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Clan Mc Nicoll du Québec
LA LONGUE MARCHE
 

CORK HARBOUR 1738” BY WILLIAM VAN DER HAGEN

 
 
Inverness, 20 avril 1757. 
 
À peine trois mois se sont écoulés et les régiments écossais sont levés. Un tour de force en soit. Près de 2,500 hommes et femmes sont ici réunis à Inverness dans le nord-est des Highlands. Habillés, armés et prêts pour entreprendre un long et pénible périple qui, quatre mois plus tard, les mènera sur les rives des Amériques à la conquête des colonies françaises. Les couples ont été mariés aux convenances de l’époque, soit par une promesse solennelle entre les époux, soit par le simulacre de mariage en vigueur dans les forces armées britanniques.
 
Le saut de l’épée.
 
Les deux époux restent debout derrière l’épée déposée au sol et le roulement de tambour est suivi de la déclaration du célébrant, en général l’officier de service :
 
«  Saute putain, saute vaurien
et vous serez mariés pour la vie. »
 
Tout ceci aux sons du fifre qui joue le « The cuckold’s march ». (La marche du cocu.) [2]D’autres étaient déjà mariés. Qu’en était-il pour Duncan et Kathrine ?  Rien ne peut être confirmé à ce jour puisqu’aucun acte, ni aucune référence au mariage n’ont pu être  trouvés.

Comment déplacer une telle quantité de personnes, sans formation, sans fortune, et sans logistique d’intendance pour nourrir tout ce beau monde?  Pour tout entraînement, ils apprendront à marcher d'un point à l’autre ensemble, ce qui n’était déjà pas si mal. Ils apprendront comment manier et tirer du fusil seulement quand ils seront à bord des navires. Ils auront amplement le temps d'apprendre.

Les soldats du 78e  Régiment des Highlanders s’embarquèrent sur les bateaux sans connaître leur destination.  Seulement quelques officiers supérieurs étaient au courant et les soldats ne la connurent qu’une fois en mer.  Le Nouveau Monde les attendait.

Inverness-Glasgow Écosse
 
Cork Irlande
 
Ils quittèrent donc Inverness  le 20  avril 1757. C’était le point de départ d’une longue marche qui conduisit les troupes à PortPatrick situé au sud de Glasgow  pour  rejoindre les officiers et les commandants de cette force d'invasion à Glasgow.  Il faudra près d’un mois et demi pour parcourir tout ce trajet. Dans le port, une armada de barges et de transports de troupes est ancrée. On embarqua tout ce beau monde une fois à Portpatrick d’où se fit le passage vers Donaghadee en Irlande, une traversée  d’à peine quelques heures. Aussitôt à terre et le repas consommé, le régiment poursuivit ensuite sa marche vers Cork, au sud de l’Irlande une marche de 40 milles,  lieu d’embarquement pour la traversée de l’Atlantique.

Plusieurs, enrôlés de force, vont profiter de cette marche obligatoire qui va durer trois semaines pour déserter. Le 78e  perdra seulement sept hommes. Le 25 juin 1757, la population civile de Cork voit déferler dans ses rues, aux sons ahurissants des cornemuses, les troupes écossaises et britanniques. Dans cette ville peu favorable aux troupes anglaises, il est surprenant de constater que les Irlandais accueillent avec joie et empressement leurs cousins écossais. Certains vont même jusqu’à faire des pressions pour en héberger le plus possible.

Le port de Cork fourmille d’activités. Il faut armer, gréer, ravitailler une gigantesque armada de bateaux de guerre, de vaisseaux amiraux avec les triples ponts de canons, des vaisseaux de guerre tout neufs, des transports de troupes en quantité infinie, car il faut des moyens gigantesques pour transporter près de 10,000 hommes de troupes sans compter les marins et ce, dans le plus grand secret, vers sa destination finale.

Le 30 juin 1757, les vents sont favorables. Dans cette marée humaine se mouvant sur les quais : deux mille Highlanders, cent soixante-dix surnuméraires, quarante secrétaires attachés au ministère de la Guerre et trois épouses par compagnie.  Pour plusieurs épouses de soldats, la longue marche s’arrête ici. Elles auront toutes à subir l’épreuve de la loterie.
 
« TO GO OR NOT TO GO »
 
Les amiraux anglais ont autorisé trois femmes par compagnie. Que faire avec les autres et surtout comment les choisir ?  À la veille du départ, une quantité de billets blancs, équivalant au nombre d'épouses, sont mis dans un contenant.  Toutes les épouses viennent piger,  à tour  de rôle, la boule blanche qu’elles espèrent être gravée de ces deux mots tant espérés; TO GO ;  Catharine McNicol, Catharine Noble et Catharine Ross [3] seront du voyage.
 
 
Les autres retourneront chez elles ou vont attendre l'arrivée d'autres soldats pour tenter leur chance et se refaire une vie, car souvent le retour dans leur famille était impossible.[4]
Pourquoi suivre son homme à la guerre?  Certainement pas pour l’argent, car le soldat ne gagnait que quelques sous par jour, c’est-à-dire la misère.  Et la vie de la femme dans une armée d'invasion n’était pas de tout repos. Même si elles étaient aux frais de la couronne, elles devaient gagner leur pitance, soit la moitié de celle de leur mari. Elles étaient infirmières, blanchisseuses, couturières, cuisinières et gardiennes du campement quand les hommes guerroyaient. Certaines ont été tuées lors des combats en suivant leurs hommes. D’autres ont été prisonnières de guerre. 
 
 
Malgré tous ces aléas, le courage de ces femmes est renversant, de même que celui des officiers anglais. Ces Écossaises seront la bête noire de l’ordre et de la discipline des armées britanniques.
 
La flotte d’invasion escortée de trois puissantes frégates, le Falkland, l’Entreprise et le Stork transportant les deux régiments de Highlanders quitta Cork  le 1er juillet 1757.  Ils s’engagèrent de façon irrémédiable sur les  bateaux les conduisant vers le Nouveau Monde.  Deux mille cinq cents Écossais, dont Duncan,  Kathrine et ses deux beaux-frères, quittèrent l’Écosse pour traverser l’Atlantique. C’est avec fierté que  les bardes auront tout le loisir de chanter, de réciter et de raconter en  louangeant la bravoure de cette jeune génération d’Écossais,  la victoire de l’honneur restaurée aux Highlanders.
 
C’est un impact dramatique et sous-estimé qui se produira sur les clans et les familles restées derrières. C’est la première exode ou déportation massive à frapper les Highlands, mais ce ne sera que le début. La  période des clearances complètera le travail. Le visage des Highlands ne sera plus jamais pareil.
 
 
[1] Sons of the mountains, volume 1, Ian MacPherson Mc Culloch 
[2] Patrimoine militaire canadien tome II (1755-1871) annexe B
[3] Rôle d’engagement du 78th Fraser Highlanders
[4] Patrimoine militaire canadien tome II (1755-1871) annexe 
 
 
 
 
Pour en savoir plus relativement aux lectures
voir onglet Histoire de l’Écosse
sous-onglet Livres de référence
et l’onglet Lectures

 

Guy McNicoll
Céline E. Colgan
 
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