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Que fut l’après 13 septembre
pour les soldats
« Trop tard vient la gloire qui fleurit sur la tombe »
Quand la brève bataille fut terminée, le nombre de soldats tués, blessés et manquants à l’appel s’élevait à six cent soixante-quatre au total. Québec était en cendres, le long bombardement avait réduit la capitale en une ville fantôme. Ainsi, après leurs essais infructueux de 1690 et de 1711, les Anglais ont finalement pris le contrôle de Québec.
George Townshend
Québec ayant à ce jour capitulé devant les armes de Sa Majesté à des conditions honorables pour l’armée anglaise victorieuse, symbole de cette conquête, l’Union Jack flotte sur la citadelle. Le 18 septembre 1759, le drapeau britannique est hissé près du sommet de la rue la côte de
la Montagne à Québec. Le brigadier Townshend, qui remplaça Wolfe, ajouta : « Tous les actes de violence, de pillage et de cruauté seront désormais strictement interdits. La garnison aura droit aux honneurs de la guerre et les habitants déposeront leurs armes. En vertu de leur reddition, ils ont droit à la protection de Sa Majesté. Québec est à nous. »
La ville, au moment de sa reddition, est presque totalement en ruines. Les pots à feu, les canons et les bombes « ont fait des merveilles ». Les vainqueurs, satisfaits de leur succès, sont cependant surpris des effets de leur destruction systématique sur la capitale de
la Nouvelle-France. Les murs restent impressionnants et cachent les blessures de la ville.
Un mois après la bataille des plaines d'Abraham, la nouvelle de la victoire anglaise
parvient à Londres et suscite la joie. À Versailles, madame de Pompadour est soulagée :
la chute de Québec est un problème de moins pour Louis XV.
James Murray
La flotte britannique rentre en Angleterre mais laisse une petite garnison pour tenir la ville. James Murray, qui a servi sous les ordres de James Wolfe, devient gouverneur militaire. Murray et ses grenadiers peuvent entrer dans Québec. Les Anglais ont pris la ville, mais il ne reste plus que des ruines.
Peinture de Richard Short, 1761. Une vue de l'archevêché et des ruines autour, tels
qu'on peut les voir en montant de la basse-ville (Québec). Short réalisa une série de
dessins illustrant l'état de Québec après le siège victorieux des Britanniques. Dans celui-ci,
les ruines symbolisent la défaite des Français alors que l'attitude sereine des militaires
anglais, en compagnie de leur famille, illustre la réussite de leur opération.
Vue de la trésorerie et du collège des Jésuites
Vue fantaisiste du bombardement de Québec (London Gazette, 17 octobre 1759)
Des soldats britanniques parcouraient les rues ou avaient été postés en garde à chaque coin de rue, ou encore s’entassaient dans les baraques surpeuplées. Des centaines de simples soldats dormaient encore sous la tente, même si chacun savait qu’il faudrait régler cette situation avant que la neige n’arrive; l’hiver était déjà là dans le ciel maussade.
Les Anglais dans Québec en 1760 - Vue de
la Cathédrale, du Collège des Jésuites et de l’église des Récollets
Désordre et pillage dans la ville
La loi était appliquée sans détour et avec dureté : voleurs et violeurs étaient punis par le fouet, et parfois étaient pendus. Mais l’homme qui a faim ne craint plus la mort, et malgré la sévérité des punitions, les crimes continuèrent d’être commis. Le 18 septembre lorsque le brigadier James Murray devint gouverneur militaire et civil, dix mille personnes vivaient entassées à l’intérieur des murs. Le garde-manger de la ville contenait à peine de quoi nourrir six mille personnes en demi-rations pendant quelques jours.
Les récoltes sont insuffisantes et la famine est imminente. Les habitants de Québec
entretiennent de petits feux dans des maisons dévastées. Durant le premier hiver de
l'occupation britannique, les habitants de Québec ont dû faire face à la famine.
Dès le début, des centaines de personnes avaient été malades ou étaient mortes, et ce nombre continuait d’augmenter à un rythme effarant, car personne, y compris les docteurs, ne comprenait la menace que représentait une eau polluée ou l’importance de mettre en quarantaine les patients infectieux.
Il n’y avait pas longtemps que les médecins avaient compris que les agrumes frais et la bière d’épinette étaient d’un grand secours dans la prévention du scorbut. La plupart des soignants utilisaient encore les sangsues pour saigner les patients qui pouvaient se permettre de perdre du sang. Les médecins étaient rares, et les gardes-malades, habituellement des hommes n’ayant aucune formation et qui ne dédaignaient pas se charger des tâches plus ingrates.
Voilà à quoi ressemblait la chaotique capitale ainsi que ses habitants dont hérita le général James Murray. On ne l’aimait pas beaucoup, mais le petit Écossais taciturne s’avéra probablement la meilleure personne pour gérer les horreurs de la paix. La rumeur voulait qu’il aime trop les Canadiens français et qu’il était même peut-être l’un de leurs sympathisants secrets, un jacobite!
Les hommes de troupe travaillaient si dur qu’il ne leur restait que peu d’énergie pour se plaindre. Dans les jours qui ont immédiatement suivi l’occupation, des détachements britanniques ont enterré les morts, sorti les déchets nauséabonds, ramassé du bois de chauffage, rempli les digues qu’ils avaient creusées récemment sur les plaines. D’autres se hâtèrent de décharger les provisions en provenance des navires britanniques qui étaient toujours ancrés dans le port : farine, sucre, thé, porc salé et rhum, ainsi que des vêtements et des couvertures destinés à empêcher les soldats de mourir de froid au cours de l’hiver prochain. Trouver de la viande fraîche, des légumes et des fruits pour contrebalancer le régime salé qui faisait leur quotidien était une priorité absolue, et pourtant, le scorbut continuait à se répandre parmi la population. Les réserves de bière d’épinette, que Wolfe avait encouragé à former, s’étaient épuisées. La ville ne pouvait s’attendre à aucun secours de ses alliés de Nouvelle-Angleterre et de Nouvelle-Écosse, car bientôt Québec deviendrait une île dans une mer de neige et de glace. Toutes les calamités firent leur apparition : la variole, la typhoïde, les maladies vénériennes et des dizaines de fièvres qui n’avaient pas encore de nom. On avait toujours manqué de médicaments de toutes sortes, tant les soldats canadiens que britanniques dépendaient de ce que les chirurgiens de la marine avaient bien voulu laisser derrière eux. Les jours heureux étaient terminés. Mais le pire était encore à venir.
Charles Saunders George Townshend Robert Monckton
Guy Carleton Isaac Barré
À l’approche de l’hiver les positions se figent de part et d’autre. Plusieurs régiments britanniques partirent avant l’hiver de 1760. Les grands navires quittèrent le port le 16 octobre, dont le Sterling Castle avec à son bord le vice-amiral Charles Saunders et le brigadier George Townshend. Le brigadier-général Robert Monckton s’embarqua sur un navire à destination de New York. Le colonel Guy Carleton et le major Isaac Barré s’embarquèrent pour l’Angleterre.
L’hiver 1760 sera un enfer pour les troupes du général Murray.
À la fin du mois d’octobre, les soldats anglais campés sur les plaines prennent leurs quartiers d’hiver. James Murray demeura à Québec avec dix bataillons, l’ensemble des artilleurs britanniques ainsi qu’une compagnie des Royal American. Les régiments écossais, comme le 78e Fraser restèrent loin de l’Angleterre. Avoir des Highlanders armés en Écosse aurait pu donner des idées de rébellion et c’était exactement ce que voulaient éviter les Anglais. Donc, le 78e fut l’un des régiments qui fut cantonné à Québec durant l’hiver 1759-1760, sous les ordres de Murray. Les régiments furent donc placés dans divers quartiers de la ville, trois bataillons s’installèrent dans la basse-ville et les cinq compagnies de Highlanders occupèrent le faubourg Saint-Roch.
La vie des simples soldats était plus dure. Au début, ils réussissaient à se garder au chaud en brûlant de vieilles clôtures et des débris de bois provenant des maisons démolies. Dans les premiers jours de décembre, on interdit cette pratique, et les soldats furent forcés de couper des arbres dans la forêt avoisinante et de les traîner sur de longues distances dans la neige épaisse. Les soldats pour se fabriquer des chaussettes et des gants, découpaient des couvertures provenant des réserves abandonnées par les Français. Les vivandières qui les suivaient vinrent avec eux et leur allocation fut coupée d’un tiers. Pour se qualifier, elles devaient respecter certains critères, principalement celui d’être utiles aux soldats, c’est-à-dire nettoyer ou laver les vêtements, tant ceux des soldats que ceux des officiers. Même si la question des relations sexuelles n’était jamais abordée, les femmes avaient ordre de résider dans les quartiers des hommes, ce qui laisse fort à penser que l’on s’attendait d’elles qu’elles remplissent également le rôle de prostituée.
Si l’on regarde le bon côté des choses, les soldats à demi-morts de froid dans leur uniforme inadéquat recevaient des pièces de vêtements provenant des stocks laissés par les Français (vestons d’uniformes, gilets, chapeaux, cornes de poudre, mocassins, lambeaux de flanelle et de la toile endommagée, c’est-à-dire du tissu pour se tailler des sous-vêtements). Les soldats assignés à la coupe du bois de chauffage portaient des chaussures spéciales, sorte de sabots auxquels on avait ajouté des dents de métal sur les semelles, au prix de cinq pence la paire.
Au XVIIIe siècle, du moins en Amérique, la comparaison entre les services sanitaires des Anglais et ceux des Français montre un effroyable laisser-aller chez les adversaires de
la Nouvelle-France. C’est un facteur important qui jouera tout au long de la guerre de
la Conquête et, en cet hiver 1760, la mortalité sera si élevée du côté des Anglais que la traversée de la saison hivernale produira les mêmes résultats que deux batailles sanglantes.
Le lieutenant John Knox écrit dans son journal :
«Décembre, entre le 16 et le 21.
Nos gardes, en grande manœuvre, présentent un aspect des plus grotesques dans leurs
différents accoutrements; les vêtements que nous avons inventés pour les protéger de
l'extrême rigueur du climat sont d'une variété qui défie l'imagination. (...) L'uniformité,
la propreté qui sied au soldat sont étrangères à ces militaires emmitouflés dans des
hardes de fortune dignes des Lapons. (...) Plusieurs soldats sans gants ont enroulé des
bouts de tissu autour de leurs mains, et des bandes de drap autour de leurs pieds
en guise de chaussettes ».
Anecdote concernant les bas des soldats du 78e Fraser Highlanders?
Le motif des bas que portaient les 78e Fraser Highlanders existait déjà en Écosse. Ce même motif avait déjà été utilisé en 1739 par un régiment écossais nommé, Am Freiceadan Dubh, ou Black Watch (la garde noire). Ce régiment avait été formé une vingtaine d'années avant que le 78e Fraser Highlanders ne soit levé en Écosse pour être conduit vers le Nouveau Monde.
Cependant les bas du 78e Fraser vont se différencier des autres régiments écossais, en ce qu’ils ont une belle histoire, laissez-moi le plaisir de vous la raconter. L'hiver 1759-1760 fut particulièrement froid et inhospitalier pour les habitants de la région de Québec et pour les soldats écossais peu habitués à nos températures rigoureuses. Ils ont fait la connaissance du climat nordique de notre beau pays. Comme la ville avait été détruite, en bonne partie, par les bombardements, cette situation fit en sorte qu’il y eut une pénurie de bois de chauffage.

Les hommes des différents régiments ont voulu aider et se rendre utiles. Vous savez, même en temps de guerre, il y avait une certaine solidarité qui finissait toujours par rallier et consolider les peuples. Donc, les soldats du 78e, au même titre que les autres, se sont chargés d'effectuer la coupe de bois de chauffage pour les Ursulines de Québec (religieuses cloîtrées). Les Highlanders se sont faits un devoir d’apporter leur soutien et d’offrir leur aide à cette communauté religieuse catholique. Bref, pour services rendus, ils n’ont rien exigé. Il était évident, aux yeux des Ursulines, que les soldats travaillant à la coupe du bois grelottaient continuellement puisque le kilt, qu’ils portaient, était une tenue inappropriée à nos hivers québécois. Vous devez savoir que les hivers écossais sont relativement plus doux que les nôtres
Pour vous mettre dans le contexte, il faut comprendre qu’à cette période le kilt n’était pas aussi attrayant que celui que portent les Écossais et leurs descendants d’aujourd’hui. Les soldats de l’époque, de grandes comme de petites tailles, recevaient la même quantité de tartan pour confectionner leurs plaids (kilt) donc, beaucoup d’entre eux le portaient à mi-cuisse, par manque de tissu. Comme les soldats devaient entrer et sortir constamment dans les bâtiments des religieuses pour y livrer le bois de chauffage, les Ursulines, qui appréciaient grandement de recevoir de l’aide de nos braves Highlanders mais qui voyaient d'un tout autre œil, disons-le plutôt puritain et austère, l'habillement léger et sans gêne des soldats écossais, ont tout simplement décidé de remédier à la situation en se permettant de tricoter des bas plus longs pour cacher l’impudeur des Highlanders aux yeux purs des religieuses, de même que pour celles, moins innocentes, des demoiselles de Québec.

Le motif est demeuré le même mais le bas, lui, s’est allongé. Les soldats ont bel et bien porté les bas que les Ursulines ont fabriqués pour eux. Cependant, lorsque la période hivernale fut terminée, ils reprirent l’habitude de porter leurs anciens bas. Voilà pour l’histoire…
Ursulines tricotant les bas du régiment !
Commission de la capitale nationale du Québec, Denis Lemelin
Peinture faite par Soeur Louise Godin, Ursuline de Québec
Ce sont les Ursulines de Québec qui ont tricoté ces bas. En Écosse, le régiment n’avait pas les mêmes bas, il faut comprendre que les hivers écossais sont relativement plus doux comparativement aux nôtres. Les Ursulines ont fait du troc avec les Écossais, la coupe de bois de chauffage en échange de bons bas chauds.
Par la suite, les bas furent adoptés officiellement par le régiment. Il faut dire que la majorité des soldats des Highlands étaient de religion catholique ce qui n’a sûrement pas été nuisible pour entretenir et maintenir une cordiale relation entre les Ursulines et nos valeureux Écossais.
Pour en savoir plus relativement aux lectures
voir onglet Histoire de l’Écosse
sous-onglet Livres de référence
Céline E. Colgan
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