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LOUISBOURG
La sentinelle de Québec
Spiorad cogail na Ghadhail a tigghinn do Chanada
L’esprit militaire écossais envahit le Canada
Prends ta revanche. Ô Empire !
Détruis ceux que tu ne peux acheter,
Ceux que tu ne peux enchaîner…
Modèle de la forteresse de Louisbourg, 1758. Cette représentation de Louisbourg montre
la forteresse telle qu’elle était juste avant le siège par les forces britanniques en 1758.
Sur la côte ouest de l’île du Cap-Breton, que l’on rebaptise île Royale, on bâtit, à partir de 3 juillet 1717, une ville-forteresse, qui entrera bientôt dans l’histoire, nommée Louisbourg en l’honneur du roi. Le site a été choisi après hésitations et tests contradictoires, pratiquement sur un emplacement appelé « Havre-à-l’Anglais » par les pêcheurs, en raison « d’un bon mouillage et de la proximité de bancs de poissons ».
L’érection de cette citadelle, dont les plans ont été réalisés par l’ingénieur militaire Jean-François de Verville, demandera plus de deux décennies, des années 1717 à 1740. Sept bastions arment son enceinte qui court sur près de trois kilomètres et cerne la ville, y compris sur le côté face à la mer.
Voici l’emplacement géographique du port de Louisbourg et autres établissements britanniques et français
Le blocus de Louisbourg
juillet à septembre 1757
Voulant profiter de ce que les Français avaient les mains liées par
la Prusse en Europe, le gouvernement anglais envisage l’invasion de Louisbourg. Le 9 juillet, l’armée de Lord Loudoun concentrée à Halifax totalisait 12 000 fantassins. Le contre-amiral Holburne commandait l’escadre destinée à transporter cette armée. Le 31 juillet, trois semaines après l’arrivée de Holburne, l’armée britannique était fin prête à attaquer Louisbourg.
John Campbell Amiral Francis Holburne
John Campbell, quatrième comte de Loudoun, était le commandant en chef de toutes les forces britanniques en Amérique du Nord de 1756 à 1758. Lors de ce siège, Loudoun commandait l’infanterie.
La flotte britannique pénétrant dans le port de Louisbourg
Le contre-amiral Sir Francis Holburne commandait la flotte. Le verrou de Louisbourg devait sauter, car cette forteresse gardait l’embouchure du Saint-Laurent. Lord Loudoun fit ériger à Halifax un « fort de fascines » pour ses 12 000 hommes sur le flanc nord de la citadelle afin d’effectuer des simulations du siège de Louisbourg sous forme de nombreux assauts agrémentés de décharges d’artillerie et de mousqueterie. La foule de spectateurs qui assistèrent à ces exercices fut enthousiasmée par les hauts faits de ces soldats durant ces trois semaines de manœuvres. Tandis que Lord Loudoun prenait largement son temps pour entraîner intensivement et inutilement ses troupes, le prudent contre-amiral Holburne recevait un puissant renfort naval qui lui donnait la supériorité absolue sur l’escadre française. À escadres égales, il s’était tenu à l’écart. Il retourna à Halifax afin de se réapprovisionner en vivres et en eau avant de revenir bloquer Louisbourg.
Mais le 23 septembre, un furieux ouragan se leva et prit à partie la flotte anglaise pour la pousser vers la côte rocheuse. Plusieurs gros vaisseaux anglais furent précipités sur les récifs et leurs équipages périrent, d’autres chavirèrent ou furent démâtés. Après une nuit cauchemardesque, au matin le vent sauta nord. Si le vent d’est s’était maintenu, toute la flotte aurait péri corps et biens. Les Français intervinrent après la tempête pour sauver des naufragés anglais qui furent gardés captifs. Finalement, à cause du temps perdu en simulations, l’attaque de Louisbourg fut annulée et se résuma à un blocus maritime.
Benjamin Franklin
Devant cet échec, la carrière de l’amiral Holburn prit une courbe descendante. Quant à Lord Loudoun, il fut limogé et sa campagne qualifiée par Benjamin Franklin de « frivolous, expensive and disgraceful to our nation beyond conception ». Franklin poussa l’ironie jusqu’à qualifier Loudoun d’homme toujours occupé mais n’accomplissant rien ; « Il est comme Saint-Georges sur les enseignes des tavernes, ricana-t-il, toujours à cheval mais n’avançant pas. »
Les principaux acteurs
Le second siège de Louisbourg
Légendaire Louisbourg ! La plus impénétrable des forteresses françaises en Amérique du Nord. Vous savez, à un moment de notre histoire, une autre situation similaire s’est produite, elle concernait l’infranchissable chenal de
la Traverse (entre l’île d’Orléans et l’île Madame) mais nous y reviendrons un peu plus tard.
La population française pouvait bien oublier le nom des avant-postes disséminés dans la nature sauvage du nord-est américain, mais certainement pas celui de Louisbourg. Elle était l’objet d’une grande fierté. Perchée sur l’île Royale (que les Britanniques appelaient île du Cap-Breton) et faisant face à l’Atlantique, elle était réputée imprenable. Nous savons tous que les Anglais s’étaient emparés de la forteresse en 1745, mais les Français attribuaient cette perte à un extraordinaire coup du destin.
À la signature du traité d’Aix-la-Chapelle le 18 octobre 1748 mettant fin à la guerre de
la Succession (1740-1748) l’Angleterre rendit la froide Louisbourg aux Français en échange de l’humide port de Madras. Des deux côtés, on se réjouissait de la bonne affaire. Le traité d'Aix-la-Chapelle met fin à la guerre de
la Succession d'Autriche.
La France récupère l’île du Cap-Breton et la forteresse de Louisbourg ainsi que l’île St-Jean (actuelle Île-du-Prince-Édouard) qu’elle avait perdue trois ans auparavant.
Carte du général Amherst lors de la bataille de Louisbourg
Jeffrey Amherst James Wolfe Edward Boscawen
Les troupes de débarquement étaient commandées par le colonel Jeffrey Amherst. Lorsque Pitt fit d’Amherst le commandant en chef de l’armée britannique en Amérique, l’amiral Edward Boscawen fut nommé responsable du transport de l’expédition. L’un des brigadiers sous les ordres d’Amherst se nommait James Wolfe, un homme qu’il ne connaissait que très peu.
Portsmouth
Au printemps de l’année 1758, une expédition anglo-américaine s’organisa pour enclencher le siège de Louisbourg, bête noire des Treizes colonies américaines. L’amiral Boscawen appareilla de Portsmouth le 23 février. Il n’aborda à Halifax que le 9 mai pour causes de vents et de courants contraires. Après trois mois de tempête sur l’Atlantique, les vieux loups de mer à bord du vaisseau amiral Princess Amelia déclarèrent avoir fait le pire voyage de leur vie.
Le brigadier-général Wolfe resta couché dans sa cabine du 19 février au 8 mai, à peine capable de garder l’eau qu’il avalait. Les rares fois où il parvenait à se lever, il s’inquiétait moins de lui-même que de ses chères tuniques rouges entassées dans les cales, privées d’air, d’exercice et de nourriture décente.
Sir Charles Hardy commandait la flotte de blocus avant l’arrivée de Boscawen
Déjà, depuis le 1er avril, l’amiral Hardy faisait le blocus da la forteresse française de Louisbourg, quoique
la Royal Navy n’ait pu empêcher l’arrivée de navires français qui apportaient du ravitaillement.
La garnison de Louisbourg comptait environ 3 000 soldats, 2 600 marins et de 300 à 400 miliciens acadiens et Indiens Micmacs, appuyée par 5 vaisseaux de guerre ancrés dans le port et 6 petits bateaux. En 1758, la forteresse elle-même possédait 212 canons et 17 mortiers sur les murs, ainsi que 44 canons en réserve tactique. Du côté anglais, 41 navires de guerre, dont 18 frégates, formidablement armées de 1 842 canons portant 14 968 hommes d’équipage. Cette flotte escortait 150 transports de troupes, chargés de 13 142 combattants. Artillerie de campagne : 140 canons de campagne approvisionnés de 90 000 boulets et obus et de 4 900 barils de poudre, soit un total de 28 000 à opposer à 7 000 Français ; un combat désespéré à 1 contre 4.
Les canons de Louisbourg
La flotte britannique dans le port de Louisbourg
Lorsque la flotte aperçut les côtes de
la Nouvelle-Écosse, l’amiral Boscawen et le général Amherst convinrent qu’elle n’était pas en état d’attaquer Louisbourg. Les hommes devaient absolument se reposer et se refaire des forces avant l’intervention. Les officiers pourraient tenir un conseil de guerre et débattre d’un point crucial : où faire débarquer les troupes ? Treize ans auparavant, les Britanniques avaient opté pour la baie de Gabarus, qu’ils avaient trouvée vulnérable et qui leur avait permis de remporter la victoire et d’acquérir Louisbourg, donc la question n’était pas futile. Amherst, un ultra-conservateur, proposait de répéter la manœuvre mais Wolfe, stratège plus imaginatif, croyait que la clé de la réussite résiderait dans la surprise puisque les Français les attendraient certainement à Gabarus, il préférait la baie de Miré.
Cette baie était assez vaste pour abriter la flotte et, si les cartes étaient exactes, la distance qui la séparait de Louisbourg par voie terrestre était à peu près égale à celle séparant Louisbourg de la baie de Gabarus. Selon Wolfe les Français ne seraient pas assez idiots pour commettre la même erreur qu’en 1745 en laissant la baie sans protection. Mais Amherst aussi têtu que déterminé décida de s’en tenir à sa décision concernant Gabarus et comble de malheur pour Wolfe, Boscawen se rangea au point de vue d’Amhert.
Carte du siège de Louisbourg 1758
Au printemps 1758, les Highlanders du clan Fraser rejoignirent les forces d’Amherst en vue d’attaquer Louisbourg, et firent ainsi partie de la brigade commandée par le général Wolfe qui, entre autres, avait combattu à Culloden et avait participé à la « pacification honteuse » et sans merci des Highlands. Les Fraser Highlanders étaient de ceux se trouvant à Halifax (Nouvelle-Écosse). Cependant, Wolfe qui s’était méfié des Highlanders, reconnaissait maintenant leur valeur et s’en servait avec l’infanterie légère pour toute opération nécessitant des troupes de choc.
Dans l’attente de leur départ pour l’île Royale (je vous rappelle encore en mémoire que l’île Royale, du XVIIIe siècle, est tout simplement aujourd’hui le Cap-Breton), ils s’entraînèrent aux diverses opérations de débarquement ainsi qu’à changer leur tactique de combat. Les Écossais avaient bien besoin de ce genre d’entraînement, car leur manière traditionnelle de combat, qui consistait à tirer une salve, puis à se précipiter sur l’ennemi, un bouclier léger et un sabre à la main, pour s’engager dans un corps à corps, ne valait pas grand-chose pour lutter contre un ennemi qui savait bien se dissimuler. Leur commandant Wolfe les décrivit comme « des soldats fiables, pleins de ressources, dirigés par le corps d’officiers les plus courageux que j’aie jamais vu ». Il était d’accord avec la présence des régiments des Highlands, une addition à l’armée britannique que Wolfe lui-même avait inspirée lors de son service en Écosse.
Rogers Ranger
Son opinion sur les Rogers Rangers, même s’il s’agissait de volontaires provenant des colonies américaines, était foncièrement différente, il n’avait que mépris pour eux. Il changera également d’idée à leur sujet lors du débarquement à l’île d’Orléans le 26 juin 1759, puisque ce sont des Rangers qui furent chargés d’épurer l’île avant que les Anglais ne foulent le sol québécois.
Profitant d’un vent favorable, la flotte anglaise quitta Halifax le 29 mai et arriva au large de Louisbourg le 2 juin où elle mit en panne, une terrible tempête se leva et fit rage sur la région côtière. Les troupes souffrirent presque autant durant cette courte période que pendant la traversée du tumultueux Atlantique. Le mauvais temps la força à attendre huit jours avant de débarquer. À l’aube du 8 juin, le ciel s’était éclairci, l’amiral Boscawen vint jeter l’ancre dans la baie de Gabarus, à deux lieux au sud-ouest de la forteresse.
Assaut de Louisbourg
Amherst avait divisé son armée en trois sections. Wolfe dirigeait l’assaut principal sur la baie de
la Cormorandière, un arc rocheux important dans la baie de Gabarus.
Ce même jour, le brigadier-général Edward Withmore ainsi que le brigadier-général Charles Lawrence se faufilèrent vers l’est pour distraire l’attention de l’ennemi. L’artillerie de
la Royal Navy appuya une attaque anglaise de diversion exécutée par deux lignes de baleinières qui firent une manoeuvre simulée de débarquement près de la forteresse, pendant ce temps, Amherst lançait le débarquement réel.
Débarquement de Wolfe
Une première vague d’assaut débarqua dans l’anse à l’Eau-Fraîche (baie de Gabarus), sous le commandement du brigadier général James Wolfe. Deux milles soldats français les attendaient retranchés derrière des barricades de rondins, des abattis et des retranchements. Ces soldats représentaient les deux tiers de la garnison terrestre de la forteresse. Ils venaient de passer une semaine exténuante dans ces retranchements, sous la pluie et le vent, à surveiller nuit et jour la flotte anglaise. Ils laissèrent approcher les Anglais à quelques pas et ouvrirent un feu nourri qui jeta la panique. Des canons français furent démasqués et entrèrent aussitôt en action. Wolfe donna le signal de la retraite, mais trois bateaux avaient pu mettre à profit la fumée pour se cacher dans un angle mort à l’insu des Français. Lorsque Wolfe s’en rendit compte, il annula l’ordre de repli et renouvela l’attaque. Wolfe se jeta dans les vagues déferlantes et ordonna aux bateaux derrière de le suivre. Même si des dizaines d’hommes encore périrent noyés dans le ressac, ou furent blessés dans la manœuvre ceux qui atteignirent la terre mirent pied sur l’étroite plage pour rejoindre le poste d’avant-garde. Wolfe ordonna une attaque sur les flancs des batteries françaises causant la fuite de l’ennemi. Pendant ce temps, les Anglais continuaient de débarquer et d’assurer leur tête de pont, ils furent assez nombreux pour refouler les Français. Le débarquement avait réussi. Quatre heures plus tard, le littoral était libre de troupes françaises et les Britanniques creusaient des tranchées. Le siège de Louisbourg avait commencé.

Les bateaux brûlent dans le port de Louisbourg
À compter de ce jour, la ligne anglaise commença à se rapprocher des murs de la forteresse fort prudemment. Le 5 juillet, soit près d’un mois après le débarquement, la première batterie de siège, enfin installée, commença à pilonner les remparts. Petit à petit, les Anglais firent entrer en action quatre nouvelles batteries qui démolirent les maisons, les remparts, incendièrent les casernements des troupes et brûlèrent trois vaisseaux dans le port. Dans la ville en ruine, la bataille faisait rage également.
Le 26 juillet, une énorme brèche avait été pratiquée par l’artillerie et l’assaut final allait être donné par les Anglais. À la demande de la population, le gouverneur Augustin de Bosc Henry de Drucour capitula afin d’éviter le massacre et les violences finales. Il tenta d’obtenir des assiégeants des termes favorables (les honneurs de la guerre), mais Boscawen refusa. Alors la garnison de réguliers décida d’elle-même de continuer la défense désespérée de la forteresse et de mourir dans les décombres. Le gouverneur signa quand même l’acte de capitulation sans condition. Les soldats du régiment de Cambise brisèrent leurs fusils et brûlèrent leurs propres drapeaux afin de ne pas les remettre aux Anglais. L’attaque de la forteresse avait duré 48 jours. Louisbourg capitula après un siège de sept semaines.
L’impétueux Wolfe se serait avancé jusqu’à Québec s’il n’avait été contraint de limiter son activité militaire à l’attaque des colonies de l’Acadie et le long de la côte de l’Atlantique. La saison était toutefois trop avancée pour que les Anglais fassent subir le même sort à Québec.
Pour en savoir plus relativement aux lectures
voir onglet Histoire de l’Écosse
sous-onglet Livres de référence
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