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UNE PATRIE, UNE NATION
UNE NOSTALGIE…
Le premier jour du siège de Québec!
« Que le Semeur de Quêtes dirige tes pas
Et protège ton passage
Que des mains secourables soient tendues vers toi de tous côtés »
Louis-Joseph de Montcalm Pierre de Rigaud de Vaudreuil James Wolfe
Il était une fois un continent, un pays, un peuple, une ville, un château et ….vos ancêtres!
Les légendaires qualités au combat des soldats britanniques les ayant précédés et c’est
avec crainte que les habitants attendaient la marée rouge qui devait les engloutir.
Lorsqu’il apprit que les Anglais rassemblaient leur flotte sur la côte est du Canada, Vaudreuil était convaincu qu’il leur serait impossible d’atteindre Québec en remontant le Saint-Laurent, à cause de l’obstacle infranchissable que représentait le chenal de
la Traverse. Vous devez savoir que, pour se rendre à Québec, tous les navires remontant le fleuve en longeant la rive nord jusqu’à l’île d’Orléans se devaient de passer du chenal nord au chenal sud les conduisant jusqu’au port. Pour ce faire, ils étaient obligés d’emprunter le passage situé entre l’île d’Orléans et sa voisine la plus proche à l’ouest, l’île Madame, c’est à cet endroit que se trouvait
la Traverse. Pendant des années, les navigateurs français et canadiens avaient soutenu que les navires de guerre anglais ne pourraient jamais traverser le chenal sans s’échouer; les eaux y étaient trop agitées, trop peu profondes, et le passage trop étroit. Plusieurs vaisseaux français avaient déjà fait naufrage en tentant de le franchir, causant ainsi la mort d’un grand nombre de marins français et canadiens.
Toutefois, il semblerait que le marquis de Montcalm avait en sa possession une vieille carte dessinée par les jésuites indiquant que
la Traverse était suffisamment profonde et large pour laisser passer de grands navires. Le 25 juin, la flotte de l’amiral Saunders atteint les abords de l’île d’Orléans. Il lui a d’abord fallu vaincre le fleuve Saint-Laurent, le cauchemar des marins anglais. Un pilote français passé dans leur camp leur a permis d’accomplir l’exploit. Comme quoi la trahison a toujours sa place dans les grands évènements.
Vue aérienne de l'île d'Orléans
Les Anglais sont arrivés !
Sur l’île d’Orléans, François Martel, qui avait toujours cru lui aussi que la Traverse était inviolable, eut la mauvaise surprise de constater, à son réveil, que les navires anglais naviguaient, sans trop de peine d’ailleurs, sur l’infranchissable chenal. Depuis près d’un mois, Martel avait surveillé les tentatives des Anglais pour approcher la Traverse ; ils l’avaient sondée, traversée d’un bord à l’autre en décrivant des zigzags et, enfin, conquise. Depuis sept heures, en ce matin du 26 juin 1759, l’un des vaisseaux anglais, le navire de commerce Goodwill, était pratiquement ancré sur le pas de sa porte. Pendant un long moment, Martel l’avait observé à travers les arbres qui dissimulaient sa maison de la rive, située environ un mille plus loin, au pied d’une pente douce. Aucun des Anglais se trouvant à bord ne s’était aventuré sur le rivage, mais Martel pouvait apercevoir les marins gréant les voiles et les soldats exécutant leurs exercices de manœuvre sur le pont.
François Martel n’est pas né de l’imagination de l’écrivain Laurier L. Lapierre, il a bel et bien existé.
Selon les registres, il était canadien et avait été ordonné prêtre en 1731 – il avait cinquante-quatre ans en 1759.
Un mois après son ordination, il s’était installé dans la paroisse Saint-Laurent et n’en était plus jamais reparti.
Église de St-Laurent Ile d’Orléans
Au cours des quelque vingt-cinq années qu’il avait passé à baptiser, éduquer, marier, puis enterrer ses paroissiens, le prêtre s’était passablement enrobé, avait perdu presque tous ses cheveux et était devenu de plus en plus solitaire. Ses fidèles s’étaient habitués à ses manières lourdes, à son rigorisme et à ses sermons ennuyeux ; ils savaient qu’il leur était totalement dévoué.
Sentant qu’il n’avait guère de temps à perdre avant que les Anglais n’envahissent sa paroisse, le père Martel se mit à courir vers les hommes qui creusaient un trou au fond du jardin, non loin de la vaste prairie dans laquelle ses vaches, ses chevaux et ceux de ses voisins broutaient paisiblement. Il s’arrêta pour réciter une prière dans un sanctuaire d’où on avait une vue imprenable sur le Saint-Laurent. Comme tous les sanctuaires édifiés en l’honneur de la Vierge Marie, celui-ci, entièrement recouvert de vigne, était fait de longues et minces lattes de bois.
La prière de Martel fut courte ; elle rappelait à Dieu ses précédentes interventions – les siennes ou celles de
la Mère de Son Fils – quand il s’était agi de sauver miraculeusement Québec. Croyant à l’intervention directe du Tout-Puissant, il espérait que celui-ci accorderait de nouveau ses faveurs à la colonie.
L’air, à l’intérieur du sanctuaire, était agréablement frais et, puisque les hommes, travaillant à l’autre bout du jardin ne l’avaient pas interpellé, Martel s’assied sur un banc de pierre, songeant aux vingt-cinq années passées sur l’île d’Orléans, à ce que cette île représentait pour lui et à ce que les Anglais y trouveraient en y débarquant.
Le prêtre en savait peu sur les Anglais, à part le fait que, toute sa vie durant, ils avaient été les ennemis de la France. C’étaient des protestants, apparentés à ces gens qui habitaient les treize colonies voisines se trouvant plus au sud. À l’instar de ses compatriotes, les colons américains revendiquaient les vastes territoires de l’Ouest canadien, essayant de gagner l’appui des Indiens, devenu indispensable aux deux camps. Un souvenir lui revint qui accrut son anxiété ; un visiteur lui avait récemment raconté que plusieurs chefs spirituels des colonies anglaises d’Amérique avaient demandé à l’Angleterre d’entreprendre une guerre sainte contre les Français catholiques. Il craignait donc de voir les Anglais provoquer d’énormes dégâts lorsqu’ils arriveraient dans sa paroisse.
Cependant, ceux-ci ne trouveraient pas le moindre objet de valeur dans le presbytère ni dans l’église, Martel ayant passé la matinée à tout enlever : le tabernacle, les trois châsses contenant les reliques de ses saints préférés, les quatre chandeliers d’argent qu’il avait reçus en cadeau, les deux calices d’or dans lesquels il buvait le vin pendant l’office, l’ostensoir incrusté de pierreries qu’on promenait dans les rues de sa paroisse les jours de fête, le missel dont il se servait pour dire la messe, ainsi que les statues finement décorées de l’Enfant Jésus, de
la Vierge Marie et de saint-Joseph. Avec grand soin, il avait plié les chasubles, les étoles et les lourdes chapes, les unes et les autres garnies de motifs décoratifs, ainsi que ses nappes d’autel dont l’une avait appartenu à Samuel de Champlain, le fondateur de Québec. Il avait rangé tous ces objets dans des caisses qui attendaient d’être enfouies au fond du jardin. L’église était maintenant dénudée ; il ne restait plus que quelques gravures sans valeur.
Une fois que les hommes eurent fini de creuser, le prêtre s’approcha et, se recouvrant les épaules d’une étole violette, il bénit le trou qui lui apparut comme une tombe. Il regarda les hommes qui y déposaient les caisses avec respect et précaution. Lorsque la fosse fut rebouchée et camouflée avec de l’herbe et des branches, le père Martel rentra chez lui.
Dans la petite pièce qui lui servait de bureau, le prêtre écrivit une lettre adressée aux « dignes officiers de l’armée anglaise ». Il les savait « humains et généreux », écrivit-il. « Je vous prie d’avoir soin de mon église, de mon presbytère et de mes dépendances ». Il ne demandait pas cette faveur pour lui-même, « mais par amour de Dieu et par compassion pour ses malheureux paroissiens privés de leur demeure ». Avant de signer son nom et d’indiquer son titre, Martel ajouta : « J’aurais souhaité que vous fussiez arrivés plus tôt, afin de pouvoir goûter les légumes, tels que asperges, raves, etc., que produit mon jardin, et qui maintenant sont montés en graines. »
Martel jeta un dernier coup d’œil à son jardin bien-aimé, puis se rendit jusqu’à la porte de l’église sur laquelle il cloua sa lettre, répétant sans le savoir le geste accompli par Martin Luther cent cinquante ans plus tôt. Il ne se retourna pas lorsque, vingt minutes plus tard, il se mit en marche avec ses compagnons vers la rive nord de l’île. Une barque les y attendait pour les conduire à Beauport d’où ils prendraient une calèche jusqu’à Charlesbourg.

Vice-amiral Charles Saunders (1715-1775) commandant de la
flotte anglaise durant le siège de Québec en 1759
Après le départ du père Martel, les Anglais envahirent l’île d’Orléans. L’homme qui les y avait amenés était le vice-amiral Charles Saunders, commandant de la flotte anglaise, il avait quarante-quatre ans et était au service de cette marine depuis trente ans. Il était le quatrième Anglais à avoir tenté de remonter le Saint-Laurent jusqu’à Québec, mais il était le premier à utiliser des bateaux aussi imposants. Voilà la petite histoire du curé Martel de la majestueuse île d’Orléans.
1759 L'armée du général Wolfe arrive à l'île d'Orléans
James Wolfe James Cook
La flotte britannique commandée par le général James Wolfe jette l'ancre à l'île d'Orléans près de Québec. C'est la flotte la plus grosse à avoir traversé l'Atlantique: 49 navires de guerres ainsi que 200 navires de transports de troupes et de marchandises dirigés par le chef navigateur James Cook. Les troupes britanniques se préparent à envahir Québec.
Ah oui, avant de terminer l’histoire, vous savez que lorsque Wolfe débarqua sur l’île le 27 juin 1759 (jour qu’il qualifia le plus important de sa carrière) en faisant sa ronde il rencontra son ami John Knox, lieutenant du 43e Régiment et ce dernier s’approcha de Wolfe pour lui remettre la lettre du père Martel qu’il avait trouvée sur la porte de l’église. De l’endroit où il se trouvait, le général pouvait apercevoir l’élégant édifice de pierre surmonté de sa haute flèche blanche. Il lut la lettre mais déclina l’invitation de Knox à se rendre jusqu’au potager du prêtre afin de vérifier si les radis et les asperges étaient réellement montés en graines.
Et puis, le 26 juin 1759, au moins soixante gros vaisseaux anglais, dont de nombreux navires de guerres, franchissaient
la Traverse. À la vue des grands vaisseaux à pavillon anglais massés à la pointe sud-ouest de l’île d’Orléans, les gens se mirent tout à coup à répéter « les Anglais sont arrivés! Les Anglais sont arrivés! » Oui, les navires anglais naviguaient sans trop de peine sur l’infranchissable chenal et envahirent l’île d’Orléans.
En fait, le vice-amiral Charles Saunders et sa flotte composée de deux cents vaisseaux étaient aux portes de Québec. Quarante-neuf de ses navires appartenaient à la marine royale; certains étaient des trois ponts et presque la moitié d’entre eux étaient armés d’au moins cinquante canons, douze frégates et corvettes, deux galiotes à bombes, 80 navires de transport et 50 à 60 petits bateaux ou goélettes mouillant sur deux lignes, depuis la pointe Lévy jusqu’à l’île Madame. Les Anglais mettaient à l’eau environ 30 bateaux plats pouvant transporter chacun de 80 à 100 hommes et plus de 80 barges de débarquement. Lorsqu’elle remonta le fleuve Saint-Laurent, la flotte de Saunders formait une ligne de cinquante milles de long. Les autres servaient aux sondages et à la prospection, au ravitaillement et à l’approvisionnement; il y avait aussi des navires-hôpitaux et des vaisseaux d’ordonnance. Quelque 1900 canons étaient pointés sur la ville de Québec.
Sur ces navires s’entassaient treize mille cinq cents marins et fusiliers marins, huit mille cinq cents soldats et, ici et là, de nombreux civils accompagnaient l’armée pour la plupart des cantinières qui vendaient des provisions aux soldats, travaillaient comme infirmières ou vivaient du commerce de leurs charmes.
Saunders et son armada de navires quittèrent donc l’Angleterre pour l’Amérique du Nord le 17 février 1759. Lorsqu’ils arrivèrent à Louisbourg, ils ne purent entrer dans le port à cause des glaces flottantes qui leur en interdisaient l’accès, du brouillard épais et du froid glacial qui engourdissait les doigts des matelots perchés en haut des mâts, les empêchant de gréer les voiles aussi vite qu’il l’eût fallu, ils durent chercher refuge à Halifax, qu’ils atteignirent six jours plus tard.
Pour que la mission soit couronnée de succès, les Anglais devaient impérativement bloquer le Saint-Laurent le plus tôt possible au printemps, afin d’empêcher les Français de ravitailler Québec en armes et en provisions. Lorsqu’ils arrivèrent à Halifax, une vingtaine de navires de ravitaillement français étaient déjà immobilisés à l’embouchure du golfe du Saint-Laurent; ils attendaient la fonte des glaces pour pouvoir remonter vers la capitale afin de prévenir ses habitants de l’imminence de l’attaque anglaise.
Le 23 mai, soit treize jours après l’arrivée des vaisseaux français à Québec, le contre-amiral Philip Durell, commandant d’une escadrille de neuf navires anglais ancrés à Halifax, atteignit l’île du Bic, située à quelque cent soixante-dix milles en aval de la capitale. À compter de cette date, les Anglais détenaient le contrôle total du Saint-Laurent.
Contre-amiral Philip Durell
Le 15 mai, le temps permit enfin à Saunders d’accoster à Louisbourg d’y passer trois semaines le temps de réunir les navires et les provisions nécessaires à la conquête de Québec. Le 4 juin Saunders, à la tête de vingt-deux navires de guerre et de cent dix-neuf de transports, se mit en route vers Québec. Les vingt-deux jours de voyage jusqu’à l’île d’Orléans furent difficiles et éprouvants. Les Anglais ne possédaient aucune carte précise du Saint-Laurent, personne à bord ne connaissait la voie navigable du Saint-Laurent. Les marées étaient fortes et les courants capricieux changeaient constamment de direction, obligeant les marins à sonder sans cesse les profondeurs des eaux noires et agitées. De terribles tempêtes se déchaînaient soudainement, mettant en péril les plus frêles vaisseaux de la flotte. Le fleuve, malgré ses multiples caprices et dangers, demeurait magnifique et majestueux.
James Cook
Le 14 juin, les éclaireurs de Durell, parmi lesquels se trouvait James Cook futur découvreur de
la Colombie-Britannique, avaient réussi à percer les mystères de
la Traverse. Le 20 juin, ses pilotes ayant réussi à dompter
la Traverse et Durell à se rendre maître de la partie inférieure du fleuve, Saunders décida de garder la majeure partie de la flotte sous ses ordres et ordonna que les transports, suivis des plus petits vaisseaux de guerre, franchissent
la Traverse et jettent l’ancre dans le bassin de Québec. Les plus gros navires, comme le Neptune qui était équipé à lui seul de quatre-vingt-dix canons, furent renvoyés en aval, passé l’île-aux-Coudres, afin d’empêcher les Français de remonter le Saint-Laurent. C’est ainsi que, le 26 juin 1759, Saunders naviguait paisiblement à quelques milles de la forteresse qui était la cible de l’opération baptisée la « Grande Entreprise ». Le lendemain, l’armée débarquerait.
Sur la pointe ouest de l’île d’Orléans…
Dans l’obscurité de la nuit, les silhouettes des vaisseaux anglais dominaient celle du jeune homme qui s’éloignait à pas lents de la rive. Il tenait une lanterne dans une main et dans l’autre un mousquet; des couteaux et un tomahawk pendaient à sa ceinture. Il était tout vêtu de noir; seuls les boutons blancs de sa veste sans manche et de son kilt brillaient dans la lumière de la lune. Cet homme était le lieutenant Meech et il faisait partie d’une troupe de « guérilleros » américains formée en 1757 par le major Robert Rogers. Recrutés dans la plupart des colonies, ces Rangers, comme on les appelait alors, suivaient scrupuleusement les vingt-huit règles du « code de discipline » établi par Rogers, et qui leur avait bien souvent sauvé la vie. Les Anglais, cependant, considéraient les soldats américains comme des « chiens galeux, lâches et méprisables », fortement enclins à déserter, et ils voyaient les Rangers comme les plus mauvais soldats de l’univers. Tout comme les Canadiens, les Rangers avaient leurs propres méthodes de combat, lesquelles n’avaient pas grand-chose en commun avec celles des Européens. Ils scalpaient en effet leurs ennemis, tout comme le faisaient les Canadiens et les Indiens.

Rogers Rangers Américains, Écossais et Irlandais
durant la guerre de Sept Ans
Ayant reçu l’ordre de vérifier s’il restait encore des colons sur l’île, les hommes de Meech, divisés par petits groupes, s’enfoncèrent à l’intérieur des terres. Les Rangers aperçurent bientôt les rayons de lumières projetées au loin par des lanternes. En se rapprochant, ils purent distinguer quatre silhouettes qui creusaient un trou. Persuadé que ces individus s’affairaient à enfouir des fusils et des munitions, Meech dispersa ses hommes, leur enjoignant de ne pas tirer avant qu’il en eût donné l’ordre. Il fallut peu de temps à Meech pour voir distinctement les quatre hommes et conclure qu’il ne s’agissait pas de soldats, puisqu’ils ne portaient pas d’uniforme. L’escarmouche eut lieu et quatre heures plus tard, Meech* déclara au major auquel il devait se rapporter que l’île était déserte. L’armée pouvait débarquer en toute quiétude.
C’est ainsi que se termina la première journée du siège de Québec. Vraiment curieux que dans le cadre de la « Grande Entreprise » menée par les Britanniques, à savoir la conquête de Québec, les premiers à débarquer et à mourir en sol canadien furent des Américains du Connecticut.
En sortant de sa cabine, Wolfe vit un matelot allumer trois lanternes et les donner une à une à ses compagnons ; ceux-ci faisaient la chaîne afin de les remettre à un homme qui les accrochait en haut d’un mât. C’était le signal donnant le feu vert au débarquement des soldats anglais en sol canadien.
*Le lieutenant Meech fut tué le ou autour du 4 août 1759.
Pour en savoir plus relativement aux lectures
voir onglet Histoire de l’Écosse
sous-onglet Livres de référence
Céline E. Colgan |