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Clan Mc Nicoll du Québec
 
Comrie 1757

 
 
En l’an 79 de notre ère, lorsque le général romain Cnaeus Julius Agricola entreprit la construction d’un village fortifié sur les rives de la rivière Earn, il ne fut pas attiré par la beauté scénique de la région, mais par sa situation stratégique. Victoria, ainsi baptisé, était un bourg bien protégé des invasions barbares. Le fortin était entouré au nord par la rivière Lednock, au sud, par la rivière Ruchill et en complément par la rivière Earn. Cnaeus Julius Agricola désirait protéger les centuries romaines des attaques calédoniennes. Il ne se doutait pas qu’il avait fait le même choix que les Celtes, 1000 ans auparavant, qui eux l’avaient baptisé Aberlednock. Le choc des civilisations a eu lieu en l’an 84 aux monts Grampians. Les Romains auraient été victorieux. Par la suite ils ont bâti une série de forts (Bertha, Fendoch, Strageath et Ardoch), le tout relié par un ensemble de tours de garde et de fortins, ce qui constitua la muraille de l’empereur Hadrien. Les Romains considéraient la zone située au nord de cette muraille, comme sans intérêt. Cette présence perdura jusqu’à la décadence romaine vers le troisième siècle de notre ère. Profitant de cette faiblesse, les Anglo-Saxons envahirent l’espace laissé vacant, mais le nord demeurait toujours sous le contrôle des puissants Pictes et était toujours une zone impénétrable. En 683 à Dundurn Hill, les Scots venus d’Irlande passaient à l’attaque. Ce fut le premier envahisseur qui osa s’attaquer aux Pictes. Finalement en 843, Kenneth, fils d’Alpin, devint le roi des Scots en unifiant les Pictes et les Scots.
Victoria devint Comrie (convergence des rivières, en gaélique) et la porte d’entrée des Highlands, mais une porte qui refusa longtemps l’influence anglo-saxonne et qui propagea au loin la réputation d’un peuple fier, rude, combatif et résistant aux influences extérieures. Comrie vit déferler dans ses rues et ruelles le germe de la résistance active par des visiteurs comme Macbeth, Wallace, Montrose, Rob Roy, Robert the Bruce, Prince Bonny Charlie et Robert Burns.
 
Mais cette partie des Highlands vivait des moments sombres et inquiétants. La révolte des jacobites de 1716 avait laissé des marques indélébiles. Les villages aux alentours ont été rasés par les flammes. Seul celui de Comrie avait été épargné, à cause de ses allégeances jacobites. C’est dans cette période troublée que naissent Duncan et Kathrine.
 
Le samedi 4 février 1728, naquit Kathrine, fille d’Archibald McNicoll et de Margaret Fergusson.
 
 
Le samedi, 14 octobre 1730, naquit Duncan McNicoll, fils aîné d’Archibald McNicoll et d’Ann Buchanan.
 
 
Je n’ai aucun détail sur la période concernée, sinon que Comrie avait une vocation agricole et textile.
 
Mais une autre menace planait sur les Highlands, une nouvelle insurrection des jacobites, celle de 1745.
 
Le Prince Bonnie Charlie, convaincu de réinstaurer la dynastie des Stuarts sur le trône d’Écosse débarqua en terre écossaise avec l’appui du roi de France. Il parvint à rassembler une armée et à attaquer les forces britanniques. Les victoires éclair ont vite fait de galvaniser ses troupes. Mais c’était sans compter sur un ennemi plus coriace et plus sanguinaire, le duc de Cumberland, surnommé « le boucher ». L’armée du prince, épuisée, affamée et décimée par la maladie, engagea tout de même l’ultime combat à Culloden, le 16 avril 1746.

 
         
 
Les forces écossaises ont chargé l’épée au clair et ont été décimées par les tirs de mitrailles des Britanniques. Les survivants ont continué la charge pour finir empalés sur les baïonnettes du deuxième rang des soldats anglais.
 
Aucun Highlander n’a pu atteindre le troisième rang.
 
Mille Highlanders ont été tués et mille autres ont été capturés. Le duc de Cumberland n’y perdit que 50 soldats et 200 blessés. Le combat avait duré à peine quarante minutes.
 
L’armée jacobite qui avait soutenu le soulèvement du Prince Bonnie Charlie a été battue, écrasée sous le nombre, et comble de l’horreur, les blessés ont été massacrés de sang-froid par les coups des hommes du duc de Cumberland. Les survivants ont été capturés, certains ont été pendus, exécutés sur place, emprisonnés ou déportés dans les colonies. Les plus chanceux ont pu fuir en France et se joindre au célèbre corps d'armée Scot Emigrant Brigade. Le prince lui, sera en exil en France et finira par en être chassé. La révolte fut cette fois matée et écrasée. Dans le rôle d’engagement des troupes jacobites, je n’ai trouvé que trois McNicoll inscrits. Deux étaient de retour chez eux lors de la bataille de Culloden, seulement John McNicoll combattit pour le Stoneywood’s regiment d’Aberdeen, sous le commandement du duc de Perth. Est-ce le frère aîné de Kathrine ? Celui-ci aurait eu 21 ans à cette époque et j'ai toujours soupçonné qu’il puisse avoir été un soldat de métier, car il a combattu dans un autre régiment que celui de Duncan au Canada. Est-ce lui qui aurait entraîné Duncan à sa suite ? 
 
Toujours est-il que je ne sais pas ce qui lui est arrivé par la suite. Il n’a pas été blessé, ni capturé, ni condamné et exécuté. A-t-il pu fuir en France avec les autres ?
D’autre part, je ne crois pas que Duncan ait pu prendre part à cette insurrection, car il aurait été âgé d’à peine 16 ans.
 
Suite à cette victoire écrasante, les Sassenachs (nom gaélique pour Anglais) ont décidé d’en finir avec les Clans et ces tribus incontrôlables. Les terres des chefs de Clan qui ont soutenu le prince ont été saisies, certains chefs ont été déportés vers l’Australie et on a exécuté Lord Lovat. La grande « clearance »[1] commençait. Et pour marquer un dernier grand coup, le roi Georges III a édicté en 1747 la fameuse loi du Kilt.
 
Dans la première année du règne de sa majesté Georges le troisième, par la grâce de Dieu, Roy de la Grande-Bretagne, d’Italie, d’Irlande et de France, défenseur de la foi et de l’ordre, dans l’an de grâce mille sept cents quarante-six, a ordonné ce qui suit.
À partir de ce jour, il est interdit à tout Écossais de sang et d’alliance, dont la présence est sise entre le Shire et le côté nord des eaux du Leven, Stirling sur le côté nord de la rivière Forht, Aberdeen, Inverness, Nairn, Cromarty, Argyle, Forfar, Bamff, Sutherland et Ross, d’avoir en leur possession, de se servir ou de porter toute épée, claymore, poignard, pistolet ou tout autre substitut. À ceci s’ajoute une nouvelle ordonnance.
À partir de ce jour, il est formellement interdit à tout Écossais de sang et d’alliance dont la présence sise dans les terres ci-haut mentionnées, de porter le kilt, le plaid, la ceinture de plaid, la ceinture de kilt, le petit kilt ou toute pièce de vêtements ou d’ornement pouvant permettre l’identification d’un Clan.
De plus, la cornemuse ayant été utilisée comme instrument de guerre, il sera interdit d’en jouer en tout temps.
Seul les soldats ou officiers servant dans l’armée de sa majesté Georges III, seront autorisés à porter le kilt.
En conséquence, toute personne prise en défaut envers la dite proclamation, sera condamnée pour une première offense à six mois ferme de réclusion dans les prisons royales et dans le cas de récidive, à une déportation de sept ans dans les plantations d’outre-mer de sa majesté.
 
Lecture faite ce premier jour d’août 1747
God save the king (*)
Fin de la citation.
 
 
         
Cette loi, en interdisant les signes d’appartenance, marquait le début de la fin des Clans écossais. En empêchant les gens de jouer de la cornemuse on condamnait aussi la propagation de la mémoire collective. Dans tous les corps d'armée de cette époque, les joueurs de tambours ou de fifres avaient une certaine immunité. On ne tirait pas délibérément sur eux, mais cette règle ne s'appliquait pas aux cornemuseurs, car leur instrument était considéré comme une arme de guerre. Même le barde des Clans qui se promenait en toute sécurité sur les champs de batailles en racontant l’historique du Clan et en chantant le récit des victoires remportées par ce même Clan. Ce personnage si important qui était assis à la droite du chef de Clan, celui qui portait la mémoire collective de tout un Clan, ce barde devait maintenant se taire.
De plus, l’anglicisation des noms commençait. On ne disait plus MacNicol mais Nicholson.
 
Même si le village de Comrie avait été épargné de la destruction par les armées britanniques, la vie était rude et austère. Contrairement au soulèvement de 1716, cette fois-ci, le village passé dans le giron du Clan Campbell avait appuyé les forces royales. Comme dans toute l’Écosse, le village de Comrie était surpeuplé. Les terres cultivables environnantes n’étaient pas productives car le sol était trop pauvre.
 
Les récoltes de 1755 et 1756 avaient été désastreuses et l’année 1757 présageait la famine.
 
Toutes les conditions étaient réunies pour un exode massif des Écossais vers les possessions britanniques.


[1] Mouvement qui prit de l’ampleur jusqu’à la fin du 19ième siècle. On forçait les gens à quitter les pauvres terres de culture pour aller immigrer vers les Amériques et l’Australie.
 
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