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Clan Mc Nicoll du Québec
QUAND LE TARTAN
DEVIENT
UN UNIFORME
 
« Celui qui combat le démon avec ses propres armes
ne doit pas s’étonner de trouver son maître…. »
 
  
Robert Mc Nab                              Clan Shaw                
Callandar, Pertshire                                                                    
 
L’idée d’intégrer les motifs du tartan aux uniformes militaires officiels remonte au 18e siècle.  Elle est utilisée pour la première fois en 1713 par la Royal Company of Archers, gardes du corps de la reine en Écosse.  Au départ, le rôle de la Royal Company of Archers est purement représentatif, mais suite au premier soulèvement jacobite (1715), le gouvernement forme un petit corps militaire pour assurer la police dans les Highlands.  En 1729, le maréchal Wade constitue six compagnies indépendantes.  Si en théorie, les nouvelles recrues peuvent venir de toutes les régions du pays, la plupart des officiers sont enrôlés dans les Clans Whig (Campbell, Grant, Munro pour n’en nommer que quelques-uns), un régiment de Highlanders « hanovriens ».  Contrairement aux troupes régulières qui portent des chausses et des manteaux écarlates, ces soldats sont vêtus de plaids à ceinture.  À cette époque, chaque compagnie adopte le tartan du Clan de son commandant.  L’expérience se révélant un succès, en 1739, le gouvernement forme quatre nouvelles compagnies et transforme la force en un régiment de ligne.  Devant la nécessité de choisir un seul tartan pour ce nouveau corps, les autorités optent pour le tartan noir, rayé de bleu, vert et noir.
 
Variations possibles du tartan régimentaire Black Watch
 
    
 
En raison de sa teinte sombre, il est baptisé du surnom peu amène de « Am Freiceadan Dubh », ou Black Watch (la garde noire) chargée de maintenir l’ordre dans les hautes terres.  Le plaid à ceinture demeure de rigueur pour les revues, les gardes et les services actifs.  Lorsque les hommes sont au repos à la caserne, ils portent des kilts. La guerre de Sept Ans prenait son envol en 1756 et les autorités décidèrent de créer un uniforme militaire susceptible de faciliter le recrutement des Highlanders.
 
 

Costumes écossais traditionnels

1. Scottish rifles (joueur de cornemuse); 
2.
King's owb Scots;
3. Royal Scot fusileer
4.
Highlander (officier);
5. Highlander (soldat) ;
6.
Scottish rifles (soldat)
 

C’est grâce aux régiments de Highlanders de l’armée britannique que le costume a survécu.  L’armée, en effet, était le seul endroit où il pouvait être porté légalement.  Le tartan militaire initial, dit tartan gouvernemental, était à larges bandes vertes et bleues avec d’étroites lignes noires.  Lorsque se formaient de nouveaux régiments, des lignes et des bandes de couleur étaient ajoutées au modèle original pour les différencier.

Officiers du 78e Highlanders, 1867
(archives photographiques Notman, Université McGill)
 
 
Gravure sur bois, soldats écossais 1641
 
Pour vous  donner un aperçu, voici une description exhaustive que m’a fournie le caporal Simon Farnell-Morisset, membre du 78e Fraser Highlanders, fort St-Andrew de la  ville de Québec.
 
L'uniforme du 78e Fraser Highlanders aujourd’hui.
Parc de l’artillerie
Québec - août 2007 - démonstration  des soldats du 78e Fraser Highlanders
Gauche - Simon Farnell Morisset
Droite – Vlad Artenie
 
 
                                                                                                            1-      Plaid (plaid)                                        7-   Bas (stocking)
                                                                                                            2-      Chemise (shirt)                                  8-   Jarretière (garters)
                                                                                                            3-      Ceinture (waist belt)                          9-   Chaussures (footwear)
                                                                                                            4-      Bonnet (bonnet)                                10-  Gilet (waistcoat)
                                                                                                            5-      Bourse (sporran - purse)                11-  Manteau (coat)     
                                                                                                            6-      Grosse aiguille (bodkin)
 
 
Les souliers (brogues); ils étaient identiques à ceux portés par tous les autres soldats britanniques de l'époque. Ils étaient faits de cuir mou, de très piètre qualité, en seulement deux grandeurs, trop grands ou trop petits.  Deux choix s’offraient à eux : comprimer leurs orteils dans les petits souliers ou ajuster les plus grands en les bourrant avec de la paille. De plus, il n’y avait pas de différence entre le soulier porté au pied gauche et celui porté au pied droit.  Les soldats étaient encouragés à modifier le port de leurs chaussures en les alternant de pied à chaque jour, pour éviter que ces derniers ne prennent la forme d'un pied ou de l'autre.
 
Brogue avec sgian du
 
L'idée était de faciliter la logistique quant au remplacement des chaussures.  Par contre, ils avaient comme maigre avantage d'être comestibles.  Si un soldat se trouvait sous siège ou coupé de ses lignes de défense, il pouvait les faire bouillir pour quelques heures et les manger.  Cela ne devait pas être d’un goût très raffiné, mais c'était mieux que de mourir de faim.
 
Les bas
 
Les bas  : ils étaient originalement bien trop minces et trop courts pour l'hiver canadien. Les soldats les moins chanceux devaient se contenter de pièces de vieilles voiles à bateau, en guise de bas.  Après la prise de Québec en 1759, les ursulines se sont mises à tricoter des  bas de laine à motifs carrelés rouges et blancs, plus chauds et plus longs. Ces bas servaient de monnaie d’échange contre du bois de chauffage que les Écossais coupaient en forêt.  En fait, la rumeur courait que les ursulines voulaient plutôt soustraire à la vue des chastes dames canadiennes, les atouts masculins que les Écossais en kilt laissaient entrevoir.
 
 
 
Clan Drummond                           Clan  Fraser 
 
Le kilt : la fierté du Highlander.
 
Porter le kilt était illégal depuis le Kilt Act de 1746.  À moins d’être au service des armées de la Couronne britannique, il était interdit sous peine de prison ou d’exil, de porter le kilt ainsi que toute pièce et tout objet permettant d’identifier le porteur aux Clans écossais. Le seul fait d’être enfin autorisé à le porter fut le motif d’engagement de plusieurs soldats des Highlands. Le kilt d'époque, essentiellement un immense rectangle de tissu de tartan d’environ six mètres de long, avait plusieurs avantages sur le pantalon de l'époque.  D'abord, donner une liberté de mouvements que les pantalons et les braies contemporains ne permettaient pas.  Il servait aussi de couverture, sac de couchage, parapluie, et de sac à dos.  Le soldat s’enveloppait dans son kilt pour dormir. Au lever, il n’avait qu’à se rouler dedans, l’ajuster à la taille et le tour était joué.
 
 
Le plaid
 
Il est impossible de certifier quel était le motif du tartan du 78e  Fraser Highlanders.  La courte vie du régiment ainsi que le manque de descriptions détaillées d'époque, ne nous ont pas laissé beaucoup d'indices.  Il est probable que le régiment portait le Government Sett, c'est-à-dire le motif noir, vert, et bleu foncé du régiment Black Watch actuel. Le régiment fut levé trop rapidement pour permettre de fournir autant de kilts en si peu de temps. 
Comme cela se passait avant les règles d'uniformité militaires britanniques, il est possible que les hommes aient simplement fourni leurs propres kilts.
 
 
Le sporran
 
Le sporran : petite poche de cuir qui se porte sur le devant du kilt, à la hauteur de la taille. Il n'était pas fourni par le régiment, mais comme l'uniforme n'avait aucune petite poche, les hommes devaient se le procurer, à leurs frais. Tous les effets personnels du soldat s’y trouvaient : la pipe, le tabac, la menue monnaie, les dés, finalement tout leur pauvre univers. Ce qui était peu de toute façon.

La veste : c’est le fameux « redcoat britannique » que le soldat endossait.  Contrairement à la croyance populaire, la couleur rouge de la veste n'avait pas pour but de couvrir les traces de sang causées par une balle, car celle-ci laissait un assez gros trou de toute façon, mais plutôt d'impressionner l'ennemi. Le rouge étant une couleur qui démontrait la richesse du roi à cette époque, la teinture rouge était hors de prix.  Le redcoat écossais était porté plus court, pour permettre le port du kilt.  La veste rouge comportait aussi plusieurs petits boutons, faciles à arracher et à utiliser si les munitions venaient à manquer. Vous remarquerez aussi que sur les poignets du redcoat, il y a plusieurs de ces petits boutons, placés à cet endroit pour dissuader le soldat de se moucher avec ses manches. Sa veste devait rester propre pour le combat.

La sous-veste : elle était aussi de couleur rouge et portée sous la veste de même couleur. Le soldat la portait dans la vie de tous les jours, pour vaquer aux tâches quotidiennes, surtout par temps chaud.

La chemise blanche: le soldat avait aussi droit à quatre chemises blanches par année qu'il n'enlevait presque jamais (deux de plus que le soldat français). Il était responsable de garder le col et les bouts de manches propres, car ces parties de chemises étaient les seules visibles quand il portait l’uniforme complet. La mauvaise qualité de la chemise ne permettait pas de la laver à grande eau, sous peine de la voir se découdre.

La cravate : le soldat portait aussi une petite cravate noire. Celle-ci était remplacée par une épaisse cravate de cuir lors des combats. Elle était tellement serrée autour de son cou, que le soldat ne pouvait pas baisser la tête et ainsi l’ennemi ne pouvait pas discerner la peur chez les soldats britanniques. C’est un autre élément de la guerre psychologique.
 
Le bonnet
 
Le bonnet: celui des Highlanders était un chapeau typiquement écossais. De couleur bleu foncé avec un pompon rouge, il pouvait être facilement enfoncé sur les oreilles par temps froid, comme une tuque québécoise moderne. Ce couvre-chef était couronné soit d’une pièce de fourrure d'ours pour démontrer la férocité du soldat ou de plumes d'oiseaux pour afficher sa dextérité et son rang dans le Clan.

Après que la levée des régiments fut complétée, il fallut penser à habiller ces mille deux cents nouveaux soldats. Contrairement aux autres compagnies en service en ce temps-là, les régiments écossais avaient exigé d’être vêtus de la tenue héréditaire écossaise, soit le kilt.

Vêtir un si grand nombre de soldats en un délai aussi court demanda un grand effort de ressources et surtout d’imagination. N’allez surtout pas penser que chaque combattant serait vêtu de neuf et de  qualité en plus…

 
 
Pour en savoir plus relativement aux lectures
voir onglet Histoire de l’Écosse
sous-onglet Livres de référence
et l’onglet Lectures
 
 
Guy McNicoll
Simon Farnell-Morisset
Céline E. Colgan
 
 
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