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LA VIE DES SOLDATS
BRITANNIQUES ET DU
78e FRASER HIGHLANDERS
durant la guerre de Sept Ans !
O ghillean bithibh ullamh, le armaibh guineach,
Gu laidir, urranta, an onair an Rìgh;
Mun tig oirnne fada, bidh an Rìoghachd seo again.
Is theid sinn dhachaidh do Bhreatann a-rìs.
O Lads, make ready with death-dealing weapons,
Strong, intrepid, in honour of the King;
This country will be ours before too long,
And we will return to
Britain again.
Ô compagnons, soyons prêts à mourir épée en main,
Solide, intrépide en l’honneur du roi ;
Ce pays sera le nôtre avant longtemps,
Et nous reviendrons en Grande-Bretagne.
Corporal Iain Campbell, 78th Foot, c. 1759
Les hommes qui ont fait cette guerre chez nous n’avaient certes pas une vue d’ensemble de la situation, d’un côté comme de l’autre, ils se sont bien battus et ont fait du mieux qu’ils ont pu avec ce qu’ils possédaient et ce que Versailles et Londres accordaient comme ravitaillement. La rigueur du quotidien accaparait toutes leurs énergies. Bien que les plus gros affrontements en nombre de belligérants ont lieu en Europe centrale, ce sont les batailles en Amérique du Nord qui ont eu le plus d’importance sur la restructuration du monde pour les siècles à venir.
La vie du simple soldat était très difficile. Il était considéré comme un citoyen de deuxième ordre. Sa solde ne lui suffisait pas pour se sortir de la misère noire dans laquelle il se trouvait. Vous savez, à cette époque, un soldat gagnait en moyenne six pence par jour (cette somme en 1759 valait environ 5 cents en monnaie canadienne). Il devait porter un uniforme mal ajusté qu’il devait, en passant, payer lui-même. Il devait marcher avec un fusil à l’épaule, un sac à dos et des outils suspendus à sa ceinture, un attirail pesant près de soixante livres, pendant des milles sur des simulacres de sentiers, chaussé de souliers trop petits ou trop grands.
1- Plaid
2- Chemise (shirt)
3- Ceinture(waist belt)
4- Bonet (bonnet)
5- Bourse (sporran – purse)
6- Grosse aiguille
7- Bas (stocking)
8- Jarretière (garters)
9- Chaussures (footwear)
10- Gilet (waistcoat)
11- Manteau (coat)
Ce n’était pas la qualité des combattants qui posait problème mais bien le manque élémentaire de matériaux aussi importants que l’habillement et les armes. La défectuosité des fusils provoquait de nombreux accidents, les armes n’étant pas tellement sécuritaires et les conditions difficiles dans lesquelles se faisaient le gros du travail y étaient pour beaucoup, le manque de pioches également, les vêtements mal adaptés à la rigueur de notre climat, même les bas et les chaussures ne convenaient pas, ce n’était pas évident d’être un soldat dans l’armée du roi George !
En été, on se faisait dévorer par les moustiques; en hiver, il fallait composer avec le temps froid qui revenait année après année, avec l’omniprésence des poux, celle des souris qui s’en prenaient aux cheveux huilés (les perruques des officiers), et enfin avec les dangers du jeu qui ruinait quiconque s’y adonnait. Chez les soldats en campagne, l’ennui constituait toujours une menace planant au-dessus de leur tête. On formait des soldats professionnels à se battre et peut-être à mourir, mais non pas à garder le moral entre les batailles; il n’était pas rare de voir une armée s’émousser. La pression et la tension entre les batailles devaient être énormes et difficiles à gérer.
Un fouet «chat à neuf queues» les tambours
« cat of nine tails »
L’insubordination devenait monnaie courante et les officiers étaient de plus en plus susceptibles. Tous les jours, ils ordonnaient que des hommes fussent déshabillés jusqu’à la taille et attachés à une barre transversale en bois pour que, chacun leur tour, les joueurs de tambour du régiment les fouettent avec un chat à neuf queues. Le nombre de suppliciés croissait chaque jour. La plupart du temps, les tambours administraient à leurs victimes des centaines de coups, les laissant dans un triste état et le corps en sang. Certains hommes mouraient, d’autres pouvaient passer plus de trois semaines à se soigner, la convalescence pouvait être pénible. Quelques-uns se suicidaient même pour échapper à la flagellation.
La désertion qui, au XVIIIe siècle, était un véritable fléau pour n’importe quelle armée, constituait une épreuve quotidienne. De nombreux déserteurs, déprimés et épuisés, trouvaient refuge dans les bras accueillants d’une brave canadienne catholique. Même la menace d’être traduit en cour martiale et exécuté ne parvenait pas à les retenir.
La guerre à la manière amérindienne était dévastatrice. Au contraire des généraux européens qui conduisaient leurs soldats en rangs et au son des tambours et des cornemuses, les artilleurs coloniaux se camouflaient dans les arbres, attaquaient par surprise et n’hésitaient pas à lever un scalp. Il suffisait souvent de connaître l’origine du commandant de troupes pour deviner la nature et l’issue d’un combat.
La guerre à l’amérindienne
Tout autour on percevait la panique. Les soldats, bien qu’ils fussent professionnels et expérimentés, étaient habitués à sa battre en plein jour, dans un endroit choisi et avec un adversaire bienvenu et respecté. Sur les rives du Saint-Laurent, toutefois, les batailles avaient souvent lieu pendant la nuit; on ne voyait que rarement les ennemis et ceux-ci faisaient souvent preuve d’une cruauté extrêmement difficile à supporter. Il n’était pas rare que les soldats réguliers se missent à hurler au moindre bruit. On faisait défiler les poltrons avec un chapeau de femme sur la tête, mais cela ne préservait pas les autres de la panique.
Les soldats ne parvenaient à se détendre et à s’amuser qu’en se saoulant et en jouant. Les hommes se mettaient à boire, à dépenser leur solde au jeu ou à coucher avec des femmes susceptibles de leur transmettre des maladies. Au cours des parties de jeu, les hommes perdaient leurs vêtements ou étaient obligés de partager leur femme avec d’autres hommes. Certains s’étaient même mis à piller pour pouvoir payer leurs dettes.
Le sexe! il planait sur le camp, aussi épais et envahissant que les nuages de mouches et de moustiques qui sans répit harcelaient les soldats. Les officiers avaient suffisamment d’expérience pour savoir qu’en des temps comme ceux-ci, les hommes couchaient avec d’autres hommes. Cependant, ce n’était pas toujours faute de compagnes que les hommes faisaient l’amour entre eux. Bon nombre de femmes venues des colonies avaient suivi l’armée à Québec. En ce qui concerne la question des femmes, la plupart des commandants d’armée, considéraient les femmes qui rôdaient autour des campements comme une source constante de problèmes. Les femmes suivaient les soldats, peu importe l’armée. Il s’agissait parfois d’épouses, mais le plus souvent, il s’agissait de prostituées (les historiens ont eu tendance à leur donner le nom de lavandières) crasseuses, pleines de poux et insouciantes comme celles qui venaient d’un bordel de New York appelé Holy Ground (terre sainte) parce qu’il était situé sur un terrain appartenant à l’église ou de bohémiennes. Les autres étaient de pauvres filles issues de familles misérables dont, bien souvent, les mères elles-mêmes avaient suivi l’armée. Quelques-unes étaient encore des enfants et il était facile de les exploiter. Plusieurs officiers s’étaient appropriés les plus intéressantes et vivaient ouvertement avec elles. Partout des femmes enceintes erraient, cherchant quelque moyen de se débarrasser de leur indésirable fardeau. Quelques-unes de ces femmes étaient des marchandes qui vendaient des vêtements, de la nourriture, du tabac et de l’alcool à quiconque pouvait payer en espèces.
« Un bon feu et une nourriture quelconque acceptable valent beaucoup mieux pour nous qu’un repas fastueux sans rien pour le faire cuire. »
John Knox 1759
S’il ne laissait pas sa vie sur un champ de bataille, la malnutrition finissait par remporter une victoire éclatante sur plusieurs de ces hommes. La fièvre et la dysenterie faisaient fondre à vue d’œil le nombre de soldats. Il était nourri de pain sec et de fromage dur arrosés de rhum coupé d’eau. Wolfe, quant à lui, avait dans l’idée que ses troupes devaient manger de la viande et des légumes chaque jour, une conception unique pour l’époque mais, à cet égard, il remettait la tâche de trouver de telles provisions entre les mains des simples soldats qui ne s’acquittaient de leur corvée que de mauvais gré. Même lui ne pouvait garantir à ses soldats qu’ils mangeraient sainement tous les jours. Cela dépendait beaucoup de l’attitude des officiers qui, s’ils étaient bien disposés, acceptaient de détourner le regard pendant que les soldats pillaient les habitants. Pour un homme affamé, un poulet en liberté était un festin en devenir et il ne fallait pas s’étonner de le voir tordre le cou du volatile, de le cuire et de le manger.

Officier du 78e Fraser Highlanders Officier autre régiment des Highlands
Vous comprendrez certainement que pour les officiers, la vie disons-le, était somme toute beaucoup plus agréable que pour le simple soldat. De nombreux généraux, gouverneurs et autres membres haut placés de l’administration n’avaient pas vraiment conscience de ce qu’était la vie pour les militaires de rang inférieur. Les hauts-gradés ne considéraient pas les soldats comme des personnes, mais plutôt comme des instruments utiles pour parvenir à une fin quelconque, au même titre que des chiens, des chevaux et du bétail. L’idée que les conditions de vie à la guerre puissent être plus agréables chez les officiers de rang supérieur que chez les autres soldats ne leur effleurait jamais l’esprit.
La barrière de la langue et de la religion (plusieurs Écossais étaient de religion catholique romaine) fit en sorte que les hommes du 78e Fraser Highlanders vivaient isolés des autres soldats britanniques.
Un tout petit nombre de soldats étaient mariés (sept ou huit) et avaient des enfants. Les familles étaient séparées des autres soldats par des draps suspendus faisant office de mur. Les femmes contribuaient au maintien du régiment en faisant mille et un métiers. En certaines circonstances, elles pouvaient même servir de soldats pour remplacer leurs maris décédés. Les soldats n’avaient aucune intimité lorsqu’ils étaient en caserne, partageant un lit à plusieurs et se relayant pour dormir. S’ils étaient chanceux, ils partageaient une tente avec cinq autres personnes, bien qu’ils leur arrivèrent de se retrouver seuls sous la pluie et sans abri. Avec les soubresauts de dame température, les hommes qui vivaient sous des abris de toile grossière ne pouvaient ni faire sécher leurs vêtements, ni sortir pour faire un peu d’exercice. Les formidables éclairs qui déchiraient le ciel constituaient un véritable danger et des vents violents arrachaient les tentes. La température humide faisait éclore les fièvres; une température glaciale faisait apparaître des rhumes; et une alimentation inadéquate mettait tout le monde à la merci du scorbut, parfois mortel. Saignement des gencives, pertes de dents, muscles endoloris, plaies suintantes de la peau, jusqu’aux vilaines enflures gorgées de sang. Nous pouvons donc constater que les simples soldats n’avaient pas la vie facile étant donné les piètres conditions et la précarité dans lesquelles ils se trouvaient.

Général Stewart of Garth
Dans une publication parue en 1822, le général Stewart of Garth donne un parfait exemple de l’esprit militaire des Highlanders.
« De même que l’austérité de sa vie conférait de la vigueur à son corps, dit-il du soldat des Highlands, de même elle fortifiait son esprit. Il apprenait à considérer le courage comme la vertu la plus honorable, la lâcheté comme la plus honteuse des infamies, à vénérer son chef et à lui obéir ainsi qu’à se dévouer pour son pays natal et son clan. Avec de tels principes, et considérant tout déshonneur qu’il pourrait apporter à son clan et à sa province comme le plus cruel des malheurs, le soldat des Highlands avait une raison bien personnelle pour faire de son mieux. Le simple soldat de tout autre pays n’a pratiquement pas d’autre motif pour accomplir son devoir que la peur du châtiment…Pour le soldat des Highlands, il en va autrement. Dans un corps national ou régional, il est entouré de ses compagnons de jeunesse, rivaux de ses premiers exploits. Il ressent d’autant plus la force de l’émulation qu’il a conscience que chaque signe qu’il livre, de bravoure ou de couardise, trouvera son chemin jusqu’à sa maison natale. Il apprend à mesurer la valeur qui s’attache à son nom. C’est ainsi que, dans un régiment des Highlands composé d’hommes provenant d’une même région, dont les parents et alliés se connaissent mutuellement, chaque individu sent que sa conduite est un sujet d’observation et que, indépendamment de son devoir, il a une réputation personnelle et distincte à défendre, qui se reflètera sur sa famille, sur son territoire ou sur son Glen (vallée). Il agit en fonction de motifs qu’il porte en lui, il a une idée fixe, et son but doit s’achever dans la victoire ou dans la mort. »

Pour en savoir plus relativement aux lectures
voir onglet Histoire de l’Écosse
sous-onglet Livres de référence
Céline E. Colgan |