respect du serment de fidélité, suscités par l’importance accordée aux liens de sang.  Ce ne furent pas les querelles locales mais des divisions politiques et religieuses à l’échelon national qui amenèrent l’écroulement du système de clan. Chaque Écossais pouvait se sentir gentleman, descendant direct de l’éminent ancêtre dont il portait le nom.  «  Bien que pauvre, je suis noble » affirmait un proverbe des Maclean.  Cette revendication, n’importe quel membre d’un clan des Highlands aurait pu la faire sienne.
 
Les batailles, les querelles, la loyauté et les traditions se sont perpétuées dans  les légendes et la littérature.  Les sociétés et les associations claniques sont, aujourd’hui, des organisations actives regroupant les membres d’un même clan, souvent disséminés à travers le monde entier, mais ayant en commun de porter le même nom, et dont le souci est  de continuer à perpétuer les traditions ancestrales et de maintenir un lien entre tous (en Écosse ou à l’étranger) et cet état d’esprit, celui du clan, malgré le temps ne s’est jamais perdu.
 
 
Pour en savoir plus relativement aux lectures ; 
voir onglet Livres de référence
 
        
Céline E. Colgan
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