Logo
Clan Mc Nicoll du Québec
LE TRAITÉ DE PARIS
LA DISSOLUTION
 
la colonisation militaire
 
« Aucun homme, qu’il soit lâche ou héros, ne peut
échapper au destin. N’espère pas vivre sans périls, ni
tourments ou que la destinée change pour toi ses plans »
 
En septembre 1760, après la capitulation de  Montréal, Amherst et ses officiers font face à un nouveau défi, celui de gouverner le Canada.  Il s’agit d’un enjeu de taille, car le pays est en ruines, la famine menace et de nombreuses familles sont sans abri.  De plus, il faut maintenir la paix parmi la population à l’aide de troupes qui ne s’expriment pas dans la langue du pays.
 
                                                                         Milicien canadien
 
Amherst a alors recours à la milice canadienne : dès le 22 septembre 1760, il décrète que les officiers de milice assureront « le bon ordre et la police  » dans les paroisses et les villes, comme sous le régime français, et qu'ils serviront d'intermédiaires entre le gouvernement et le peuple.  Selon les termes de la capitulation, tous les Canadiens doivent être désarmés.  Mais, deux semaines plus tard, les autorités britanniques reviennent sur leur décision, autorisant les officiers de milice à conserver leurs armes, permission qui s'étend aux miliciens, dans la mesure où ils en font la demande.  De plus, les officiers de milice serviront désormais de juges de paix dans les causes mineures, car les magistrats sont rentrés en France, emportant avec eux leur connaissance des lois et des  coutumes.  Cette mesure est à l'origine de la création des « cours de milice ».  Bien que ces nouveaux juges soient peu familiers avec la jurisprudence, le système des cours de milice était nettement préférable pour la population à celui des cours martiales britanniques.  La prise en charge d'une partie du gouvernement civil par la milice canadienne était un événement capital.  En effet, la milice constituait un intermédiaire crédible entre une population en désarroi et une armée étrangère qui aurait pu tomber dans certains excès durant cette époque fort troublée.
 
De leur côté, les troupes régulières de l'armée d'occupation reçoivent la consigne de se comporter correctement.  Elles font preuve de modération et il y aura peu d'incidents durant cette période entre les Canadiens et les soldats britanniques qui, d'ailleurs, se tiennent habituellement à l'écart les uns des autres.  Personne ne sait alors si le Canada deviendra colonie britannique ou s'il sera rétrocédé à la France à la fin de la guerre.
 
Le traité de Paris (1763)
 
« Cette paix si désirée est bien trop estimable, pour qu’elle n’ait pas un jour marqué
pour la solennité et la joie, et elle nous touche de trop près, pour ne point prendre une
nouvelle part à cette réjouissance publique.  Ce sera donc dans ce jour consacré à la
reconnaissance que, tous ensembles, nous mêlerons nos chants et nos prières aux
royales acclamations de joie. »

Chanoine Perreault, grand-vicaire de Trois-Rivières 28 juillet 1763

 En Europe, les pourparlers de paix entre l'Angleterre et la France débutent au printemps 1761.

 
                 William Pitt                                         Étienne-François de Choiseul
 
William Pitt négocie pour les Anglais. Son homologue français est Étienne-François de Choiseul, un gentilhomme de la cour de Louis XV. Il est choqué par l'arrogance anglaise en général, et par celle de William Pitt en particulier. Les négociations progressent lentement.

De nombreux hommes d'affaires et politiciens britanniques souhaitent conserver la Guadeloupe, qu'ils ont aussi capturée et enlevée à la France, et rendre le Canada aux Français. Les exportations de sucre de la Guadeloupe rapportent deux fois plus que les exportations de fourrure du Canada. De plus, cette concession permettrait aux Britanniques de se débarrasser de l'ennui de gouverner soixante-dix mille catholiques.

Frustré par la lenteur des négociations, Choiseul propose les conditions suivantes : la France rend Minorque, et l'Angleterre rend la Guadeloupe. Les Anglais gardent le Canada, mais les Français conservent leurs droits de pêche au large des côtes du Labrador, ce qui représente à leurs yeux l'aspect le plus précieux du Canada.

Les Français cèdent donc le Canada aux Anglais. Ils négocient les droits de pêche dans le golfe du Saint-Laurent et les actes notariés relatifs aux îles Saint-Pierre et Miquelon, là où le poisson est séché.

Le 10 février 1763, le traité de paix qui mit fin à la guerre de Sept Ans (1756-1763) entre la France et la Grande-Bretagne,  est ratifié formellement à Paris et adopté par le Parlement britannique.  Le général Jeffrey Amherst est nommé gouverneur-général de la province de Québec, anciennement le Canada, sous le régime français. James Murray est nommé gouverneur militaire. La Nouvelle-France, ou plutôt le Canada, devint officiellement une possession britannique.

De son empire en Amérique du Nord, la France ne conservait que les îles Saint-Pierre et Miquelon au sud de Terre-Neuve, ainsi que la lointaine Louisiane, qui allait devenir une possession espagnole.  La Grande-Bretagne, pour sa part, contrôlait un immense territoire couvrant la Terre de Rupert, la baie d'Hudson, la province de Québec, l'île de Terre-Neuve, l'île du Cap-Breton et l'Acadie (Nouvelle-Écosse), l'île du Prince-Édouard, le Nouveau-Brunswick, toute la Nouvelle-Angleterre et la Floride prise aux Espagnols.

À la fin du régime militaire, les Canadiens devenus « nouveaux sujets » britanniques entrent dans une nouvelle ère.  Le traité de Paris les laisse propriétaires de leurs biens et libres, s’ils le désirent, de quitter la Province of Quebec  dans les dix-huit mois suivants.  S’ils décident de rester, comme le feront  la grande majorité d’entre eux, ils pourront « professer le culte de leur religion selon le rite de l’Église romaine, en tant que le permettent les lois de la Grande-Bretagne ».  Rien sur la langue, mais, à l’époque, le français va de soi dans toute l’Europe et les nouvelles autorités s’expriment aussi en français, parfois même dans les correspondances que s’adressent mutuellement Murray, Amherst, Gage et Burton.  La langue ne présente pas au XVIIIe siècle le caractère définitoire et définitif qu’elle prendra par la suite.  Dans les faits, la Proclamation royale d’octobre 1763 accorde de tels pouvoirs au gouverneur Murray, que celui-ci applique les instructions à sa guise en respectant les us et coutumes des habitants, tant en matière linguistique que religieuse.  Ce pragmatisme politique comporte une forme de calcul à l’endroit de la majorité canadienne et s’explique aussi par l’aversion de Murray pour les marchands anglais aventurés dans la province.
 
Carte du Canada après le Traité de Paris
 
La paix avec la France signifie la disparition du régiment des Fraser Highlanders.  Une ordonnance
à cet effet est prononcée au War Office le 1er décembre 1763 et le
licenciement a lieu officiellement à Glasgow.

Si la guerre résout de vieux problèmes, inévitablement, elle en crée d’autres.  Les troupes écossaises levées au cours de la guerre de Sept Ans posaient un obstacle de taille pour le gouvernement britannique, qui ne savait que faire des soldats démobilisés, et les mesures prises en vue de les résoudre eurent des effets profonds et permanents dans le Nouveau Monde.  Comment réintégrer les soldats avec le moins de remous possible pour la société.  La solution idéale semblait consister à établir les soldats des régiments démobilisés dans les nouveaux territoires occupés.

La colonisation du Nouveau Monde par des régiments démilitarisés offrait d’autres attraits.  Installés dans les nouveaux territoires, les soldats formeraient des colonies de citoyens autonomes, loyaux et possédant les qualités militaires nécessaires pour mater toute rébellion éventuelle des Canadiens français ; installés dans les anciennes colonies, ils pourraient reprendre les armes si le mécontentement qui s’y manifestait déjà devait dégénérer en conflit ouvert.  Somme toute, l’établissement des anciens combattants de la guerre de Sept Ans dans le Nouveau Monde semblait être la solution à toute une gamme de problèmes, à la fois dans la mère patrie et à l’étranger.

Le gouvernement souhaitait récompenser ses fidèles soldats pour les services rendus.  À une époque où les terres représentaient le bien-être et la sécurité, plus que toute autre possession, des concessions en Amérique du Nord semblaient l’échappatoire par excellence.

Les officiers et les hommes de ce régiment  se virent offrir la possibilité de s’établir en Amérique du Nord britannique s’ils le désiraient.  Plutôt que d’affronter le chômage en Écosse et d’y vivre avec de tristes souvenirs, bon nombre d’entre eux choisirent de s’établir au Canada, où chaque officier et chaque homme reçut des terres selon son rang.  Les sous-officiers et simples soldats qui ont choisi de rentrer en Écosse ont eu droit à une indemnité de subsistance de quatorze jours ; des officiers furent chargés de recueillir les armes, et chaque épée rendue leur donnèrent  droit à une somme de trois shillings.  Tous les officiers ont également été démobilisés, mais avec le bénéfice d’une demi-solde.  Au total, 893 hommes appartenant au régiment furent licenciés en 1763.  De ce nombre, cent soixante-dix sous-officiers et simples soldats décidèrent de demeurer au Canada.
 
 
James Murray                                   John Nairne
 
Sous le régime militaire, c’est-à-dire avant que le sort de la Nouvelle-France ne soit scellé par le traité de Paris, le gouverneur James Murray concédait ce qui avait été, ou à peu  près, l’ancienne seigneurie de la Malbaie et la ferme du Domaine d’occident, à deux de ses officiers, le capitaine John Nairne du 78e régiment d’infanterie, et le lieutenant Malcolm Fraser du même régiment.  Le geste était  prématuré  puisque la Nouvelle-France aurait pu revenir à la mère patrie. 

En 1762, le général James Murray remit, conformément aux règlements adoptés par le  gouvernement, 1215 hectares de terres au capitaine John Nairne (fief de Murray Bay), 810 hectares au lieutenant Malcolm Fraser (fief de Mount Murray), tandis que les sous-officiers et leurs hommes reçurent chacun 100 hectares de terres.  Bien que le paysage de Murray Bay soit très pittoresque et qu’il ressemble à celui de l’Écosse, la terre n’y est pas des meilleures et il ne fait aucun doute que des motifs d’ordre militaire, notamment, la défense du Québec du côté de la mer, aient dominé le choix de cet emplacement.  Il n’existait aucune voie de communication par terre, mais comme on peut l’imaginer, cela n’importait guère puisque le fleuve fournissait un excellent moyen de communication.  Le Saint-Laurent regorgeait de saumons et de baleines et pouvait fournir toutes les ressources nécessaires à l’établissement.

On sait très peu de chose sur la vie quotidienne des premiers colons.  Conformément à sa politique, le gouvernement leur fournissait les instruments aratoires, les outils, les provisions, les armes etc. ; cette pratique allait être adoptée, par la suite, dans toutes les colonies de type militaire.  Les archives ne font état d’aucune difficulté ou épreuve particulière concernant la mise sur pied de ces colonies. Le double lien que créait l’appartenance des soldats à un même clan et à la même armée a sans aucun doute contribué à une collaboration poussée dans la construction des habitations et dans d’autres tâches liées à leur installation.  Les terres furent bientôt défrichées et, entre les souches, l’avoine et les pommes de terre poussèrent.
 
 
          George III                                                           Simon Fraser            
 
Toutefois, la guerre de l’Indépendance américaine devait freiner le rythme de cette colonisation.  Parmi les hommes qui regagnèrent l’Écosse, plusieurs revinrent en Amérique comme soldats lors de la révolution américaine sous les ordres de Simon Fraser.  Devenu général, Simon Fraser, qui avait réussi à récupérer les terres confisquées à son père, mais pas son titre, fut invité par George III en 1775 à lever un autre régiment de deux bataillons pour servir l’Amérique : la guerre de l’Indépendance venait d’éclater.  Il s’exécuta avec soin et diligence et recruta, en quelques semaines, plus de deux milles hommes pour le 71e régiment Fraser Highlanders.  Ainsi, le colonel Allan Maclean de Torloisk, de Mull, leva le «  Royal Highland Emigrant Regiment »: (84e régiment) qui se battit durant la guerre sous l’uniforme des Highlands et reçut en récompense une terre au Canada.

Ainsi, les Highlanders démobilisés  de Fraser (78e) furent parmi les premiers Écossais à faire partie intégrante de la vie canadienne et de l’histoire du Canada. Plusieurs soldats s’établirent au Québec, dans  les régions de Murray Bay et Mount Murray (la Malbaie), Rivière-du-loup et Matane.  Les Cameron, Ferguson, Fraser, MacKenzie, Warren, McNicoll, Forbes, Reid, Shaw, Smith, Sutherland, Blackburn, Ross, et d’autres… sont tous des descendants de ces intrépides soldats.  Plusieurs n’apprirent jamais l’anglais passant directement du gaélique au français.

Après tout ce tumulte et la paix rétablie, certains devinrent fermiers, marchands, coureurs des bois, explorant l’Ouest canadien.  Les noms des deux plus grands fleuves du Canada; ne sont-ils pas le McKenzie et le Fraser?
 
L’influence écossaise s’est vraiment fait sentir après la conquête de  la Nouvelle-France en 1763, avec l’arrivée d’administrateurs écossais et de marchands dans la nouvelle colonie.  Le tempérament  d’intégration des Écossais, a fait de certains d’entre eux les meilleurs colons que l’histoire ait connus.  Ils ont démontré à la face du monde qu’ils étaient en mesure de s’acclimater à de nouvelles situations, d’affronter de nouveaux risques et de nouveaux défis et, grâce à leur faculté  d’adaptation, à les surmonter, tout en conservant leur identité.   On a attribué cette capacité à plusieurs raisons, mais il semblerait qu’elle tienne à l’histoire même de l’Écosse et aux traditions qu’elle a créées  depuis l’époque de Wallace, Bruce, Burns et de Scott jusqu’à nos jours. C’est ainsi que, soutenus par une constante immigration, les Écossais se sont répandus dans toutes les directions du Canada et c’est cette tradition écossaise qui a joué un rôle prépondérant dans le développement et l’épanouissement du pays et  du Québec. 
 
Ged chaidh an sgadpdth air gach taobh, cha chaochail iad an gnaths 
chantaient les bardes, 
bien qu’éparpillés de tous côtés, ils maintinrent leurs traditions.
 
 
Et jusqu’à un certain point, vous conviendrez avec moi que  l’histoire du Canada et de la province de Québec est également celle des Écossais.
  
Hier, aujourd’hui et demain sont les trois jours de l’homme….
À chacun, maintenant,  de trouver son salut comme il le pourra !
 
 
 
Pour en savoir plus relativement aux lectures
voir onglet Histoire de l’Écosse
sous-onglet Livres de référence
 
 
Céline E. Colgan
 
POWERED .DesMondes.com