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Où les morts sont-ils enterrés ?
« Je dis que le tombeau
qui sur la mort se ferme
ouvre le firmament et que ce qu’ici bas
nous prenons pour le terme
est le commencement. »
Mairidh an cliu gu brath
Que leurs noms vivent à jamais…
Le territoire occupé par l’Hôpital général de Québec et ses terres est consacré comme paroisse Notre-Dame-des-Anges.
Mère Saint-Claude-de-la-Croix (Marie-Charlotte Ramezay)
Directrice de l’Hôpital général de Québec en 1759-1760, sœur de monsieur Jean-Baptiste-Nicolas-Roch de Ramezay
major de la ville et du gouvernement du Québec. Son patriotisme lui vaut à maintes reprises les réprimandes du gouverneur Murray.
À partir de juin 1759, les combats qui ont été jusque-là menés aux extrémités de la colonie se rapprochent du centre de la Nouvelle-France. Des escarmouches et des embuscades se produisent à maints endroits et l’escadre anglaise se met à bombarder la ville de Québec, ce qui sera cause de nombreux blessés et de morts.
Le capitaine John Knox (en 1759-1760 était lieutenant dans la compagnie du 43e Régiment) affirme que la directrice de l’Hôpital général de Québec, Mère Saint-Claude-de-la-Croix, ne cesse de répandre de fausses rumeurs démoralisantes pour les soldats de Sa Majesté :
« Madame de St-Claude, Abbess of the Augustine Convent, is reputed the industrious inventress of many groundless rumours, which have been circulated among the troops, with a view to corrupt and discourage our brave soldiers ; particularly that of General Amherst’s army being defeated at the Isle au Noix, with an irretrivable loss of men and artillery…. »
Irrité de toute cette désinformation, Murray, gouverneur de la garnison de Québec, lui aurait ironiquement proposé de l’enrôler comme grenadier (selon Knox).
Musée de l’hôpital général de Québec Sœur dispensant les soins 1759
Malgré leur patriotisme, les Augustines font preuve d’une grande charité chrétienne en soignant avec compassion tous les blessés et malades anglais. Le capitaine John Knox raconte comment ses compatriotes étaient traités :
« Quand nos pauvres compagnons tombaient malades et qu’on les faisait transporter de
leurs détestables hôpitaux de régiments dans ce refuge général, ils s’en trouvaient
assurément rendu plus heureux d’une manière qu’on ne peut dire ; chaque patient avait
son propre lit avec rideaux et une garde malade pour prendre soin de lui. Les lits sont
rangés en galeries de chaque côté… ces galeries sont grattées et balayées tous les
matins, puis arrosées de vinaigre, de sorte qu’un étranger ne peut percevoir aucune
odeur désagréable ; l’été on ouvre généralement les fenêtres et on donne aux patients
une sorte d’éventail pour se rafraîchir quand il fait une chaleur presque étouffante ou
pour éloigner les mouches… Chaque officier a une pièce à sa disposition et, pour
prendre soin de lui, une de ces religieuses qui, en général, sont jeunes, élégantes et jolies. »
C’est par centaines que les blessés anglais ont afflué à l’Hôpital général de Québec après la bataille des plaines d’Abraham ; 598 blessés dont 57 officiers. Même phénomène après la bataille de Sainte-Foy, les blessés anglais sont en nombre considérable ; 837 blessés dont 78 officiers.
Dans les jours suivant la bataille des plaines d’Abraham, de Sainte-Foy et du Siège de Québec, les soldats anglais décédés à l’hôpital sont inhumés dans de larges fosses à l’extérieur de l’enceinte du cimetière catholique. Les annales des Augustines de 1759, nous révèlent ce qui suit : « Comme toutes les troupes anglaises étaient à peu d’exception près de la secte protestante, tous leurs corps furent enterrés dans le champ au nord-est du cimetière en pratiquant d’énormes fosses dans lesquelles on les entassait ; ce qui bouleversa les terres de la manière la plus désastreuse ; de sorte qu’elles exigèrent ensuite des améliorations considérables qui nous coûtèrent beaucoup pour les remettre capables de cultures. »
Lors de la bataille de Sainte-Foy, le 28 avril 1760, nous avons agi de la même façon : « les morts de l’armée britannique furent enterrés dans nos terres à l’est du cimetière. »
Dans les hôpitaux tenus par les religieuses tous les hommes étaient importants, les hospitalières avaient le don de les apaiser, de les préparer à la mort, de faire accepter cette ultime fin comme une résurrection. Les officiers et les soldats qui furent soignés, encouragés consolés par leurs devancières, la plupart moururent le sourire aux lèvres, aucune âme ne partit en désespéré.
Instruments de chirurgie pots de pharmacie
L’enregistrement des malades et des morts était bien implanté chez les hospitalières aux XVIIe et XVIIIe siècles. Grâce aux Augustines de l’Hôpital général de Québec, nous connaissons le nom d’une certaine quantité de ces intrépides individus. Certains essaient de minimiser l’œuvre des Augustines en disant que l’enregistrement des malades et des mourants était une tradition chez les hospitalières. Ce qui est important de savoir et de connaître, ce sont leurs actions, elles ont soigné sans distinction alliés ou ennemis. Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, on a pris la peine de perpétuer de façon individuelle la mémoire des soldats morts à la guerre par l’enregistrement de leur nom et l’entretien perpétuel du lieu de leur sépulture. Sans le savoir, les Augustines ont été des précurseurs. Il faudra attendre jusqu’à la Première Guerre mondiale pour que les états entreprennent des actions semblables vis-à-vis de leurs morts de guerre.
Hôpital général de Québec 1760 Hôpital général de Québec 1937
Tous les soldats, miliciens et alliés amérindiens morts sur les champs de bataille de
1759-1760 ont été inhumés pêle-mêle dans une fosse commune.
En temps de guerre, il était coutume d’enterrer les morts sur le champ de bataille ou près du lieu où ils avaient succombé. Ainsi, les soldats qui ont péri aux batailles des plaines d’Abraham et de Sainte-Foy ont tous été inhumés sur les lieux mêmes des batailles dans des fosses communes. Si nous connaissons le nom de tous les officiers, nous ne connaîtrons probablement jamais les simples soldats et encore moins le nombre exact. Il est donc possible de croire que plusieurs se trouvent encore sur les plaines d’Abraham, à la Pointe-de-Lévis ou à l’extrémité de l’île d’Orléans. On raconte à Québec, encore aujourd’hui, la découverte d’ossements, de boutons d’uniformes et de munitions lors de la construction du quartier Montcalm à la fin du XIXe siècle début du XXe. Seuls les Highlanders catholiques romains décédés à l’Hôpital général de Québec sont enterrés dans le cimetière dudit bâtiment. Ils reposent dans une fosse commune probablement avec les soldats français.
En ce qui concerne les soldats de croyances différentes décédés dans cet établissement, ils furent enterrés à l’extérieur du cimetière catholique romain. Malheureusement, les noms de ces soldats écossais demeurent, à ce jour, toujours inconnus.
Le seul soldat écossais à avoir sa propre sépulture dans un cimetière est un dénommé Alexander Cameron, mort de fièvre à Lévis quelques jours seulement avant la bataille du 13 septembre 1759. Il fut d’abord enterré sur la Pointe-de-Lévis. Pierre tombale d’Alexander Cameron, cimetière St-Matthew, ville de Québec.
Pierre tombale d’Alexander Cameron, cimetière St-Matthew, ville de Québec.
Cette pierre tombale, la plus ancienne du cimetière, a longtemps constitué une énigme pour les historiens. En effet, son épitaphe nous apprend qu’Alexander Cameron, officier britannique, est mort de la fièvre le 4 septembre 1759, alors que l’ouverture du cimetière a lieu 12 ans plus tard, soit en 1771. En fait, Alexander Cameron faisait partie d’un détachement de l’armée de Wolfe qui occupait la Pointe-de-Lévis avant la bataille décisive des plaines d’Abraham. C’est à cet endroit qu’il décéda et ses restes furent transportés au cimetière St-Matthew après que ce lieu de sépulture fut inauguré.
Son corps fut transféré, près d’une douzaine d’années plus tard, dans le cimetière St-Matthew, situé sur la rue Saint-Jean à Québec, par ses deux amis; John Nairne et Malcolm Fraser. La sépulture d’Alexander Cameron est immédiatement située à l’entrée du cimetière qui donne sur la rue Saint-Jean. Le dernier survivant de ces soldats, James Thompson, est mort dans sa maison de la rue Sainte-Ursule à Québec en 1813. Sa maison est aujourd’hui un B&B qui appartient à monsieur Greg Alexander, un ex-pompier de Toronto à la retraite qui est tombé amoureux du Vieux-Québec.
Inauguration du Mémorial de la guerre de Sept Ans
au cimetière de l'Hôpital Général de Québec
11 octobre 2001
Le 18 mai 1999, le gouvernement fédéral, faisant suite à une recommandation favorable émise par la Commission des lieux et monuments historiques du Canada, a désigné le cimetière de l’Hôpital général de Québec comme étant un lieu historique national. Outre le fait que le cimetière de l’Hôpital général de Québec, aussi surnommé cimetière des héros, soit le plus ancien au Québec, l’importance du lieu tient à ce qu’une partie constitue le plus ancien site de cimetière existant au Québec et au Canada.
Mémorial de la guerre de Sept Ans
Hôpital général de Québec
Non seulement retrouve-t-on dans le cimetière de l’Hôpital-Général de Québec la plus grande concentration de morts de guerre (en service actif) au Canada, mais ce site représente également le plus ancien cimetière de guerre au pays. De plus, les recherches démontrent que ce cimetière est aussi le seul témoignant de la guerre de Sept Ans dans le monde. La tragédie entourant l’histoire de ce singulier cimetière en fait un lieu de mémoire national.
La liste des officiers du 78e Fraser Highlanders tués à Québec du 27 juin 1759 au 21 mai 1760 (source Knox 1914 vol III p. 122.142)
Fraser Malcolm Ensign, tué le 28 avril 1760
Fraser Simon sr. Captain, mortellement blessé le 13 septembre 1759
Gordon Cosmo Lieutenant, tué le 28 avril 1760
McDonald Donald Captain, tué le 28 avril 1760
McDonell Alexander Lieutenant, tué le 13 septembre 1759 (aussi écrit McDonald)
McDonnell Hector Lieutenant, tué le 28 avril 1760
McNeil Roderick Lieutenant, tué le 13 septembre 1759
Ross Thomas Captain, tué le 13 septembre 1759
L’une des sources les plus intéressantes identifiant les Britanniques (officiers et simples soldats) qui sont morts lors de la campagne de 1759-1760 à Québec se trouve aux Archives nationales du Canada, dans la série War Office R2691-0-6-E des Archives coloniales de Grande-Bretagne provenant du Public Record Office de Kew (banlieue ouest de Londres).
Pour en savoir plus relativement aux lectures
voir onglet Histoire de l’Écosse
sous-onglet Livres de référence
Céline E. Colgan
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