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Clan Mc Nicoll du Québec
 
 
QUÉBEC
L’OMBRE DES GRANDS
ÉVÈNEMENTS
 
 
ST-JOSEPH-DE-LA-POINTE-DE-LÉVIS
30 juin 1759
 
LA BATAILLE DE BEAUPORT
31 juillet 1759
 
LA BATAILLE
DES PLAINES D’ABRAHAM
13 septembre 1759
 
 
Carte indiquant le parcours des soldats durant la guerre de Sept Ans
 
Toutes les guerres sont préparées
dans des salles de conseil privées
par des vétérans
qui réclament toujours plus d’armes.
Mais sur les champs de bataille
où les rêves dorés s’effacent dans les larmes,
les visages des mourants
sont ceux de tous jeunes gens….
 
Na Sassunaich a ghadhail cothrom air spiorad cogail na
Ghaidhail
Les Anglais exploitent le talent militaire des Écossais
 
La présence des régiments des Highlands était une addition considérable pour l’armée britannique.  Wolfe dira que : « Les Highlanders nous sont d’un grand secours et sont commandés par un corps d’officiers le plus viril qu’il m’ait été donné de rencontrer » écrivait-il à Pitt.  Ils ont participé à toutes les batailles importantes en Nouvelle-France.  Partis d’Écosse en 1757, ils passèrent le premier hiver à New York.  Leur premier combat fut celui de Louisbourg en juin 1758.  Les Français capitulèrent en juillet de la même année.
 
Le colonel Simon Fraser apprend en mars 1759 que son régiment sera le seul des deux régiments écossais à avoir été désigné par Wolfe pour participer à l’expédition contre Québec.  Le régiment des Fraser Highlanders compte alors treize  compagnies pour un total de mille deux cent soixante-neuf hommes.  Avec trois autres compagnies, les Fraser Highlanders font partie de la brigade dirigée par Monckton.
 
LES ANGLAIS SONT LÀ…..
 
 
Frégate britannique
 
Le 24 juin, fête de la Saint-Jean, l’heure n’est pas aux feux d’allégresse ; les navires anglais arrivent au large de Québec.  En maîtresse des mers, l’armada peut se déployer à son gré.  Elle regroupe plus de deux cent cinquante navires de tous types.
Une trentaine de vaisseaux de première importance, une soixantaine de frégates, corvettes ou goélettes, et plus de cent cinquante bateaux de transport ; au nombre de ces derniers, les navires de haute mer transportent, menace potentielle, les engins à fond plat et les barges de débarquement.  Quinze mille (15 000) marins servent ces navires qui pointent, menaçants, vers la ville, près de  2 000 canons.  Huit mille cinq cents (8 500) soldats d’élite, dont le général Wolfe est fier, sont prêts à débarquer et pourtant….plusieurs mois vont passer avant que cette troupe puisse remplir sa mission avec succès.
 
 
Le débarquement
 
Le 27 juin 1759 à l’île d’Orléans, pendant que ses ennemis tenaient conseil sans prendre son arrivée trop au sérieux, Wolfe posait le pied sur le sol canadien.  Il était accompagné de huit mille cinq cents hommes, soit trois mille cinq cents de moins que ce qu’on lui avait promis.   Le 28 juin 1759 on lui réserva une petite surprise qui lui fit perdre son flegme légendaire. 

Tard dans la soirée, le vent était favorable et la nuit noire, mais dans le ciel brillaient tout juste assez d’étoiles pour éclairer les eaux qui séparaient le port de Québec et les rives de l’île d’Orléans, près desquelles mouillait la flotte anglaise. 

Pour détruire cette dernière, Vaudreuil avait décidé d’utiliser six brûlots qui attendaient dans le port, équipés pour la circonstance. Les navires transformés en brûlots étaient tous armés de la même façon.  Plusieurs madriers de cinq pouces avaient  été évidés, étendus sur les ponts et joints entre eux à l’aide de poutres transversales, elles aussi évidées, afin d’atteindre les hublots que la chaleur intense ferait éclater.  Les madriers conduisaient à des barils de poix (mélange mou  et agglutinant, à base de résines et de goudrons végétaux)  qui, une fois allumés, répandraient leurs flammes dans les mâtures et les gréements.  De la résine fondue avait été étendue partout et, entre les ponts, de grandes cheminées créeraient un courant d’air ascendant capable d’alimenter l’incendie.  Enfin des caisses contenant  des grenades, de vieux mousquets et canons bourrés de poudre et de balles ou de boulets avaient été éparpillées sur les ponts.

Pour assurer la sécurité des hommes chargés de manœuvrer les brûlots, une petite plate-forme avait été aménagée contre la coque et de chaque navire.  De cet endroit partait un autre madrier rempli de poudre à canon relié à l’une des poutres transversales.  Une chaloupe était attachée à cette plate-forme ; il suffisait donc aux marins de sauter dedans avant d’incendier leurs brûlots respectifs.

Les ordres étaient clairs ; les brûlots devaient quitter le port de Québec à vingt-trois heures précises et puisqu’il leur faudrait parcourir six milles avant d’atteindre la flotte anglaise, ils ne devraient pas être allumés avant de se trouver à environ un mille de distance de l’ennemi.  Comme convenu, le capitaine de la flotte des brûlots donna l’ordre de mettre les voiles.  Les vaisseaux franchirent sans encombre les trois premiers milles ; on pouvait distinguer au loin la silhouette des mâts des navires anglais dressés dans le ciel, tout semblait vouloir se dérouler comme prévu, mais  pris de panique, l’un d’eux mit le feu à son bateau alors qu’il était encore trop loin des navires anglais. Un jeune soldat anglais distingua des masses noires surgissant de l’obscurité et voguant dans sa direction, soudain une torche s’alluma, puis une autre.  Le Saint-Laurent était embrasé, couvert de brasiers flottants.  Wolfe fut immédiatement averti de ce qui se passait.  Le Centurion, le navire se trouvant le plus près des brûlots alerta les autres par des coups de canon. Saunders donna l’ordre à ses hommes de sauter dans leurs embarcations pour aller vers les navires incendiaires afin de lancer leurs câbles et leurs grappins sur les brûlots puis de les remorquer jusqu’à la rive de l’île.  Les vaisseaux incendiaires finirent alors de se consumer sans avoir pu atteindre un seul des navires de la flotte anglaise.
 
 
L'attaque infructueuse des bateaux-brûlots français contre la flotte britannique devant Québec, 28 Juin 1759
peinture de Dominic Serres
gracieuseté de Bibliothèque et Archives Canada
 
 
 
James Wolfe
 
Wolfe avait du mal à contenir sa fureur contre lui-même puisqu’il savait que les Français possédaient des brûlots et les considéraient comme des armes offensives puissantes.  Le général avait néanmoins négligé cet important détail et omis de transmettre cette information à ses officiers.
 
«  Si, au contraire, un entêtement déplacé et une valeur imprudente et inutile leur (les
Canadiens) fait prendre les armes, qu’ils s’attendent à souffrir tout ce que la guerre offre
de plus cruel.  Il leur est aisé de se représenter à quel excès se porte la fureur d’un
soldat effréné. «
 
James Wolfe,                                                               
Commandant en chef                                                 
des troupes britanniques                                          
27 juin 1759                                                                  
 
ST-JOSEPH-DE-LA-POINTE-DE-LÉVIS
30 juin 1759
 
 
(première escarmouche  impliquant le 78e Fraser Highlanders à Québec
 
 
 
78e  Fraser Highlanders 1759 - Aquarelle
 

Wolfe étend son emprise face à Québec.  Outre la région du Saint-Laurent, il occupe avec succès le 30 juin 1759 celle de la Pointe-de-Lévis, avec une demi-brigade d’infanterie, à quatre régiments, aux ordres de Monckton.  Cette occupation réussie avec une certaine facilité aura des conséquences dramatiques pour Québec car, à partir de ce promontoire, Wolfe va pouvoir bombarder la cité, depuis la Pointe des Pères, avec six canons de trente-deux (32) pouces et cinq mortiers de treize (13) pouces.

La guerre à l’amérindienne
 
Miliciens canadiens
 
Revenons donc à ce fameux  30 juin 1759.   Étienne Charest était le seigneur de Lauzon dont faisait partie le village de Saint-Joseph-de-la-Pointe-de-Lévis. Donc, plus tôt ce jour-là, Vaudreuil avait envoyé Charest  à la Pointe-de-Lévis avec quarante des habitants de sa seigneurie et trois cents Indiens pour attaquer les Anglais. Ce sont encore des miliciens et des Amérindiens augmentés de volontaires des paroisses environnantes qui défendront avec acharnement cette position et provoqueront l’exaspération des troupes britanniques. Ils avaient suivi leurs ennemis une bonne partie de l’après-midi, se dissimulant derrière les arbres ou s’accroupissant dans les buissons, et avaient donné du fil à retordre aux soldats anglais qui avaient du mal, à cause de leurs uniformes ridicules, à esquiver les balles et les flèches.
 
Illustration d'un havresac, sac à dos en toile noire muni de courroies de cuir, utilisé pour
transporter le matériel nécessaire aux soldats.
 
Par ailleurs leurs bagages encombrants les empêchaient d’avancer rapidement.  Voici ce que contenait le bagage ou impedimenta, que devait porter chaque soldat de l’armée britannique, les vêtements étaient la seule exception concernant les Highlanders.  Il contenait les rations de fer d’une semaine, un plat de cuisson, trois chemises, deux paires de chaussettes, trois paires de bas en lin enduits d’huile – l’huile servait à prévenir les plaies – une paire de houseaux montant jusqu’aux genoux et se boutonnant sur le côté, deux paires de guêtres de lin noir et une paire en laine, un caleçon, un calot rouge, une cocarde, une grande cape, un havresac, une musette, une paire de boucles de soulier, une paire de jarretière, vingt-quatre cartouches contenues dans un étui censément imperméable, deux pierres à feu, six baguettes de fusil, trois bassinets et un « moule à balles muni d’un chargeoir en fer afin de faire ses propres balles à partir  d’une livre de plomb », une ou deux couvertures ainsi qu’un mousquet de quinze livres appelé Brown Bess.
 
Fusil britannique de modèle Long Land, 1722-1768
 
En 1722, le Board of Ordnance britannique a établi le modèle de fusil à silex à âme lisse que devaient utiliser les « forces terrestres » de l’armée britannique. Les armuriers de partout en Grande-Bretagne ont adopté ce modèle, appelé  Tower  (pour la tour de Londres où se trouvait le siège de l’Ordnance), pour la confection de leurs armes. Au fil des années, les soldats britanniques ont surnommé leur fusil  Brown Bess. Le modèle Long Land a constitué l’arme d’infanterie britannique courante pendant la guerre de Sept Ans, mais l’expérience des combats en Amérique du Nord indiquait le besoin d’une arme plus courte. En 1768, ce nouveau fusil, plus court, est apparu, et l’ancien modèle a reçu le nom de « Long Land ». Les armes du modèle 1722 ont été utilisées jusqu’à ce qu’elles finissent par s’user. En Amérique du Nord, les fusils Long Land étaient utilisés par l’armée britannique, par la milice américaine et (après leur saisie) par les Français et les Canadiens.
 
 
Fusil britannique
Fusil modèle Long Land, modèle de 1742
 
Les soldats britanniques de la bataille des Plaines d’Abraham étaient équipés de fusils de modèle Long Land. Les soldats réguliers combattaient en formation serrée afin de compenser la portée de tir réduite et le manque de précision de leurs armes. Ils se plaçaient côte à côte et faisaient feu en même temps. La plupart des balles rataient leurs cibles. Par contre, une seule volée de tirs d’une troupe disciplinée pouvait décimer une armée ennemie.
 
 
Baïonnette britannique
modèle Land
 
Face à une charge à la baïonnette, une armée ébranlée battait en retraite avant que les baïonnettes soient assez rapprochées pour l’atteindre. Une armée déterminée ouvrait le feu et abattait ses adversaires.
 
 
       Robert Monckton                                         Rangers américains
 
Contrairement aux Rangers américains, les soldats anglais n’avaient pas l’habitude de se battre dans les bois.  Aussi furent-ils des proies faciles pour Charest et ses hommes qui, tout au long de la journée, tuèrent, blessèrent et scalpèrent  plus de trente Anglais. Dès que Monckton arriva à la Pointe-de-Lévis, il se rendit à l’église, mais, pour une raison inconnue, il en ressortit aussitôt et la laissa sans protection.  Sautant sur l’occasion, Charest s’y précipita et s’y barricada avec un petit groupe de Canadiens, ordonnant à ses autres hommes de se déployer derrière les escarpements rocheux sur lesquels étaient bâtis l’église et le presbytère.
 
Lorsque Monckton apprit que les Canadiens occupaient l’église, il enjoignit une troupe de fantassins d’aller les déloger.  Durant les trois heures qui suivirent, il y eut plusieurs escarmouches, les deux camps occupant l’édifice à tour de rôle.  Les Anglais ne négligèrent pas les usages de la guerre : chaque fois qu’ils s’emparaient de l’église, ils hissaient leur drapeau au sommet du clocher.  Les Canadiens l’enlevaient dès qu’ils reprenaient possession de la bâtisse.
 
 
Les grenadiers de Louisbourg
 
Vers dix-huit heures, Monckton jugea que la plaisanterie avait assez duré, trouvant absurde d’être tenu en échec par un groupe d’hommes visiblement cinq fois moins nombreux que les siens.  Prenant la majorité de ses soldats avec lui, il donna l’assaut à l’église sur trois côtés.  Les Highlanders de Fraser attaquèrent par la forêt, les fantassins encerclèrent la montagne, chassant les Canadiens et les Indiens qui s’y trouvaient jusqu’à la lisière de la Pointe-de-Lévis, tandis que Monckton et ses grenadiers de Louisbourg arrivèrent hardiment par l’avant. 

Les Canadiens, enfermés à l’intérieur de l’église, résistèrent un moment, puis finirent par s’enfuir par l’arrière, couverts  par  les  Indiens, au  moment même où Monckton pénétrait dans l’édifice après en avoir fait voler en éclats la porte d’entrée.

Les Anglais n’avaient pas perdu de temps à la Pointe-Lévis, ils avaient fini d’installer et de fortifier leur campement, transformé l’église en hôpital, construit des redoutes et des plates-formes pour les batteries et débarquèrent des pièces de gros calibre.
 
LA BATAILLE DE BEAUPORT
31 juillet 1759
 
Vue de la chute Montmorency et de l’attaque  près de Beauport par le général Wolfe avec
les grenadiers de l’armée le 31 juillet 1759.
 

Le siège de Québec traînait en longueur.  Toute la rive nord du Saint-Laurent était solidement mise en état de défense par les Français.  Wolfe décida d’attaquer à la hauteur  de Beauport, mais ce qu’il ne savait pas c’est que les  plages de Beauport étaient en réalité l’estran (portion du littoral comprise entre les plus hautes et les plus basses mers), donc des plages boueuses, mouvantes et parfois recouvertes d’algues.  Les Français avaient été, la veille, avertis du débarquement de Beauport par un déserteur anglais.

Aucun nuage ne pointait à l’horizon, le moment était venu d’affronter les Français comme il en avait été question le 29 juillet dernier.  Wolfe envoya donc l’un des ses aides de camp  ordonner à Monckton, qui se trouvait sur le chenal reliant Beauport à l’île d’Orléans, de se préparer à l’action.
 
 
Louis-Joseph, marquis de Montcalm
 
Wolfe est convaincu que Montcalm lui refuse la bataille parce qu’il sait l’infanterie anglaise supérieure à la sienne. Il est loin de se rendre compte du degré de confusion qui règne chez les Français.  Lui-même fait le désespoir de ses officiers qui voudraient le voir débarquer  ses troupes en amont de Québec pour couper le ravitaillement qui vient de Trois-Rivières et de Sorel où les frégates de Bigot sont amarrées.  Pire, Wolfe souhaite attaquer de vive force la basse-ville de Québec  et s’en prendre aux positions les plus fortifiées.  Wolfe n’écoute pas ses officiers, mais modifie son plan et décide de percer la défense de Beauport.

C’est ainsi que le 31 juillet au matin, les navires et les troupes anglaises commencèrent à manœuvrer dès l’aube, bien que la bataille ne se déroulât que tard dans l’après-midi.  On attendit la marée haute pour que deux transports de troupes  armées puissent s’approcher des battures de Beauport près des retranchements français. Le Centurion (60 canons) vint s’embosser dans l’embouchure de la rivière Montmorency afin de procurer un pare-feu aux assauts et de protéger de leurs canons l’infanterie anglaise.

Dès le lever du jour, toute l’artillerie anglaise se mit à bombarder sans interruption les lignes françaises.  La préparation d’artillerie ne cessa qu’au début de la bataille.

La marée étant à mi-hauteur, l’embouchure de la Montmorency devenait guéable.  Ce fut alors que, du camp retranché anglais situé à l’est de la rivière Montmorency, deux brigades écossaises (dont le 78e) de première ligne commandées par les brigadiers-généraux Murray et Townshend traversèrent cette rivière, progressèrent le long de la plage en contrebas et hors de vue des lignes françaises.  Simultanément, la brigade de Monckton s’approcha de la plage, débarqua  une unité de 1 000 grenadiers d’élite. Les grenadiers reçurent l’ordre de se diviser en quatre corps distincts  et de lancer leur attaque, que viendraient soutenir les soldats des brigadiers Murray et Townshend, aussitôt que ces derniers auraient traversé le passage à gué et qu’ils seraient à même de les aider (le 78e  Fraser et le 58e  Anstruther ont traversé la rivière Montmorency à gué là où est situé actuellement le pont de la route 138).  Ils devaient rejoindre le bataillon des grenadiers qui s’était approché avec des barques.
 
 
 
       
Georges Townshend                  Robert Monckton                        James Murray         
 

Débarqués, les grenadiers  s’élancèrent vers les lignes françaises, en criant.  Ils  se devaient d’attendre le 78e  ainsi que le 58e, ce qu’ils n’ont pas fait. Cependant, peut-être à cause du bruit et de la précipitation au moment du débarquement, ou pour une quelconque autre raison, les grenadiers se sont impétueusement lancés à l’assaut du camp retranché ennemi, dans le plus grand désordre et la plus grande confusion, sans attendre les renforts qui avaient été dépêchés pour les épauler. Au lieu d’attendre, ils ont monté tout de suite la côte (à peu près où était situé l’usine de ciment Saint-Laurent) et sous les rugissements assourdissant de l’artillerie britannique, l’aboiement des canons français, les tirs se mirent à pleuvoir du haut de la falaise, ils ont été fauchés par les mousquets des soldats français, des milices canadiennes et des «  sauvages  » qui les attendaient en haut. Les officiers lancèrent un autre assaut qui ne réussit qu’à couvrir le  no man’s land de morts et de blessés gémissants.  En quelques minutes de combat acharné, 450 Anglo-Écossais gisaient ensanglantés sur le sol, dans le meilleur cas se tordant de douleur, et les survivants,  à peine plus de la moitié de l’unité d’élite, réussissaient à redescendre vers la plage avec de nombreux blessés. Par un malheureux hasard, toute la région fut soudainement inondée par des pluies torrentielles.  Ni d’un côté ni de l’autre il n’était désormais possible de garder la poudre sèche, et la pente gazonnée qui menait aux installations de terres françaises devint si glissante que les Britanniques ne purent l’escalader.  Le gué était maintenant une mer de trous boueux qui rendaient la marche pratiquement impossible.  Pour finir, la marée se mit à monter, ce qui signifiait que le gué allait bientôt disparaître. 

Wolfe craignait que son armée entière ne périsse noyée ou qu’elle ne soit tout simplement décimée, il battit donc en retraite.  Depuis les hauteurs, les Français pouvaient apercevoir les soldats britanniques morts ou blessés dévaler la pente; ils pouvaient entendre Wolfe sonner le retrait de ses troupes pendant qu’ils voyaient leurs ennemis s’enfuir, certains dans des bateaux en direction de Pointe-de-Lévis et d’autres vers l’île d’Orléans.  De nombreux soldats purent s’échapper avant que le gué ne soit englouti par la marée.  Wolfe lui-même prit la tête des Highlanders et à son grand étonnement, le retrait de ses troupes se déroula en bon ordre, aidé en cela par les Français qui avaient cessé de tirer sur ses soldats.  Les Highlanders refusaient toutefois de traverser la rivière Montmorency tant que tous les hommes de leur régiment – le 78e – ne seraient pas réunis au grand complet.

Exaspérés, le général et ses brigadiers essayèrent de leur faire changer d’avis à grand renfort de menaces et de jurons, mais les Écossais restèrent sur leur position.  Avec beaucoup de patience et de dignité, ils expliquèrent qu’ils ne pouvaient, ni ne voulaient abandonner les membres de leur clan.  Ils acceptèrent de suivre Wolfe quand tous les leurs « furent embarqués ».    Deux cent dix soldats furent tués, deux cent trente autres furent blessés, parmi eux trente et un officiers.

Cette défaite confirmait que Wolfe ne pourrait débarquer et accéder par ce secteur à la rive nord du fleuve.  Le moral anglais était au plus bas.  Afin de venger cet affront, Wolfe donna l’ordre de redoubler les incendies des fermes à des kilomètres à la ronde ; les villages de Saint-Paul, L’Ange-Gardien, Château-Richer, Saint-Joachim…furent entièrement brûlés ; jusqu’au cap Tourmente.  La vengeance la plus inhumaine fut perpétrée par le capitaine Alexander Montgomery, officier du 43e.  Il fut responsable d’un épouvantable incident survenu près du village de Sainte-Anne-de-Beaupré.  Un petit groupe réussit à tenir les Britanniques à distance en se réfugiant dans une maison de ferme en pierre. Mais il finit par devoir se rendre et sortir de la maison.  Au lieu de les faire prisonniers, le capitaine Montgomery ordonna de sang-froid leur exécution et fit fusiller tous les citoyens après avoir violé les femmes et les jeunes filles (ce crime fut rapporté par l’Écossais Fraser dans son journal intime). À Château-Richer, quelques paysans se barricadèrent dans l’église pour résister.  Les Anglais les firent sortir par ruse en leur promettant la vie sauve, puis les massacrèrent et les scalpèrent à la mode indienne. On cite encore en exemple cet épisode afin de démontrer la cruauté dont Wolfe pouvait faire preuve.

 
ANSE-AU-FOULON
12 septembre 1759
«  Les officiers et l’état-major se rappelleront ce dont un corps de soldats rompus à la
guerre est capable contre cinq pauvres bataillons français mêlés à des paysans désordonnés. »
James Wolfe, la veille de la bataille                                                                      
 
Le 12 septembre au matin, Wolfe a en effet averti son état-major que le débarquement est prévu pour la nuit suivante, nouvelle qui surprend et irrite ses trois commandants de brigade qui auraient aimé être tenus au courant des intentions du commandant en chef et qui manquent d’ordres plus précis pour la conduite des opérations.  Ce qu’ils vont apprendre, c’est que pour ce «  débarquement  au plus près de Québec, en amont de la ville», Wolfe a choisi, l’Anse-au-Foulon, au pied d’un étroit sentier, non balisé, qui conduit après une heure d’escalade pénible sur les hauteurs d’Abraham.  Ses officiers n’étaient pas au courant du lieu de débarquement.  Ils croyaient qu’ils allaient débarquer plus à l’est et revenir en marchant vers la ville.  Maintenant, ils comprenaient que leur armée allait se trouver prise entre l’armée de Bougainville, qui comptait trois mille hommes, et les défenses de Québec, qui pouvaient se garnir en quelques heures de toutes les troupes de Beauport et derrière eux, se trouvait la falaise. Si la bataille tournait à leur désavantage, ils étaient sûrs de tous périr.

Wolfe savait que, s’il faisait une erreur, lui et lui seul devrait en répondre devant le roi et le peuple.  Cependant, il avait choisi Anse-au-Foulon et c’est là qu’il y jouerait sa vie.

Pour l’opération du Foulon, le général avait pris sous son commandement un peu plus de quatre mille cinq cents hommes, tous des réguliers bien entraînés et dont la plupart venaient de régiments ayant joué un rôle important depuis le début de la guerre ; le 15e (le bataillon d’Amherst), le 28e (celui de Bragg), le 35e (celui d’Otway),le 43e (celui de Kennedy), le 47e( celui de Lascelles), le 48e (celui de Webb) et le 58e (celui d’Anstruther).  Il avait en outre une troupe d’infanterie légère, composée de tireurs d’élite et de soldats compétents, deux bataillons du Royal-Américain (formé principalement de mercenaires allemands et de quelques Américains), les « sans-culottes » (les hommes du 78e Régiment des Fraser Highlanders) et les grenadiers de Louisbourg.
 
Frégate le Centurion 1759
 
À la veille de la bataille le 12 septembre 1759, les troupes de Wolfe prirent le repas du soir à bord des frégates amarrées en face de Cap-Rouge.  Vers  21h00, à la noirceur, un à un les soldats montèrent en silence à bord des radeaux qui se trouvaient sur les flancs de l’autre côté du  Sutherland, invisibles aux yeux des Français au sud.  Pendant les cinq heures qui suivirent, ils demeurèrent assis sur les planches dures de l’embarcation, dos à dos, par rangées de quatre soldats, leurs bagages à leurs pieds
 
Un chaland d’atterrissage (barge)  rempli de grenadiers.

Au cours de la nuit, le vent de l’ouest se rafraîchit et des averses ici et là eurent tôt fait de tremper les hommes.  Tassés les uns contre les autres, les soldats avaient reçu l’ordre de ne pas parler ni de bouger.  À deux heures du matin, une lanterne unique scintilla, donna le signal du départ d’un périple de dix milles dans la noirceur la plus totale.  Il était primordial que l’opération se déroule dans un silence absolu, et c’est pourquoi on ne prit aucun cheval; les canons et les chariots seraient transportés à main d’homme jusqu’en haut de la falaise.

À bord de la première embarcation se trouvait la capitaine James Chads, le colonel Howe, le général Wolfe, le capitaine William DeLaune avec vingt-quatre soldats d’infanterie légère (volontaires pour grimper la falaise en premier), le major Barré et deux officiers des Highlands, la capitaine Simon Fraser et le capitaine Donald MacDonald.  Les Écossais se trouvaient là au cas où on aurait à répondre aux questions des sentinelles françaises se trouvant le long de la rive.

Le feu de la lanterne à bord du Sutherland, toujours amarré à Cap-Rouge, servit de guide au capitaine Chads qui devait demeurer au milieu du fleuve pour éviter les rochers et les récifs.  Lorsqu’il ne put voir ne fût-ce que le scintillement de la lanterne sur le navire, il lui fallut trouver un nouveau point de repère.  On avait prévu que le Hunter serait amarré en amont de la rivière Etchemin, cela permettrait à Chads de l’utiliser comme marqueur.  Traverser le fleuve fut une rude épreuve pour les rameurs et les soldats.
 
Sept. 1759. Vue de Cap- Rouge vulgairement Carouge, à neuf milles au-dessus de la ville
de Québec, sur le bord septentrional du fleuve St-Laurent. C’est de Carouge que 1500
hommes de troupes choisis descendirent avec la marée, au lieu du débarquement.
 
Une fois dans l’ombre des hauteurs, la flotte se dirigea à nouveau vers le rivage, la marée se chargeant de la faire avancer, c’est au moment où ils passèrent près d’un poste de garde à Sillery qu’eût lieu la première interrogation.  C’est d’ailleurs un officier écossais qui parla au guetteur de la falaise.  Si l’officier n’avait pas parlé un français impeccable, le guetteur ne l’aurait jamais laissé passer. À la question de l’ennemi : «  Qui vive? », le capitaine Simon Fraser répondit : « France, vive le roi! » « À quel régiment? » « De la reine. » « Pourquoi ne parlez-vous pas plus haut? » Fraser, dont l’esprit était vif, dit que s’il parlait tout bas, c’était parce qu’il ne voulait pas attirer l’attention des navires anglais qui se trouvaient sur le fleuve.  Une seconde voix se fit alors entendre, exhortant la première à laisser passer le convoi.  N’ayant reçu aucune nouvelle d’une annulation quelconque, les sentinelles les laissèrent passer.  Au loin on pouvait entendre le tir des canons britanniques depuis Pointe-des-Pères et Pointe-de-Lévis, un son cher aux cœurs des Britanniques.
 
Vue de la prise de Québec, par les troupes anglaises commandées par le général James
Wolfe, durant la bataille des plaines d'Abraham, le 13 septembre 1759. Le débarquement
des troupes anglaises au pied de la falaise et leur installation sur le promontoire 
Gravure d'après une peinture d'Hervey Smith, 1797. Cette gravure est basée sur une
esquisse réalisée par Smith, un aide de camp du général James Wolfe, lors du siège
de Québec, en 1759, pendant la guerre de Sept Ans, lequel se termina par la victoire des
Britanniques à la bataille des plaines d'Abraham. Smith montre les troupes britanniques
escaladant la falaise menant aux plaines. Leurs navires de transport sont ancrés sur le
Saint-Laurent
 
 
Wolfe et son avant-garde gravissent la falaise du Foulon
 

Les soldats de DeLaune seraient-ils capables, chargés d’un poids de soixante livres sur les épaules, d’escalader un mur presque perpendiculaire?  Les bateaux accostaient derrière lui les uns après les autres, craquant et crissant sur le sable rocailleux, et de plus en plus on entendait les soldats pousser des jurons tandis que mille sept cents d’entre eux attendaient de pouvoir mettre pied à terre.  Il donna au capitaine DeLaune le signal du départ.  DeLaune et sa bande se mirent à gravir la falaise, provoquant derrière eux une pluie de cailloux et de terre mouillée qui allait s’abattre au sol.  Les sentinelles  qui  se  trouvaient  là-haut  devaient être sourdes pour ne pas entendre un tel vacarme !  Personne ne tenta d’arrêter les grimpeurs.  DeLaune venait juste d’atteindre le sommet et d’entrer dans les bois lorsqu’un de ses soldats se retrouva face à face à une sentinelle.  Cette fois, ce fut le capitaine Donald MacDonald qui sauva la situation, improvisant, dans un français précipité, qu’il venait relever la garde.  Sa présence d’esprit leur permit d’épargner quelques secondes de plus, assez de temps pour encercler le campement français.

Les Écossais ont également escaladé les falaises à l’Anse-au-Foulon : leur flair remarquable en faisait des éclaireurs chevronnés, l’habitude des montagnes d’Écosse leur donnait un sérieux avantage sur les autres soldats. Wolfe, pour les avoir combattus durant l’insurrection de 1745 (bataille de Culloden 1746) et malgré qu’il les détestait, fort lui était d’admettre qu’ils faisaient d’excellents soldats. Une petite anecdote relativement à la prise d’Abraham : les Fraser des Highlands faisaient partie des troupes anglaises qui prirent les hauts d’Abraham avec le général Wolfe.  Se trouvant avec ses hommes au pied des hautes falaises, le seigneur de Lovat réclama : « l’homme qui vola le fromage dans la tour de Fairburn », car ajouta-t-il, quiconque pouvant grimper en haut de la tour de Fairburn pouvait escalader les hauts d’Abraham.  Quand il se présenta, le voleur de fromage fut désigné pour montrer la voie et les autres eurent l’ordre de le suivre.  Ayant atteint le sommet, ils se jetèrent sur la batterie française qui se trouvait là, au point du jour, ils tenaient les hauteurs.
 
Colonel William Howe

Seulement vingt minutes s’étaient écoulées entre les premiers débarquements et le coup porté dans les hauteurs.  Les fantassins du colonel William Howe se joignirent aux soldats de DeLaune pour libérer la voie et, une heure plus tard les Britanniques atteignirent les hauteurs en si grand nombre qu’ils parvinrent à jeter à terre les batteries les plus proches.

Voici l’extrait d’une lettre, nous racontant  ce qui s’est passé au sujet du siège de Québec
et décrit par une religieuse de l’Hôpital général de Québec (Marie Joseph Le Gardeur de
Repentigny), adressée à une communauté de son ordre en France.
 
 
«  Après avoir eté près de trois mois à l’ancre à se morfondre au port sans oser s’exposer
à une seconde attaque, ils( les troupes britanniques) prenoient le parti de s’en retourner,
n’esperant plus de réussir dans leur entreprise ; mais le Seigneur dont les vües sont
impenetrables et toujours justes ayant resolu dans son conseil de nous livrer, inspira au
général anglois de faire encore une tentative avant son depart ; il la fit de nuit par
surprise ; on devoit cette même nuit envoyer des vivres à un corps de troupes qui gardoit
un poste sur une hauteur proche de la Ville, un malheureux deserteur les en instruisit et
leur persuadat qu’il leur seroit facile de nous surprendre et de faire passer leur berges
sous le qui vive de nos françois qui devoient s’y rendre.  Ils profiterent de l’occasion et la
trahison réussit ; ils débarquerent à la faveur du qui vive.  L’officier qui commandait
s’apperçut de la surprise mais trop tard :il se deffendit en brave avec son peu de
monde :il y fut blessé, l’ennemi se trouva par cette entreprise aux portes de Québec.
 
La Reduction de Quebec du 18 S.bre 1759, ne nous rendit pas la tranquilité, elle ne fut
qu’augmenter nos travaux.  MM.  Les Généraux Anglois se transporterent à notre hopital
pour nous assurer de leur protection et en même tems nous charger de leurs blessés et
autres malades. »
 
 
LA BATAILLE
DES PLAINES D’ABRAHAM
13 septembre 1759

Savez-vous d’où provient l’origine du champ connu sous le nom de plaines d’Abraham également appelées les « Hauteurs ». Selon l’historien J.B.-A. Ferland en 1863, à la suite d’une analyse des registres d’état civil de la paroisse de Notre-Dame de Québec à l’époque du régime français, il suivait la piste du grand vicaire Thomas Maguire,  qui avait « suggéré qu’une partie des plaines avait appartenu à un individu portant le nom d’Abraham ».  Donc, dans sa vérification des registres en question, Ferland trouva une seule personne ayant porté ce nom, soit Abraham Martin dit l’Écossais, compagnon du fondateur, Samuel de Champlain.

 
Abraham Martin
imaginé par l’artiste Charles Huot
 

Selon toute vraisemblance, il fut nommé ainsi, selon des sources, en l’honneur d’Abraham Martin, un pilote d’embarcations sur le fleuve, qui vécut un siècle auparavant dans le petit village de Stadacona, à proximité de la rivière Saint-Charles.  Arrivé au Canada en 1614, il y était demeuré pendant l’occupation de Québec par les frères Kirke, quinze ans plus tard.  Selon certains, Martin n’aurait jamais été propriétaire des Hauteurs mais il les traversait tous les jours pour abreuver ses animaux à la rivière Saint-Charles.  Martin s’était aventuré à l’ouest par-delà le grand rocher où la forteresse de Québec devait s’élever un jour, et avait revendiqué la grande étendue comme sienne.  Au jour de la bataille, le champ était la propriété des religieuses du couvent des ursulines dans la haute-ville.

Les forces britanniques comptaient quatre mille cinq cents hommes, soit environ la moitié du nombre que Pitt avait promis à Wolfe.  En revanche, il s’agissait de soldats entraînés à résister et à se battre en terrain découvert, le test ultime d’un bon soldat à cette époque.

Au XVIIIe siècle, les batailles étaient souvent considérées comme un sport-spectacle.  Le siège de Québec fut le type de divertissement de masse par excellence.
 
À neuf heures, le matin du 13 septembre 1759, les armées se tenaient à une distance d’un quart de mille l’une de l’autre : trop éloignées pour les tirs de fusil mais assez proches pour que les soldats puissent s’observer les uns les autres. Sur les lignes, les Écossais avec leurs tartans de diverses couleurs et la musique nasillarde de leurs cornemuses, qui se mêlait aux sons clairs des fifres et des trompettes des Anglais en uniformes rouges, ces Highlanders étaient devenus des mercenaires du roi d’Angleterre.  Ils furent les plus féroces sur les plaines d’Abraham.  Ils avaient oublié, après seulement treize ans, la terrible bataille de Culloden Moor, où leurs frères étaient tombés sous le feu des canons anglais et sous les décharges, à bout portant, des mousquets de l’infanterie.
 
À l’extrémité ouest du champ, les six régiments de Wolfe se déployaient de droite à gauche ; les grenadiers de Louisbourg, postés  le plus près du fleuve, puis venaient les 28e, 43e, 47e et 78e  régiments (ce dernier incluant les Highlanders du colonel Fraser), et finalement le 58e régiment à l’extrémité gauche, près de la route de Sillery, la ligne s’étirait, longue et fragile, profonde d’à peine deux hommes. Les hostilités débutèrent.
 
 
Le matin du 13 septembre 1759 sur les plaines
 
 
Carte des positions anglaises et françaises
 
Le 78e   Fraser avait le plus fort contingent britannique sur les plaines, en ce matin du 13 septembre 1759.  Ils se trouvaient sur la gauche de la ligne britannique (aux environs de l’actuel Chemin Sainte-Foy)  ayant comme voisin de gauche le 58e  bataillon et à sa droite le 47e, face à eux les régiments De La Sarre ainsi que Guyenne.
 
Gravure du général James Wolfe (1727-1759)
et de ses troupes sur des plaines d'Abraham, le 13 septembre 1759
 
La bataille des plaines d'Abraham (1759) :
Le colonel Fraser commandant la charge à ses Highlanders
 
Wolfe donnant l’ordre de charger à la baïonnette,
juste avant d’être tué par un milicien canadien
 
Dans son journal, John Knox devait décrire cette première salve dans ces termes : «  Les 43e et 47e régiments envoyèrent aux Français une remarquable décharge, forte et rapprochée, aussi remarquable que celles auxquelles j’ai pu assister pendant les exercices… ». Avec une telle coordination ce fut l’hécatombe immédiate du côté français.  Foudroyés au premier choc, les fantassins  français n’arrivaient plus à refaire leurs rangs.  Les Français dirent qu’ils n’ont jamais reçu un choc aussi brutal. Et lorsque les hommes de Wolfe avancèrent, ce fut la débandade immédiate.  Après la troisième salve, ils abandonnèrent la partie et s’enfuirent avec précipitation.  Comme la quatrième salve commençait, les Highlanders se mirent à rugir jetant leurs fusils par terre et brandissant leurs épées dans les airs.  Les cornemuses résonnèrent, et une centaine de colosses vêtus de tartans colorés se lancèrent à la poursuite des Français qui fuyaient. Les régiments français leur faisant face battirent en retraite vers le pont flottant sur la rivière Saint-Charles (à l’arrière de l’hôpital général).  Les milices de Québec et de Montréal étaient embusquées couvrant la retraite des régiments français.  Le 78e  essuya une importante rafale de mousquets, dix-huit hommes périrent. Le régiment des Fraser Highlanders fut, avec ses dix-huit morts,  le régiment britannique le plus éprouvé.
 
Épée d'un sergent de l'armée britannique
Forte-épée à pas-d'âne (claymore), britannique, modèle Highland de 1740

 
Le sergent James Thompson, des Fraser Highlanders, portait cette claymore à la bataille
des plaines d'Abraham. Ces épées écossaises sont des armes meurtrières. Un seul coup
peut infliger d'épouvantables blessures ou tuer une personne..
 
Les Britanniques avaient gagné.  Entre 10 heures trente et midi le 13 septembre, le gros des troupes de Montcalm passa en  trombe à travers les portes Saint-Louis et Saint-Jean filant à toute vitesse, des dizaines de Highlanders hurlant à leurs trousses, brandissant leurs épées ensanglantées. 
 
 
La bataille était perdue du côté français. Wolfe, qui fut atteint mortellement en pleine poitrine eut la satisfaction d’apprendre sa victoire avant de rendre l’âme. Wolfe était tombé à l’heure de la victoire.

 

« Toute glorieuse que cette victoire ait été et toutes importantes qu’en furent
les conséquences, il fallut en payer chèrement le prix….
La guerre nous a fait perdre un génie,
et cette perte ne saurait être compensée. »

Edmund Burke 1759                                                                                        

 
La mort du général James Wolfe, telle qu'elle a été peinte par Edward Penny

Cette toile de 1763 illustre la mort du général James Wolfe. Cette œuvre d’Edward Penney est probablement plus réaliste que celle de Benjamin West, bien que moins connue. De toutes les versions des derniers moments du général, celle du capitaine John Knox est généralement acceptée comme étant la plus crédible. Knox a déclaré que plusieurs témoignages ont circulé au sujet de la mort du général Wolfe, de ses dernières paroles et des officiers auprès desquels il est mort, et que plusieurs, par simple vanité, ont déclaré avec honneur qu'ils étaient près de lui pour l'aider après qu'il fut blessé. Il a également dit que le lieutenant Brown, des grenadiers de Louisbourg et du 22e Régiment, M. Henderson, un volontaire de la même compagnie, et un soldat, étaient les trois personnes qui ont transporté Son Excellence hors du champ de bataille. Un officier d'artillerie, voyant la scène, s'est immédiatement porté au secours du blessé. Ce sont ces personnes qui ont accompagné le général pendant ses derniers moments.

Le major-général James Wolfe fut tué le 13 septembre 1759 ; son corps a été embaumé l’après-midi même à l’hôpital de la Pointe-de-Lévis ; il a été rapatrié en Angleterre où il repose dans l’église de Greenwich.  Une plaque commémorative rappelle son souvenir dans l’abbaye de Westminster à Londres.

Les Britanniques avaient finalement remporté la victoire, moment historique où le Canada changeant de maître et d’empire et celui également où il changea de nom, devenant ainsi la Province of Quebec.

 
Les pertes britanniques  lors de la campagne de
1759-1760 à Québec

Du  27 juin 1759 au 12 septembre 1759

Escarmouches, embuscades, échauffourées, diverses tentatives de débarquement dont la bataille de Montmorency le 31 juillet 1759 (plus de 500 morts)

Tués : 1 195 selon une comptabilité française (source RAPQ journal du siège de Québec)
Tués, blessés et disparus : 854 selon une comptabilité anglaise datée du 2 septembre (source Knox)

Bataille des plaines d’Abraham

Tués :          61 dont 9 officiers
Blessés :    598 dont 57 officiers
Disparus :      5
Total          664 (source Knox)

Du 18 septembre 1759 au 24 avril 1760

Morts 682 - maladie (scorbut, dysenterie, fièvres, etc..) et tués par les miliciens canadiens et alliés amérindiens (source Doughty)
 
Soldats de la garnison malades au 24 février 1760
1 988 (source Knox)
 
Soldats de la garnison malades au 24 avril 1760
2 299 (source Knox)
 
À titre d’information, voici les régiments britanniques qui
ont participé à la campagne de 1759-1760 à Québec
 
 
15th Regiment of Foot
Officier : major général Jeffrey Amherst

Bien que ce régiment soit sous le commandement de Jeffrey Amherst, celui-ci s’est donné pour mission de remonter le Richelieu après la prise du fort Carillon.  Amherst n’est donc pas à Québec, bien que son régiment y soit.

28th Regiment of Foot
Officier: lieutenant général Phillip Bragg
 
 
35th   Regiment of Foot
Officier: lieutenant général Charles Otway
 
43th Regiment of Foot
Officier: major général James Kennedy
 
47th Regiment of Foot
Officier: lieutenant général Peregrine Lascelles
 
48th Regiment of Foot
Officier: colonel Daniel Webb
 
58th Regiment of Foot
Officier: colonel Robert Anstruther
 
 
60th Regiment of Foot
Officier: brigadier général Robert Monckton, 2nd Battalion
Officier: brigadier général Charles Lawrence,  3rd battalion aussi nommé Royal American
 
78th Regiment of Foot
Officier : colonel Simon Fraser (régiment écossais surnommé Fraser Highlanders)
 
 
40th Regiment of Foot         45th Regiment of Foot
 
22e (à gauche), 40e (à droite) et 45e (au centre) régiments de fantassins
Louisbourg Grenadiers
Officier : brigadier général James Murray
Incluant les compagnies de grenadiers des régiments suivants
22th Regiment of Foot Whitmore’s coy grenadiers
40th Regiment of Foot Hopson’s coy grenadiers
45th Regiment of Foot Wartburton’s coy grenadiers
 
 
Rogers Rangers
Officier : capitaine Moses Hazen (miliciens anglo-américains)
 
 
 
Pour en savoir plus relativement aux lectures
voir onglet Histoire de l’Écosse
sous-onglet Livres de référence
 
 
 
Céline E. Colgan
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