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Clan Mc Nicoll du Québec

LA TRAVERSÉE

 
On peut facilement s’imaginer que le voyage ne serait pas de tout repos. Pour la plupart des Écossais, c'était la première fois qu’ils prenaient la mer avec tous les aléas que cela impliquaient : le mal de mer, la promiscuité, le régime alimentaire peu varié et les maladies.
 
La promiscuité dans la cale du navire
 
Aujourd’hui, grâce aux notes laissées par le colonel John Nairne, nous pouvons consulter une mine de renseignements nous racontant et nous indiquant les consignes à  suivre pour survivre à bord de ces vaisseaux de guerre. Voici une traduction des ordres qui ont été donnés aux officiers des diverses compagnies concernant la traversée à bord des navires :
 
 
« Ordres devant être observés à bord lors des transports de troupes. Que tous les officiers non commissionnés et les soldats, soient regroupés en « mess »[1] de six personnes, puis en trois « squad »[2] de deux. Chaque « squad » devra prendre son tour de garde. Un homme au moins de chaque « lit » devra être de garde (ils dormaient six par lit). Les hommes de garde devront porter la baïonnette au canon.
 
Les armes seront inspectées minutieusement deux fois la semaine, au moins. La couchette des hommes sera inspectée chaque jour par l’officier de garde pour en vérifier la propreté. Quand le temps le permettra la literie sera portée sur le pont pour la faire aérer et ce, deux fois la semaine si possible. La couchette sera lavée au vinaigre et rincée avec le «Pitch pot »[3] autant de fois que l'officier en charge le jugera nécessaire.
 
 
Par beau temps, les hommes seront sur le pont, excepté ceux qui doivent dormir après avoir fini leur tour de garde. Les hommes ne doivent pas nuire aux manœuvres du navire ni au travail des marins.

Les hommes seront tenus de se laver à tous les jours, de peigner leurs cheveux (généralement les cheveux étaient tressés) et de porter du linge propre au moins deux fois la semaine. À cet égard, l’officier en charge devra s’assurer que l'eau douce ne serve pas à laver les hommes ni le linge.

L’usage de lampe est interdit sous les ponts de même que l’usage du tabac. Les troupes doivent avoir à l’esprit la préservation de leur santé et du matériel de leur roi.

Pour tout homme pris à désobéir à ces ordres, le commandant pourra lever une cour martiale. La sentence sera transmise à l’officier de la compagnie du fautif, et l’exécution de ladite sentence sera appliquée sur le navire où le crime a été commis.
 
Le chirurgien dans le poste de secours

Si un homme tombe malade et que l’on soupçonne une maladie contagieuse ou infectieuse, ce dernier sera confiné dans un endroit retiré et isolé du navire pour préserver la santé des autres soldats.

Finalement, pour assurer que chaque homme faisant partie d’un « mess » ne soit pas lésé dans ses droits et dans sa part de nourriture, le commandant de chaque transport de troupes devra placarder sur le mât principal la quantité de nourriture dévolue à chaque « mess », soit pour six hommes, ceci en accord avec les édits royaux. »

Amiral Boscawen, Halifax Harbour, 21 mai 1758.[4]

Amiral Edward Boscawen
 
Malgré ces ordres qui semblaient assez vertueux, la réalité était toute autre. Les soldats sont entassés sous les ponts.

«  Le grand arsenal de Belzébuth », telle était la définition qu’un chroniqueur du XVIIIe  donna du vaisseau de ligne, car l’on pouvait penser que ces redoutables instruments de combat sortaient des mains du diable.  Leur capacité de destruction était telle que les plus puissants d’entre eux pouvaient projeter 30 tonnes de métal en une heure.

Les bâtiments de la Royal Navy étaient répartis en six catégories.  Seuls les navires des première, deuxième et troisième classes, portant comme armement principal un minimum de 64 gros canons,  étaient des vaisseaux de ligne.  Ils devaient s’intégrer dans la ligne de bataille et participer aux engagements des escadres.
 

Les autres navires, plus petits, servaient de garde-côtes aux colonies, escortaient des convois, participaient à la guerre de course de ravitaillement, transportaient des troupes, servaient de navire hôpital ou de ravitailleur.

Ainsi les frégates, lors des engagements des escadres, recherchaient les navires ennemis et maintenaient le contact.  Au combat on les gardait en réserve, prêtes à porter les messages, à sauver les hommes tombés  à la mer, et à prendre en remorque les vaisseaux désemparés.

L’escadre de combat, du sloop au vaisseau de ligne

1.        PREMIÈRE CLASSE ; avec 875 hommes d’équipage, ce navire amiral mesurant 206 pieds (près de 62 m) au niveau du pont de la batterie basse, porte une centaine de canons.  La flotte ne comptait guère que 12 bâtiments de ce type, le coût de construction d’un tel bâtiment étant très élevé.

2.        DEUXIÈME CLASSE ; à peine moins imposant que le navire de première classe, ce bâtiment de 195 pieds ( 58,5 m) portait 90 à 98 canons répartis sur trois ponts.  Inconvénient propre à tous les vaisseaux de ligne, ses sabords inférieurs ne pouvaient être ouverts par gros temps.

3.        TROISIÈME CLASSE ; cette classe comportait des trois-ponts à 80 canons et des deux-ponts à 64 canons.  Les équipages variaient de 720 à 490 hommes.
 
 
 
 
Le sous-officier canonnier passe des gargousses recouvertes de flanelle à l’un de ses assistants, qui les distribue à son tour aux gargoussiers.  Elles sont protégées par des couvertures mouillées.  Pour éviter les étincelles dues à l’électricité statique.  Tous portent des pantoufles de feutre. À l’arrière-plan, une lanterne brille derrière un verre épais sans risque d’incendie. Hors du magasin à poudre, les gargoussiers placent chaque cartouche dans une saunière de bois ou en cuir et grimpent l’escalier quatre à quatre jusqu’à leurs canons.  Un marine est de faction afin que l’on ne puisse pas fuir sous le pont.

4.        QUATRIÈME CLASSE ; ce deux-ponts de 150 pieds ( 45 m), armé de 50 à 56 canons, avait un effectif de 350 hommes.  Il servait de navire amiral lors des croisières dans les mers lointaines.

5.        CINQUIÈME CLASSE ; navire de course par excellence, cette frégate de 130 à 150 pieds (de 39 à 45 m) portait un équipage de 250 volontaires, en raison des perspectives de parts de prise.

6.        SIXIÈME CLASSE ; la Royal Navy affectait volontiers le rôle d’escorteur ou de transmission à cette rapide corvette de 125 pieds ( 37,5 m), armée par 195 hommes au maximum.

Duncan et Kathrine doivent partager leur couchette avec deux autres couples.
 
 
La plupart des soldats couchent dans des hamacs suspendus aux poutres. Une largeur de onze pouces est accordée pour y installer un hamac, alors tout le monde berce au gré des flots. Il est impossible de se tenir debout dans les entreponts, car où cela serait possible, on ajoute une autre rangée de hamacs au-dessus. Par beau temps, ils se retrouvent sur le pont pour prendre l’air, participer aux manœuvres de tirs et de combats, se laver, se peigner et faire aérer la literie. Par contre, si le temps se gâte et que le navire est secoué, alors les écoutilles sont fermées et les hommes sont confinés dans les entreponts. Peu d'air frais, conditions sanitaires laissant à désirer, le mal de mer agressant les estomacs, alors vous pouvez facilement imaginer que tout cela devenait insoutenable assez rapidement.

Parlant de nourriture; la ration en mer était réduite du tiers car on estimait que les soldats étant moins actifs, ils avaient besoin de moins de nourriture. Rappelez-vous que la femme n'a droit qu’à la moitié de la pitance de son mari. Le régime quotidien du soldat à cette époque était composé d'une livre ( 489 g) de pain ou de farine, d'une livre ( 500 g) de viande de bœuf fumé ou d’une demi-livre ( 244 g) de lard salé, avec un peu de beurre et de fromage. Ce qui représente environ entre 2 600 et 3 200 calories par jour. Le café, thé ou légumes sont aux frais du soldat. Mince consolation, le soldat a droit à une ration quotidienne de bière.

Il n'y a que deux repas par jour, le premier vers sept heures trente et le deuxième vers midi trente.  Tout est cuit dans la même marmite à la manière du pot-au-feu. Ce qui fait qu’en principe ils ne mangent rien pendant dix-neuf heures d'affilée.[5] 

De plus, d’autres habitants du navire, ceux-là non désirés, aimaient aussi partager ou plutôt grignoter les vivres disponibles.  On y constate d’abord une faune native, soit les puces, les mille-pattes, les cafards et tous les autres insectes parfaitement adaptés à la vie maritime et finalement des rats. Ceux-ci sont responsables de la disparition et de la contamination de la nourriture.  Les marins les chassaient lorsque les vivres manquaient. Ils utilisaient leur tresse de cheveux enduite d’une matière grasse comme piège à rats. Ces répugnantes bêtes ont la réputation de combattre le scorbut. Ils sont les seuls animaux de la création qui fassent eux-mêmes la synthèse de la vitamine C. Par conséquent, en mangeant du rat et surtout ses abats, on consommait de la vitamine C.[6]

 Duncan, Kathrine et les autres Écossais vont endurer ce régime durant les huit semaines que durera la traversée.  Deux longs mois de conditions pénibles dans un environnement nouveau pour ces gens.
 
Le capitaine du vaisseau arpentant la dunette
 
 
 
La pénible traversée
 
Après une pénible traversée, la flotte aperçut finalement les côtes de la Nouvelle-Écosse.  Près des côtes de l’île du Cap-Breton un épais brouillard dispersa la flotte. Un vaisseau de guerre de 40 canons et trois transports de troupes se perdirent. Les navires égarés entrèrent au port trois jours plus tard. Toutes les troupes d’invasion furent confinées à bord des bateaux pour un autre sept jours, le temps d’établir le campement à un quart de mille de la ville.

Les officiers convinrent qu’elle n’était pas en état de s’attaquer à Louisbourg pour le moment. Les navires  étaient dans un état pitoyable. Et que dire des hommes qui avaient été entassés, pendant des semaines dans les cales, privés d’air, d’exercice et de nourriture décente, ils étaient, eux aussi, dans un état effroyable.

Seuls les marins avaient un sort plus misérable, et leur situation était doublement triste du fait que la majorité d’entre eux avaient été enlevés par des recruteurs peu scrupuleux dans les ruelles et les établissements de gin des ports de l’Angleterre.  Captifs de la marine, mal nourris et mal vêtus, ils risquaient leur vie chaque jour en manipulant des voiles gelées et en grimpant aux extrémités des vergues glacées.
 
 
Emplacement du port de Halifax
et de la forteresse de Louisbourg
 
Le 25 août 1757, le colonel Simon Fraser annonçait à son commandant en chef, Lord Loudoun, l’arrivée à Halifax de la plupart des Fraser Highlanders.  Le régiment comptait un peu plus de mille deux cents hommes. Une bonne partie de la flotte Britannique occupait le bouillant port d’Halifax – Nouvelle-Écosse.  Le séjour de deux semaines à Halifax offrit aux Britanniques le temps nécessaire pour s’exercer aux manœuvres amphibies qui allaient commencer et on en profita pour entraîner les hommes.  On procéda quotidiennement à des opérations militaires, s’exerçant à débarquer des bateaux et à effectuer diverses manœuvres dans les bois, comme celles que l’on s’apprêtait à effectuer sur l’île du Cap-Breton.
 
 
Le nombre initial de soldats avait été réduit de trois milles au total, pour cause de blessures, de maladie, de désertion et de mortalité, la traversée avaient été passablement difficile.  Il n’y avait pas que les marins qui étaient ciblés par le scorbut une armée de terre  mal nourrie également.

Aussitôt débarqués et installés, deux officiers de campagne, six capitaines, dix-sept officiers subalternes et 300 hommes furent saisis de maux infectieux. Était-ce dû à la fatigue d’un trop long parcours depuis Inverness, aux mauvaises conditions hygiéniques à bord des navires, ou au climat?

Pour vingt Écossais, l’aventure se terminera ici.

Parcourir une si longue distance, braver les intempéries pour venir mourir en terre inconnue. Deux cents autres seront inaptes au service pour une bonne période de temps. La mauvaise qualité de l'eau et l’indiscipline dans le campement auraient été les causes de ces pertes.

Pour les survivants, la Nouvelle-Écosse d’aujourd’hui porte bien son nom. Les paysages qui s’offraient aux yeux des nouveaux arrivants devaient à coup sûr leur rappeler les terres qu’ils venaient de quitter et pour la plupart ne plus y revenir.[7]

Une partie du bataillon britannique passa l’hiver dans la région de New York, juste avant les grandes batailles, dont les Fraser Highlanders.  Ils s’embarquèrent pour New York le 10 octobre, ordre leur fut donné d’établir leurs quartiers d’hiver au Connecticut.  Au 24 novembre 1757, un rapport du colonel Simon Fraser indiquait que le régiment comptait dix (10) compagnies pour un effectif d’un peu plus de mille hommes sans compter  cent quarante-deux surnuméraires. 

Il existait depuis longtemps en occident une loi d’honneur qui interdisait de faire la guerre pendant l’hiver si cela pouvait être évité.
 
La grande aventure commençait.
  

[1] Tablée.
[2] Équipe.
[3] Seau à goudron.
[4] Fonds John et Thomas Nairne, Archives Canada,
[5] Patrimoine militaire canadien, tome deux, Annexe B, page 10.
[6] Wikipedia.org
[7] [7] Sons of the mountains, volume 1, Ian MacPherson McCulloch, page 54-55

 
 
 
Pour en savoir plus relativement aux lectures
voir onglet Histoire de l’Écosse
sous-onglet Livres de référence
et l’onglet Lectures
 
 
Guy McNicoll
Céline E. Colgan
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